Bernard Landry dénonce l'«arrivisme» de François Legault

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«Je suis vraiment bouleversé par l'attitude de François Legault», affirme Bernard Landry, en se rappelant que le François Legault qu'il a côtoyé pendant des années était «un indépendantiste ardent», et, de tous ses ministres, un de ceux qui poussaient le plus fort pour promouvoir la souveraineté et accélérer la tenue d'un référendum.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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Le Québec en élections

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Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

François Legault n'est qu'un arriviste, qui semble prêt à tout pour prendre le pouvoir, aux yeux de l'ex-premier ministre Bernard Landry.

Lors d'une entrevue à La Presse Canadienne, mercredi, M. Landry n'a pas mâché ses mots pour exprimer sa stupéfaction la plus totale à la suite du changement de cap radical de son ancien ministre sur la question nationale.

«Je suis vraiment bouleversé par l'attitude de François Legault», raconte M. Landry, encore sous le choc, en se rappelant que le François Legault qu'il a côtoyé pendant des années était «un indépendantiste ardent», et, de tous ses ministres, un de ceux qui poussaient le plus fort pour promouvoir la souveraineté et accélérer la tenue d'un référendum.

Devenu depuis le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a d'abord dit qu'il fallait mettre la question nationale entre parenthèses pendant une décennie, avant de lâcher une bombe, la semaine dernière, en affirmant qu'il voterait non, s'il y avait un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec.

L'ex-premier ministre péquiste en poste jusqu'en 2003 ne peut expliquer un tel revirement que «par un certain arrivisme, un certain désir d'ambition personnelle supérieure à l'intérêt national».

Interrogé à savoir s'il voyait désormais en François Legault un traître à la patrie, M. Landry s'en est tiré par une litote qui en dit long sur ses états d'âme: «Je n'aime pas utiliser des mots injurieux en démocratie, mais si c'était permis il m'en viendrait beaucoup à l'esprit.»

Chose certaine, un tel virage, sur une question aussi fondamentale au Québec, ne doit pas rester lettre morte, selon celui qui estime que le chef caquiste doit des explications à la population.

Quand il était ministre, François Legault voulait faire la souveraineté et la faire tout de suite, insiste M. Landry. À telle enseigne que M. Legault, soutenu par François Rebello, avait, selon ses dires, manoeuvré en coulisses pendant deux ans au début des années 2000, pour saper son leadership «parce qu'ils trouvaient que je n'étais pas aussi ardent qu'eux».

Des fonds publics pour la souveraineté

Non seulement était-il pressé de faire du Québec un pays, mais l'actuel chef de la CAQ ne voyait alors aucun problème à consacrer des fonds publics pour parvenir à ses fins, se rappelle M. Landry.

Pourtant, à la suite de la publication d'une dépêche de La Presse Canadienne, dimanche, indiquant qu'un gouvernement péquiste injecterait des fonds publics pour mener à bien des études sur la souveraineté et préparer le terrain en vue d'un éventuel référendum, M. Legault avait exprimé son indignation sur son compte Twitter.

«Même lorsque j'étais au PQ, j'étais contre l'utilisation de fonds publics pour faire des études sur la souveraineté», écrivait M. Legault, dimanche, dans un commentaire qui a laissé l'ex-premier ministre Landry pantois.

Il rappelle que François Legault, tant au pouvoir que dans l'opposition, insistait pour préparer le «Budget de l'an 1» d'un Québec souverain, ce qu'il a finalement réussi à faire grâce aux fonds publics.

«Où a-t-il pris ses budgets pour faire ses budgets de l'an 1? Est-ce qu'il a fait faire ça par des bénévoles à l'université? Ou s'il a pris ses équipements, ses fonctionnaires, ses assistants, ses attachés politiques? Il y a là une faille invraisemblable, une très grosse contradiction» dans le discours du chef de la CAQ, tonne Bernard Landry.

«Il voulait des moyens que nous lui avons fournis, pour faire le budget du Québec souverain», se remémore-t-il.

Qui plus est, grâce à ce fameux budget hypothétique, publié en 2005, M. Legault, qui a quitté le navire péquiste en 2009, en venait à la conclusion que l'accession du Québec à sa souveraineté se traduirait par un gain de plusieurs milliards de dollars par année.

En éliminant les chevauchements et en rapatriant tous les impôts et taxes versés à Ottawa, le Québec souverain pourrait engranger des surplus de l'ordre de 17 milliards $ en cinq ans, dégageant du coup «une importante marge de manoeuvre budgétaire», assurait M. Legault.

«Comment peut-on expliquer qu'un comptable change radicalement d'idée, alors qu'il fournissait tous les arguments pour l'indépendance le plus vite possible?», s'interroge son ancien chef, qui prédit et souhaite l'élection d'un gouvernement péquiste majoritaire le soir du 4 septembre.

Dans son document d'une cinquantaine de pages, M. Legault concluait que non seulement le Québec souverain était financièrement viable, mais que son appartenance au Canada constituait un handicap sérieux.

«Dans l'état actuel des choses, les gouvernements provinciaux au Québec sont presque réduits à l'impuissance. La situation ne s'améliorera pas dans un avenir prévisible», écrivait-il alors.

Comme c'est le cas aujourd'hui, M. Legault accordait une grande importance à l'éducation. Il disait alors qu'il ne voyait pas comment le Québec pouvait s'attaquer à des problèmes comme le décrochage scolaire et l'accès égal pour tous, sans être un pays souverain.

«Il est difficile de concevoir comment ce projet pourra voir le jour tant que le Québec ne disposera ni des moyens ni de la liberté pour faire ses propres choix», écrivait-il.

Il ajoutait alors, en 2005, que lors de la prochaine élection, «la population du Québec aura alors à trancher entre deux scénarios: celui de la province de Québec privée des moyens et des leviers décisionnels pour son développement et celui d'un Québec souverain qui aura la marge de manoeuvre et la liberté politique nécessaires pour se doter d'un projet de société crédible et emballant, celui d'un pays plus prospère et plus solidaire».

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