Mercredi, Radio-Canada a révélé qu'en mars 2009, le premier ministre libéral a rencontré Eddy Brandone, à Dorval. M. Charest s'est entretenu brièvement avec ce militant libéral de longue date, qui aurait des liens avec le monde interlope.
Le leader du Parti libéral du Québec a repris avec virulence ses critiques contre une nouvelle «qui n'aurait jamais dû être faite», qui a péché gravement, à ses yeux, au chapitre de l'éthique journalistique.
«Moi, j'ai la conscience en paix. Je ne pense pas que c'est la même chose à la société Radio-Canada. Nous en avons eu des échos. En privé, des journalistes et même des anciens journalistes de Radio-Canada nous ont exprimé leur malaise», a-t-il commenté sans donner de noms.
Selon lui, les auteurs du reportage laissent sous-entendre qu'il existe un lien entre l'arrêt de la filature, dont faisait l'objet ce proche de Jocelyn Dupuis, dont les comptes de dépenses à la FTQ-Construction ont fait scandale, et l'entretien avec M. Brandone. L'enquête avait aussitôt été stoppée.
Jean Charest a d'abord répondu qu'il ne voit pas en quoi son entourage pouvait s'être montré laxiste en ne l'informant pas des personnes qu'il croise. «On va s'entendre, le laxisme est à Radio-Canada, ce matin.»
Il a reconnu qu'à l'occasion, ses conseillers le préviennent de la présence de certaines personnes. Et oui, «rarement, rarement», les membres de la SQ le mettent en garde contre certains personnages. Les policiers ne l'auraient pas fait envers Eddy Brandone.
Il ne faut pas s'attendre à ce que tout individu louche soit intercepté, a enchaîné M. Charest. «La SQ n'a pas un radar pour ces choses-là.»
«Nous faisons une vie publique, a-t-il indiqué. On essaie de se prémunir. Quand on fait une vie publique, on rencontre beaucoup de gens.»
Il arrive que des gens l'arrêtent dans la rue pour que nous soyons photographiés ensemble, a-t-il dit en substance. «Dans ce temps-là, on ne sait pas. On ne fait pas enquête sur chaque personne.»
Le libéral a continué de répéter qu'il ne peut avoir eu qu'une discussion banale avec l'homme. Jean Charest n'a toujours pas décoléré de l'ampleur que Radio-Canada a donnée à l'affaire.
Il n'écarte pas de porter plainte à l'ombudsman de Radio-Canada contre les animateurs de l'émission Enquête. Mais il n'a pris aucune décision. Il a rapporté qu'il préfère se concentrer sur la campagne électorale.
Odeurs de scandale
Après avoir réagi très prudemment mardi soir au reportage de l'émission Enquête, la chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois, a qualifié de «scandale libéral» les allégations à l'égard du premier ministre, Jean Charest, lors d'un rassemblement militant à Ste-Foy. Pourtant, en matinée, elle a de nouveau une certaine réserve, lorsque questionnée par les journalistes.
«Cela a des odeurs de scandale, c'est assez exceptionnel. J'ai rarement vu ou entendu quelqu'un dire que le premier ministre avait demandé à la Sûreté du Québec d'abandonner une filature. [...] Et si c'était le cas, c'est scandaleux.
«En même temps je dois mettre un «si» parce que je ne peux pas accuser la personne sans qu'elle ait eu l'occasion de s'expliquer, sans qu'elle n'ait pu démontrer que ce fait est inexact », a-t-elle expliqué.
Début de la fin? se demande Legault
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a affirmé qu'il est prêt à croire le plaidoyer d'innocence du premier ministre, mais qu'il reste encore à aller au fond de l'histoire.
«Ce que ma petite expérience en politique m'a appris, c'est que quand un politicien commence à s'en prendre aux journalistes, c'est que c'est le début de la fin. Et pour ce qui est du reportage, je pense que c'est troublant. On ne peut pas dire que c'est complètement un hasard qu'une filature ait été arrêtée une demi-heure après que M. Charest a rencontré l'individu en question.
«J'accepte ce que M. Charest a dit, on doit lui faire confiance, il dit que ce n'est pas lui qui a donné le mot d'ordre. Mais on doit savoir qui l'a fait», a déclaré M. Legault.
Avec la collaboration d'Annie Mathieu et de Jean-François Cliche