Le petit peu bus de Pauline
L'autobus des médias écrits du Parti québécois (PQ) a eu droit à un second baptême cette semaine. Petit peu bus, voilà comme les journalistes à son bord ont décidé de renommer le véhicule mercredi en fin de journée.
Depuis la semaine précédente, il était plutôt connu sous le nom de Capital patient, en référence au jargon économique utilisé pour désigner des investissements dont les rendements ne sont pas espérés à court terme. Pauline Marois avait employé cette expression lors de son engagement à mettre sur pied la Banque de développement du Québec, ce qui avait amusé la presse.
Mais au huitième jour de la campagne électorale, la patience des journalistes commençait réellement être mise à rude épreuve, et une nouvelle désignation s'imposait. Une bombe venait d'être larguée à la suite de la diffusion d'un reportage de l'émission de Radio-Canada qui révélait qu'une filature policière impliquant un ancien dirigeant de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, avait été interrompue après une rencontre avec le premier ministre Jean Charest en 2009.
La chef souverainiste se trouvait alors à la Microbrasserie des Beaux Prés, dans sa circonscription de Charlevoix. Il n'était pas prévu à l'horaire qu'elle s'adresse à nouveau aux journalistes, mais vu la gravité de l'affaire, elle leur a accordé une question. Pauline Marois s'est alors dite «préoccupée» par ce qui avait l'odeur d'un nouveau scandale, puis a tourné les talons. La clip a déçu tous les membres de la presse, qui espéraient une déclaration choc de Mme Marois, qui a plus d'une fois utilisé l'expression «petit peu» pour réagir prudemment aux faits et gestes de ses rivaux. L'autobus était rebaptisé.
Si Pauline Marois a parcouru près de 4000 kilomètres avec sa caravane du Parti québécois - à un train d'enfer - et fait voir des paysages des plus bucoliques à son entourage et aux médias à ses trousses, la chef péquiste ne leur a pas fait vivre, pour l'instant, de grandes émotions journalistes. La place accordée à Mme Marois dans les bulletins de nouvelles et les journaux écrits a été réduite à peau de chagrin cette semaine, au grand désarroi des membres de la presse. Et ce n'est pas parce qu'ils n'auront pas essayé de lui tirer les vers du nez.
D'ailleurs, excédée de voir les journalistes la questionner sur autre chose que ses promesses déjà connues et patiemment égrenées, Pauline Marois s'est impatientée jeudi matin au Saguenay. «Notre annonce de ce matin est importante! Mon portrait, il y a plein de monde qui vont pouvoir le lire!» a-t-elle lancé au journaliste qui l'interrogeait sur l'article qui lui a été consacré dans le magazine L'actualité. Au train où vont les choses, il est fort à parier que les médias devront encore faire preuve d'encore un «petit peu» de patience avant les débats. Annie Mathieu
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Caravane libérale, un ange passe...
La scène se déroulait à Laval par un de ces magnifiques après-midi de l'été que nous connaissons. Entre deux activités, les journalistes cassaient la croûte avec leurs «accompagnateurs» libéraux dans un parc dont ils ne sauront jamais le nom, pour cause de «syndrome de l'autobus de campagne électorale» - «On est où, au juste?»
Soudain, une voix dans un mégaphone...
Les sourcils du personnel politique se sont brièvement soulevés; les oreilles se sont tendues; les cous, étirés. Ouf, ce n'était qu'une fausse alerte au «carré rouge». La voix était probablement celle d'une animatrice d'un camp de vacances, là, derrière la butte.
Il y a toujours une petite appréhension qui flotte au-dessus de la caravane qui conduit Jean Charest aux quatre coins du Québec. Même si le petit nuage noir rapetisse au fur et à mesure que les journées passent.
Au jour 10 du marathon, pas une démonstration n'a rassemblé plus de 40 personnes. Qu'en sera-t-il, cette semaine, avec les scrutins sur les campus opposés à la hausse libérale des droits de scolarité?
Un rien suffit à raviver les craintes libérales. En arrêtant la caravane à Montréal, la rumeur a couru: des manifestants attendaient l'autobus des médias. Les journalistes ont marché. Confusion. Des gens s'agitaient, mais c'était à un rave de la CSN pour ses membres en conflit de travail avec la chaîne hôtelière...
Les médias peuvent témoigner que les libéraux ne font rien pour réveiller la bête étudiante. Ils évitent soigneusement tout territoire miné, comme les campus, les centres-villes francophones. Pas d'apparition surprise dans un resto ou le métro. Pas de bain de foule.
Les libéraux ont appris de 2007. Dans une usine, leur chef est tombé sur un adéquiste pur et dur qui l'avait confronté. Jean Charest était furax. Cette fois, sur le plancher des entreprises, il ne serre que quelques mains et l'endroit a un petit je-ne-sais-quoi de libéral.
Et le chef? Détendu, même en traversant une première crise - un reportage soulevant le doute qu'il soit intervenu dans une filature policière. Il enfile ses trois événements quotidiens de sa campagne pépère. Vendredi, il a fait savoir qu'il a ajusté la cadence à la saison.
M. Charest a sûrement modulé le ton. Sur le tarmac de l'aéroport de Québec, au lancement des élections, il était hargneux. Il a abandonné ce registre. Il s'est contenté d'une moue pour la démission de Gabriel Nadeau-Dubois, son contestataire le plus virulent.
La meilleure? Après avoir accusé tous les jours pendant trois mois Pauline Marois de porter le symbole du mouvement étudiant, Jean Charest n'a pas une seule fois prononcer les mots carré rouge. Michel Corbeil
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La CAQ en tournée dans le 450
Quiconque a voyagé au moins quelques jours dans la caravane de la Coalition avenir Québec doit, à l'heure qu'il est, en avoir tiré au moins deux conclusions. La première, c'est que pour être dans le feu de l'action, c'est certainement la meilleure des trois caravanes principales. La seconde, c'est que pour voir du pays, c'est la pire.
C'est avec un brin de jalousie que les journalistes affectés à la CAQ ont pris connaissance, toute la semaine, des destinations visitées par la chef péquiste Pauline Marois : Gaspésie, Charlevoix, Saguenay... Alors que du point de vue des paysages, l'itinéraire de François Legault a jusqu'à maintenant toutes les allures d'une tournée des stationnements et des champs de blé d'Inde montérégiens, avec retour à Montréal tous les soirs. À l'évidence, la CAQ a décidé de labourer le 450 jusqu'au dernier lopin. Comble de l'exotisme cette semaine : coucher à Trois-Rivières jeudi soir...
Heureusement, personne ici ne dispose d'assez de temps libre pour être jaloux bien longtemps. François Legault enfile jusqu'à cinq événements par jour et, si tous ne méritent pas un article, loin s'en faut, l'actualité - Jacques Duchesneau en tête - se charge de garder les journalistes à leur clavier. L'impression qui s'est dégagée parmi ces derniers au cours des quelque 10 premiers jours de la campagne est que, au moins sur le plan médiatique, c'est en général la CAQ qui bat la mesure de cette campagne, et que les autres partis suivent.
Les sondages publiés cette semaine, qui donnent toujours le parti de M. Legault troisième, ont rappelé à tous que monsieur et madame Tout-le-Monde ne sont pas les junkies de politique et de médias sociaux que peuvent être les reporters. Mais il reste que la Coalition est beaucoup mieux parvenue que ses rivaux à imposer ses thèmes (surtout la corruption) et que c'est souvent autour d'elle que tournent les nouvelles les plus percutantes, comme l'entrée en scène de Jacques Duchesneau (et ses déclarations subséquentes). Bref, c'est elle qui a le vent dans les voiles, et les attaques répétées du PQ et du PLQ à son endroit le confirment indirectement.
Reste à voir combien de temps M. Legault pourra maintenir ce rythme. Jean-François Cliche