Le leader du Parti libéral du Québec a dû arrêter en toute urgence sa caravane électorale, en début de soirée, à Saint-Léonard-d'Aston, près de Trois-Rivières, après la diffusion d'un reportage-choc de Radio-Canada sur une rencontre qu'il a eue, le 6 mars 2009, avec Eddy Brandone, à Dorval.
L'air sombre, M. Charest s'est dit victime d'une attaque insidieuse non pas par un adversaire politique, mais par un média et son équipe d'investigateurs. «J'ai pris connaissance du reportage [mis en ondes à 17h] que je trouve épouvantable.»
«Depuis que je suis premier ministre, a-t-il déclaré, je n'ai jamais été informé d'enquêtes policières et je ne suis jamais intervenu dans des enquêtes policières. C'est simple, c'est clair, c'est ça.»
«Deuxièmement, on parle beaucoup d'éthique de politicien», a-t-il enchaîné. «Je pense qu'on devrait parler d'éthique de journaliste de Radio-Canada. Je pense que le sujet devrait être ça.»
L'enquête d'Enquête
Selon les journalistes du magazine télévisé Enquête, les policiers de la SQ se sont attachés aux pas de M. Brandone après la divulgation des informations sur le scandale des comptes de dépenses de l'ex-dirigeant de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, en 2009.
D'après Radio-Canada, les policiers enquêteurs ont été interloqués de constater que la piste les a conduits dans une salle où Jean Charest, accompagné de ministres de son gouvernement et d'Ottawa, s'entretenait avec des leaders de la communauté inuite. Eddy Brandone se serait alors brièvement entretenu à la pause du dîner avec le premier ministre Charest.
Le lendemain, les policiers auraient reçu l'ordre de cesser de suivre M. Brandone. Qui l'a donné? demande Radio-Canada. Des policiers témoignent sous le couvert de l'anonymat qu'il est «bizarre» d'interrompre à ce stade une enquête.
Une connaissance depuis 1993
Eddy Brandone connaît Jean Charest depuis 1993, lorsque ce dernier s'est mis en campagne pour accéder à la tête du Parti progressiste conservateur, à Ottawa. M. Brandone est décrit par Enquête comme un militant libéral de longue date qui «a des contacts dans le monde légitime et semble en avoir également dans le monde interlope».
Le leader du PLQ a admis que l'homme est une connaissance. Une vague connaissance, a-t-il suggéré. «Je vais vous dire pourquoi je me rappelle de lui», a-t-il lancé aux journalistes. «Quand il se présente, il se présente toujours comme un syndicaliste. Et chez nous, au Parti libéral du Québec, on ne reçoit pas souvent des gens qui sont du milieu syndical, à nos évènements.»
Par contre, «je n'ai pas le souvenir de la conversation» que le reportage évoque. «Quand je le vois, ce ne sont pas des conversations de fond. Ce sont des échanges [...] cordiaux, pour des gens qu'on rencontre comme ça.»
Il est revenu sur ses reproches à Radio-Canada. «L'insinuation faite par Radio-Canada est très claire, [...] claire comme de l'eau de roche. Ils essaient de construire un lien entre le fait que cette personne m'a croisé et que, semble-t-il, une enquête ou une filature a été arrêtée.»
Si Eddy Brandone l'appelle «Jean» dans le reportage, c'est que les Québécois sont familiers avec leurs politiciens, a plaidé M. Charest.
«Très bonne question», a-t-il répliqué avec une pointe d'ironie à un journaliste lui demandant pourquoi l'affaire a éclaté mercredi. «Après une semaine de campagne électorale, pour une affaire qui s'est produite en 2009 et, soudainement, c'est aujourd'hui dans les nouvelles.»
Marois réclame des explications
Se disant très inquiète, la chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois, a affirmé que Jean Charest doit fournir des éclaircissements sur les relations qu'il entretient avec Eddy Brandone.
Interrogée à la sortie d'une rencontre avec des militants, à Sainte-Anne-de-Beaupré, elle a précisé que «le premier ministre du Québec a, je crois, le devoir de nous expliquer la nature de ces liens, confirmés ou pas», a-t-elle soutenu.
Mme Marois s'est exprimée avant que Jean Charest ne réagisse. «C'est sûr que ce n'est pas normal qu'on stoppe une filature, a laissé tomber la meneuse de la formation péquiste. C'est pour cela qu'il faut avoir des explications de M. Charest.» Avec la collaboration d'Annie Mathieu