L'anecdote est révélatrice. Taschereau, où se mènera l'une des batailles électorales les plus suivies de la région, n'est plus la même.
Fini le Vieux-Limoilou pour la circonscription qui s'est agrandie vers l'ouest, avec le quartier Saint-Sacrement.
Un électorat modifié, sur lequel compte miser Clément Gignac, poids lourd libéral. Ministre responsable du Plan Nord qu'il défend bec et ongles, l'homme a quitté la circonscription montréalaise plus sûre de Marguerite-Bourgeoys pour tenter de ravir au Parti québécois (PQ) ce secteur du centre-ville de Québec.
En entrevue, Clément Gignac est conscient d'être moins connu. Mais il vient de Portneuf, a étudié en économie à l'Université Laval, habite le Vieux-Québec depuis 12 ans, défile-t-il comme preuve de son appartenance à cette circonscription qui peut sembler contre nature.
Vrai qu'à causer Plan Nord et loi 78, on se sent loin de la population de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Roch. Loin des casseroles en appui au mouvement étudiant, aussi.
Pas lui. «Le conflit étudiant, c'est un des comtés qui l'a vécu le plus. On a entendu la minorité bruyante, là, la majorité silencieuse a bien hâte de se prononcer.»
Le candidat libéral veut en faire un enjeu électoral.
«Mon point est très clair, c'est la loi 78 et l'accès aux cours». Beaucoup d'électeurs sont d'accord, assure-t-il. «Il y a des gens parfois un peu plus âgés qui ont vécu le conflit autrement : t'es assis sur ton balcon, tu peux-tu avoir la paix? Est-ce que pour 50 cennes par jour, ça vaut la peine de tout virer à l'envers?»
Autre sujet que M. Gignac compte bien défendre : le Plan Nord. Pour «créer de la richesse» et «affranchir le Québec de la péréquation». «Pour la première fois de son histoire, le Québec pourra financer ses programmes sociaux à l'interne.» C'est ce qu'il se donne la mission d'expliquer à l'électorat de Taschereau, où se trouvent plusieurs organismes communautaires.
Dans le coin bleu
Ce plaidoyer sur la loi 78 et le Plan Nord, livré autour d'un café, détonne avec un autre café, bu rue Saint-Jean avec l'adversaire péquiste de Clément Gignac, Agnès Maltais. Indissociable de Taschereau, elle est réélue sans interruption depuis 1998. Dans la rue, on la salue, la klaxonne.
Le conflit étudiant? Mme Maltais est fière d'avoir porté le carré rouge. «J'en ai frappé, des casseroles avec le monde sur la rue Saint-Jean», dit-elle.
Elle refuse aussi de s'inquiéter avec la nouvelle carte électorale. «Jusqu'ici j'ai de bons signaux, ça s'est renouvelé dans Saint-Sacrement. Je ne pense pas que c'est parce que tu es vieux que tu es sénile, lance-t-elle. Et s'il y a quelque chose qui parle aux gens et aux personnes âgées, c'est l'honnêteté et l'intégrité.»
D'autres gros dossiers ont occupé son dernier mandat, dont le fait qu'elle ait parrainé le projet de loi privé 204, pour sécuriser l'entente de gestion entre la Ville et Québecor pour le nouvel amphithéâtre. La saga a mené à une crise interne au PQ. «C'est du passé, tranche-t-elle. Depuis le jugement du juge Denis Jacques, qui disait que j'avais en tous points raison, ce n'est pas un enjeu.»
Après 14 ans à représenter Taschereau, Agnès Maltais sait toutefois qu'en politique, le vent peut tourner. Aux dernières élections fédérales, sa collègue bloquiste Christiane Gagnon a été emportée par la vague néo-démocrate après 17 ans. «Mais c'était une vague de gauche, pas une vague de droite», souligne-t-elle.
Un vétéran pour Québec solidaire
Parlant de gauche, Taschereau, c'est aussi le candidat de Québec solidaire Serge Roy. L'homme de 65 ans en est à sa troisième campagne. Après un respectable 8 % d'appuis en 2008, il se lance dans la campagne avec enthousiasme, en misant sur «l'attitude arrogante» du Parti libéral dans le conflit étudiant. Il veut aussi défendre le transport en commun et le patrimoine.
«On va aussi sans doute aller chercher des appuis chez des péquistes déçus», dit-il en parlant du «malaise profond» créé par la loi 204. «On veut aussi aller chercher ceux qui votent trop souvent par dépit. On aimerait les amener à voter non pas contre, mais pour quelque chose.»
Six minutes de gloire pour Catherine Dorion
«C'est complètement débile!»
La candidate d'Option nationale dans la circonscription de Taschereau n'en revient pas de l'engouement suscité par sa vidéo de six minutes. Vu plus de 50 000 fois sur YouTube, partagé partout au Québec, le monologue dans lequel Mme Dorion explique son engagement dans la nouvelle formation de l'ex-péquiste Jean-Martin Aussant fait fureur. Et les entrevues se multiplient pour la jeune femme.
«Je faisais ce vidéo pour le monde dans Taschereau. Jamais je n'aurais imaginé que ça prendrait une telle ampleur», explique au bout du fil l'auteure et comédienne, détentrice d'une maîtrise en science politique de King's College à Londres.
Cette mère d'un bébé de sept mois, résidante du quartier Saint-Sauveur, en a fait craquer plusieurs avec cette vidéo dans laquelle elle lance quelques flèches aux «vieux partis» en invitant à «oser l'enthousiasme» et à ne «pas se gêner» pour se dire souverainiste.
Celle qui se dit «plus capable des libéraux» est consciente qu'en ce sens, voter pour Option nationale pourrait diviser le vote «de gauche et nationaliste». Mais l'enthousiasme qu'apporte son nouveau parti l'a emporté, dit Catherine Dorion.
«Voir des gens super intègres qui n'ont rien à gagner à mettre 30 jours dans une campagne électorale à temps plein pour faire valoir leurs idées, j'ai vu ça à Option nationale», plaide-t-elle. «Alors, je me suis dit : "OK, si c'est pour faire en sorte que les Québécois se remettent à voter, je me dis go et advienne que pourra."»