Mercredi, dans une entrevue au Soleil, à bord de son autobus de campagne électorale, en Estrie, le chef du Parti libéral du Québec est apparu relaxe, souriant et confiant dans sa bonne étoile politique.
Chemise bleue et cravate assortie, il s'est affiché comme un politicien en contrôle de son avenir politique, malgré des sondages qui le placent, lui et son équipe gouvernementale, en danger.
Dans le débat en vue du scrutin du 4 septembre, il a «le sentiment que nous sommes sur les bons enjeux - économie, la démocratie, l'emploi. D'abord, a-t-il ajouté, je suis en pleine forme physique.»
À 54 ans, après 12 élections - cinq scrutins à Ottawa, un cinquième à Québec et les référendums de 1992 (Charlottetown) et de 1995 (sur la souveraineté du Québec) -, il ne veut surtout pas donner l'image d'un politicien livrant son dernier combat.
Jean Charest a répondu qu'il ne dit pas non à l'idée de participer à une autre mêlée électorale, s'il conserve le pouvoir. «Ce sera à moi de juger si le défi est réel pour justifier que je reste.»
Parmi le travail qu'il souhaite poursuivre, se trouvent les projets d'investissement liés au Plan Nord que la péquiste Pauline Marois «ne veut pas faire». Il s'est contenté d'une moue d'amusement quand Le Soleil lui a fait remarquer qu'en 1976, un autre libéral, Robert Bourassa, a été défait après avoir scandé qu'il fallait le laisser «poursuivre son oeuvre».
Jean Charest est fermé à l'idée de spéculer sur la possibilité de composer avec un adversaire minoritaire. Il s'est refusé à dire aux Québécois qu'une telle administration de l'État ne peut être que chaotique. Il avait conduit une campagne, en 2008, pour être seul à avoir «les deux mains sur le volant». «Je n'irai pas là», a-t-il tranché, hier.
Un «monde instable»
Pas de réponse donc s'il pourrait s'allier au fondateur de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, un homme qu'il caractérise comme «pas fiable».
M. Charest n'a pas nié qu'un certain «buzz» médiatique entoure la CAQ, comme jadis l'Action démocratique du Québec de Mario Dumont.
«Mais, a-t-il réfléchi à voix haute, pourquoi changer? La question se pose pour M. Legault qui change d'idée à chaque jour. L'économie roule», a-t-il avancé, en s'attardant sur la «performance exceptionnelle» de la ville de Québec. «On veut un monde instable?»
Ce monde instable n'est pas mieux représenté, a-t-il suggéré, que par le Parti québécois de Pauline Marois. Il a pudiquement indiqué qu'il ne juge aucune équipe, caquiste ou péquiste. «Je ne dénigre pas.»
Oui, il y a du talent chez les équipiers de la chef souverainiste, a-t-il glissé, mais sur le mauvais enjeu, les référendums. S'il ne cesse de mettre en garde la population contre l'obsession référendaire qu'il attribue à Mme Marois, M. Charest rejette l'idée qu'une victoire électorale de cette dernière constituerait une victoire pour le Oui.
Corruption et conflit étudiant
Le leader du PLQ s'est peu attardé sur les dossiers de la corruption et du conflit étudiant. Du premier, il a déploré qu'il est devenu une «accusation passe-partout» contre les politiciens, les journalistes, contre «tout le monde». Du second, il a affirmé qu'il s'attend à ce que les Québécois «prennent acte» du résultat électoral. «Le peuple aura parlé. Un message puissant.»
D'ici là, il faut s'imposer dans Sherbrooke. Un sondage du quotidien La Tribune l'a donné perdant par 15 points de pourcentage devant le péquiste Serge Cardin. «À chaque élection, on me prédit la défaite», a-t-il laissé tomber, en matinée. «J'ai même assisté à mon enterrement en direct», a-t-il poursuivi en rappelant que Radio-Canada, en 2007, l'avait proclamé perdant.
Assis à la table de travail de son autobus, Jean Charest a de nouveau décrété le peu de foi qu'il a dans les enquêtes d'opinion. «Je ne suis pas bon dans ces choses.» Le chef libéral s'est esclaffé quand Le Soleil lui a rappelé qu'en privé, il décortique avec la précision d'un chirurgien les sondages politiques dans les autres provinces.