Le système d'éducation japonais a des effets pervers

La quête de la performance à tout prix... (AP)

Agrandir

La quête de la performance à tout prix dans le système d'éducation japonais apporte aussi son lot de problèmes sociaux très complexes que nous ne connaissons pas ici, selon la sociologue Valérie Harvey.

AP

Dossiers >

Le Québec en élections

Politique

Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

(Québec) Mais qu'avons-nous tant à envier aux Asiatiques? Ils ont été cités deux fois dans la présente campagne. On se souviendra de la déclaration maladroite de Claude Roy, qui souhaiterait voir «plus d'Asiatiques et moins d'Arabes» immigrer au Québec.

Et lundi, c'est le chef caquiste François Legault qui suggérait que les parents et leurs enfants s'inspirent des Asiatiques pour le coeur qu'ils mettent à leurs études.

Valérie Harvey est sociologue. Elle a vécu et étudié plus d'un an au Japon. Lorsqu'elle a entendu François Legault faire en quelque sorte l'éloge des Asiatiques en matière d'éducation, les cheveux lui ont dressé sur la tête. Le système japonais, qu'on peut étendre à la Chine, à Taiwan et à la Corée du Sud, a ses bons côtés. Mais il a aussi d'énormes effets pervers, prévient-elle.

Vrai que la société japonaise met fortement l'accent sur les études. Faute de ressources dans le sol, les cerveaux sont sa principale richesse. Mais, paradoxalement, le Japon investit 50 % moins que le Québec en éducation en proportion de son PIB, rapporte la chercheuse.

Facture refilée aux parents

Inévitablement, ce sont les parents qui doivent payer la facture. Et les parents seuls, puisqu'il est souvent interdit par les institutions de travailler pendant ses études. Les droits de scolarité y sont extrêmement élevés.

«Quand on pense à avoir un enfant, on se dit que ça va coûter tellement cher, alors on va en avoir juste un. Ou pas du tout, parce qu'on n'en aura pas les moyens. L'éducation est un frein à la natalité», conclut-elle dans son étude.

L'éducation au Japon «vaut le prix qu'on paie», a-t-elle noté sur le terrain. Plus chers sont les frais, meilleure est l'éducation. Une meilleure éducation donne aussi un diplôme plus prestigieux.

«Quand vous sortez d'une université qui est très reconnue, les chances sont plus grandes d'entrer sur le marché du travail dans une grande entreprise» et d'y occuper les meilleurs emplois.

Le prestige d'abord

Cette corrélation très forte entre le prestige du diplôme, son coût et la qualité de l'emploi crée deux phénomènes collatéraux, explique-t-elle.

D'abord, elle entraîne une «pression énorme» pour la réussite, puis elle fait en sorte que la voie est tracée d'avance pour chaque enfant.

Dès la maternelle

À chaque étape de son éducation, l'enfant doit réussir un test d'entrée. Plus l'école est prestigieuse, plus difficile est le test. Et ça commence... à la maternelle. Parfois même à l'âge de trois ans, avec les «écoles supplémentaires» qui préparent les bambins pour leurs tests d'entrée à la maternelle.

«L'école dans laquelle il entre est un indicatif d'où il va aller à l'université» et, ultimement, de la qualité de l'emploi qu'il occupera, indique Mme Harvey.

Les parents redoutent l'entrée de leur enfant à la maternelle, s'est aperçue Mme Harvey, parce que c'est à cette étape de vie que le stress commence, et pour tout le monde.

Il faut passer le redoutable test, bien réussir pour atteindre la prochaine étape, passer de nouveaux tests, et ainsi de suite jusqu'à l'université. Et faire de gros chèques.

Dans un parcours sous pression, et aussi hautement compétitif, il n'y a pas de place pour l'échec ou pour l'abandon.

Problèmes sociaux

Non, il n'y a pratiquement pas de décrochage scolaire au Japon. Mais c'est l'un des pays industrialisés où le taux de suicide est le plus élevé, y compris chez... les enfants.

La quête de la performance à tout prix apporte aussi son lot de problèmes sociaux très complexes que nous ne connaissons pas ici, raconte Mme Harvey.

Elle souligne également que dans le système japonais, en raison du coût de l'éducation, la «mobilité sociale» est beaucoup plus rare que chez nous. Autrement dit, un enfant qui naît dans une famille pauvre peut difficilement aspirer à mieux, parce que ses parents n'auront pas les moyens de lui offrir une bonne éducation.

Oui, les Japonais sont des étudiants acharnés qui ne décrochent pas, mais à quel prix? Une chose est certaine, conclut-elle, «le sacrifice qu'on doit faire est beaucoup plus grand qu'ici».

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer