«On a eu des belles années de l'amiante au Québec. Aujourd'hui, c'est une industrie qui est dépassée. C'est une industrie qui ne respecte pas les valeurs des Québécois. C'est dangereux l'amiante, je ne vois pas pourquoi on irait exporter ce danger-là dans d'autres pays», a lancé samedi matin le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault.
L'ancien ministre péquiste a fermé toutes les portes à la survie de l'amiante dans la province. «Il n'y en aura plus ici, ni à l'exportation», a-t-il déclaré.
Mais du même souffle, François Legault a soutenu qu'il maintiendrait en place le prêt de 58 millions $ du gouvernement de Jean Charest pour la relance de la mine Jeffrey à Asbestos. «Le prêt, donc, on va respecter le prêt, mais on va interdire l'exportation de l'amiante.»
Double discours dénoncé
Le porte-parole de la mine Jeffrey dit mal comprendre ce double discours. «C'est pas clair. On note les contradictions. On veut savoir qu'est-ce qui se passe», laisse entendre au Soleil Guy Versailles. «Il y a des affaires qui marchent pas là-dedans! On ne comprend pas qu'est-ce qu'il veut. De toute évidence, la position n'est pas claire, et elle semble reposer sur une information pas totalement exacte», poursuit-il.
Guy Versailles ne voit pas comment le parti de François Legault pourrait fermer les frontières à l'amiante. «Je ne comprends pas comment on peut interdire l'exportation d'une substance légale! Il semble dire que c'est un produit interdit. Soyons clairs, ce n'est pas un produit interdit. Non seulement ce n'est pas un produit interdit, mais il s'installe à Montréal, en 2012, des produits similaires à ceux qui sont fabriqués dans les pays où on vend.»
Pressé de questions par les médias, François Legault a reconnu que la situation sera délicate avec la mine Jeffrey. «Il va falloir trouver un arrangement spécial avec l'entreprise. Je suis très conscient que l'entreprise va se trouver dans une situation difficile», a soutenu le chef caquiste, précisant qu'il entrevoyait une reconversion industrielle complète pour l'industrie de l'amiante.
Serge Boilard défend bec et ongles le recours à l'utilisation sécuritaire selon lui de l'amiante, un produit qualifié de cancérigène par l'Organisation mondiale de la santé. Le président du Mouvement prochrysotile québécois se dit décontenancé de voir la CAQ promettre de bannir l'amiante, alors que l'Action démocratique du Québec (ADQ) a défendu son industrie pendant une décennie. «Autant Gérard Deltell que Sylvie Roy ont visité la mine à Asbestos. Les anciens de l'ADQ étaient favorables au chrysotile dans l'utilisation sécuritaire», soutient-il. «M. Deltell ne voyait vraiment aucun problème, il a toujours dit qu'il nous appuyait.» Il dit avoir invité François Legault à le rencontrer il y a quelques mois, mais c'est finalement Gérard Deltell qui s'est déplacé. «M. Legault, même s'il refuse de nous rencontrer, a une idée préconçue et préfaite. C'est le chef, donc il a raison», avance Serge Boilard.
En 2010, l'ADQ - fusionnée depuis avec la CAQ - avait réaffirmé son soutien à l'utilisation sécuritaire de l'amiante. L'ancienne formation de Mario Dumont, dont plusieurs députés ont rejoint l'équipe de François Legault, avait même promis de défendre toute l'industrie en 2004. Mario Dumont avait plaidé à l'époque pour une utilisation accrue de l'amiante au Québec.
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Le PQ prudent
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, est demeurée prudente samedi lorsque questionnée sur l'éventualité de bannir l'amiante, affirmant qu'une commission parlementaire était nécessaire pour trancher dans le dossier.
«Je suis totalement en désaccord que le gouvernement verse un sou sans qu'il y ait de débat. Quand nous arriverons au gouvernement, nous allons revoir tout cela», a affirmé la chef péquiste, faisant allusion au prêt de 58 millions $ accordé à la mine Jeffrey au mois de juin.
Elle semble néanmoins croire que le résultat des consultations ira dans le sens de l'interdiction puisque selon elle, il faut travailler sur la diversification de l'économie dans la région où l'amiante est exploité. «Sans doute que les conclusions qui vont être tirées iront dans ce sens-là», a-t-elle affirmé.
Son candidat dans Saint-François, Réjean Hébert, a également marché sur la pointe des pieds samedi. Cet ancien doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke a reconnu que les débats scientifiques étaient clos et qu'il devait maintenant y en avoir un «social». «J'ai hâte d'entendre l'industrie et le milieu socioéconomique là-dessus», a-t-il laissé tomber.
Mme Marois n'a pas voulu se prononcer sur l'annonce de son rival caquiste, François Legault, dans le dossier, se plaisant à réaffirmer que celui-ci changeait toujours d'idée. Annie Mathieu