Dans une entrevue exclusive accordée au Soleil, M. Chevrette affirme que le comportement de M. Duchesneau est questionnable sur le plan de l'éthique. «En 25 ans de carrière, je n'ai pas connu de politiciens qui ont préparé leur entrée en politique en faisant ce qu'il fait», a déclaré M. Chevrette. Il rappelle la carrière antérieure de M. Duchesneau à la direction du Service de police de la Ville de Montréal. «Un haut gradé de la police n'organise pas de fuites. Un haut gradé fait son travail avec rigueur. Un candidat qui se voit déjà vice-premier ministre et qui agit ainsi montre un manque de jugement gigantesque.»
M. Chevrette reproche à Duchesneau de mettre en péril la commission Charbonneau. Il lui reproche d'avoir accusé ses avocats de ne pas avoir posé les bonnes questions pendant son témoignage public. «Je sais qu'il a préparé son témoignage pendant deux jours avec la commission. Et, après ça, il vient leur reprocher de ne pas avoir posé les bonnes questions? Ça, c'est grave, sur le plan de l'éthique.»
Guy Chevrette estime que les avocats de la commission Charbonneau, tout comme Lucien Bouchard et Paul-Arthur Gendreau à la commission Cliche, feront un «travail très judicieux, analyseront les preuves et verront si les faits sont corroborés. Ils ont un travail énorme à faire. J'ai été très déçu de voir même François Legault critiquer les avocats de la commission, surtout en sachant que le témoignage de Duchesneau avait été préparé pendant plusieurs heures».
Ancien titulaire des Transports, Guy Chevrette n'a pas été convoqué comme témoin à la commission, mais il sait que ses deux anciens sous-ministres l'ont été. Si on ne lui demande pas de témoigner, il compte soumettre une opinion écrite sur la question des dépassements de coûts.
La réputation des politiciens
Malgré les scandales et les accusations de corruption qui ont cours pendant cette campagne électorale, Guy Chevrette se dit convaincu que la très grande majorité des politiciens sont honnêtes. Il estime que la population et les médias comprennent mal le métier des politiciens pour blâmer un ministre, comme Line Beauchamp, d'avoir participé à un cocktail de financement où se trouvaient des gens dont l'intégrité est par la suite mise en doute. Il se rappelle avoir déjà vu Tony Accurso à l'une de ces activités. Mais c'était alors un entrepreneur, comme les autres, explique-t-il.
Guy Chevrette explique que les ministres participent souvent à des activités de financement de leurs collègues députés, mais qu'ils ignorent qui sera là. «Tu pars de Québec après la période de questions pour Montréal ou Trois-Rivières, tu n'es même pas là deux heures, tu serres des mains et tu les remercies de participer à l'exercice démocratique. Tu ne peux pas savoir qui sera là.»
M. Chevrette se désole de voir les médias et les réseaux sociaux amplifier le cynisme de la population au point de croire que tous les politiciens sont «des pourris». «Des gens qui travaillent 70 à 80 heures par semaine, ce ne sont pas des pourris, ce n'est pas vrai. Est-ce qu'il y a des flagosses, parfois? Peut-être, mais je me refuse à croire qu'il s'agit de systèmes structurés et organisés. Je ne crois pas ça. Je crois bien plus que les gouvernements sont victimes d'arnaques qu'ils n'ont pas vues venir.»
Une crise
Guy Chevrette reconnaît qu'il y a une crise actuellement dans la construction et les contrats publics. Il rappelle que le juge Robert Cliche avait déclaré qu'il faudrait une enquête publique dans ce domaine tous les 15 ans, il y a de cela 30 ans... Il voit aussi des changements importants dans ce domaine d'activité: «À la commission Cliche, on ne parlait pas de l'infiltration par mafia, mais de banditisme. C'est différent.» Il signale aussi que, depuis une décennie, le nombre d'entreprises de génie-conseil a diminué au profit des grosses firmes. La compétition est féroce, ce qui explique peut-être les abus qui ont été dénoncés au cours des dernières années. Mais cela, affirme-t-il, n'a rien à voir avec le financement des partis politiques. «Je ne peux pas croire qu'un gars peut avoir un contrat du gouvernement parce qu'il donne 2000 $ par année au parti. C'est impossible.»
Guy Chevrette croit néanmoins qu'il faudra en venir au financement public des partis politiques afin de protéger la réputation des politiciens. Il estime par ailleurs que la compétition accrue entre les médias est un facteur dans l'accroissement du cynisme à l'endroit des politiciens. «C'est toujours: "On vient d'apprendre en exclusivité."» Il cache mal son malaise à la suite du reportage de l'équipe de l'émission Enquête sur Jean Charest, mais il refuse de commenter parce qu'il ne connaît pas les éléments de preuve de Radio-Canada. Il est très dur cependant à l'endroit des réseaux sociaux, «où l'on se permet de dire n'importe quoi et d'accuser n'importe qui sans aucune preuve ou vraisemblance de preuve».
Guy Chevrette va bien, malgré la maladie qui lui a volé beaucoup d'énergie au cours des derniers mois. Il a combattu son cancer dans la discrétion, mais il confie qu'il a passé un moment très pénible. C'est la perte d'énergie qu'il a trouvé le plus difficile. Mais il rentrait d'un voyage de pêche et d'une partie de golf lors de son entrevue avec Le Soleil... C'est tout dire!