Des promesses électorales à crédit?

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«Toutes ces annonces, tous ces engagements, certains irréalistes, feront en sorte d'augmenter les dépenses de l'État. C'est inévitable. Alors si on augmente les dépenses, il faut augmenter les revenus ou couper. Et là-dessus, c'est le silence radio», déplore l'économiste Claude Montmarquette.

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Le Québec en élections

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Le Québec en élections

Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement le 1er août 2012, en déclenchant officiellement des élections générales pour le 4 septembre. »

(Québec) Des promesses, des promesses, encore des promesses. Moins de 15 jours après le début de la présente campagne électorale, les promesses et les engagements des principaux partis politiques frôlent les 20 milliards $. Or, le Québec a-t-il le moyen de ses ambitions?

«Malheureusement, non», répond l'économiste et président du centre de recherche en économie CIRANO, Claude Montmarquette, qui rappelle que la marge de manoeuvre de l'État québécois pour ajouter de nouvelles dépenses (et de nouveaux programmes) n'a jamais été aussi mince.

Seulement dans la journée de mardi, le Parti libéral du Québec (PLQ) a annoncé des investissements de près de 300 millions $ uniquement dans la région de Québec, alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) parlait d'octroyer un crédit d'impôt de 1000 $ aux ménages lors de l'achat d'une première résidence. Une mesure de plus de 50 millions $ par année.

La veille, le Parti québécois (PQ) s'engageait à créer 30 000 nouvelles places en garderie (une facture annuelle supplémentaire de plus de 200 millions $).

Dépenses de l'état

«Or, toutes ces annonces, tous ces engagements, certains irréalistes, feront en sorte d'augmenter les dépenses de l'État. C'est inévitable. Alors si on augmente les dépenses, il faut augmenter les revenus ou couper. Et là-dessus, c'est le silence radio», déplore l'économiste Montmarquette.

Ce dernier rappelle que le rythme de croissance annuelle des dépenses de l'État ne devra pas excéder 1,5 % (soit le taux de croissance de l'économie québécoise prévu) afin d'espérer respecter l'équilibre financier au cours des prochaines années. On parle d'une marge de manoeuvre d'environ 1 milliard $.

Cette année, le coup de pouce du fédéral de 1,5 milliard $ sur l'harmonisation de la TVQ et de la TPS devrait permettre au Québec d'équilibrer son budget. Mais ce ne sera pas le cas au cours des trois années successives.

Car, signale l'économiste du CIRANO, la tâche s'annonce «colossale» pour le prochain ministre des Finances du Québec puisque le budget du gouvernement prévoit déjà un manque à gagner annuel de 875 millions $ au cours des exercices financiers de 2014, de 2015 et de 2016.

Tout cela alors que la dette du Québec, qui dépasse maintenant les 252 milliards $, coûtera en intérêt seulement cette année 10,3 milliards $ (en hausse de 9,4 %) au Trésor québécois, et ce, dans un contexte où les taux d'intérêt sont très bas. M. Montmarquette n'ose d'ailleurs même pas imaginer ce qui arrivera lorsque les taux d'intérêt remonteront.

Le coup fourré

Dans un tel contexte, certains économistes appréhendent, encore une fois, le spectre du célèbre «coup fourré» de 1994 et de 2003 advenant un changement de gouvernement le 4 septembre prochain. Ce sera alors du déjà-vu, souligne le professeur en fiscalité de l'Université de Sherbrooke Luc Godbout.

«Il y a fort à parier que la nouvelle équipe en poste nous dira avoir trouvé les livres budgétaires dans un état pire que prévu...»

En 1994, le PQ avait fait le coup aux contribuables québécois en estimant le déficit laissé par les libéraux à 6,1 milliards $ plutôt qu'à 4,4 milliards $.

En 2003, les libéraux de Jean Charest, à leur arrivée au pouvoir, avaient alors engagé l'ancien vérificateur général du Québec Guy Breton. Ce dernier avait trouvé une impasse budgétaire de... 4,3 milliards $.

Pour éviter qu'un tel scénario se reproduise (quoiqu'il soit trop tard pour cette campagne-ci), le professeur Godbout suggère que le prochain gouvernement rende public un rapport de l'état réel des finances publiques du Québec avant le déclenchement des prochaines élections.

Chemin faisant, «tous les partis politiques partiraient d'un même point pour tracer leurs promesses et leurs effets budgétaires. Ce qui éviterait les mauvaises surprises une fois au pouvoir», fait valoir M. Godbout en soulignant qu'une loi semblable existe déjà en Ontario.

Mise en place par le gouvernement de Dalton McGuinty il y a quelques années, cette loi ontarienne exige que le ministère des Finances prépare un rapport préélectoral sur les finances publiques de cette province. Le rapport doit aussi recevoir l'aval du vérificateur général de l'Ontario avant d'être remis aux partis politiques avant les élections.

Les gens d'affaires préoccupés

Les membres de la communauté d'affaires de Québec se disent très préoccupés par la gestion des finances publiques du Québec.

Un coup de sonde, mené par la Chambre de commerce et d'industrie au cours des derniers jours, révèle que la moitié (51 %) de ses membres font de la gestion de la dette et des finances publiques ainsi que de la réduction de la taille de l'État un enjeu prioritaire au cours des présentes élections provinciales.

La santé arrive loin derrière, avec 17 % des préoccupations des gens d'affaires de Québec. La diminution de la paperasse administrative pour les entreprises ainsi que l'accès au capital de risque sont également des enjeux soulevés.

«Nous invitions les différents partis politiques à se positionner clairement sur les enjeux identifiés par la communauté d'affaires de Québec et à préciser leurs engagements», a souligné hier le président de la Chambre de commerce de Québec, Alain Kirouac.

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