Le co-chef de Québec solidaire, Amir Khadir, refuse d'embarquer dans cette guerre d'insultes. «Je trouve ça regrettable», a-t-il réagi en marge du lancement des candidats de Québec de Québec solidaire, qui a réuni plus de 200 personnes, vendredi soir, au Musée national des beaux-arts du Québec. «J'aimerais que l'on évite le plus possible ce genre d'attaque.» Sa collègue, Françoise David, a rappelé, quant à elle, que son parti «ne mange pas de ce pain-là». «C'est ce que M. Ducppe a choisi de faire, c'est son choix et je ne commenterai pas plus, car je ne veux pas attiser le feu.» Le parti entend mener une campagne positive et s'attaquer «aux adversaires de la société».
Respect
L'ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe a fait une sortie en règle, vendredi, contre le député de Québec solidaire, Amir Khadir, à saveur de règlement de comptes, lors d'une entrevue accordée à La Presse Canadienne. «Je respecte des gens qui sont dans Québec solidaire, comme Françoise David. Je ne les respecte pas tous, parce que certains ne le méritent pas, comme Khadir, a-t-il tranché. Je ne peux pas accorder grand respect à des gens qui se gargarisent de ce mot [souverainiste] et appuient des fédéralistes dans des élections», a-t-il ajouté, qualifiant M. Khadir d'«opportuniste et populiste», jouant constamment sur les deux tableaux. Sur sa lancée, il juge aussi que le député de Mercier apporte à la politique «des réponses simplistes à des questions complexes», préférant «tenter de confondre les gens sur beaucoup de questions» et n'hésitant pas à se comparer «à Gandhi, Luther King et Mandela».
M. Duceppe a aussi tourné en dérision le slogan retenu par Québec solidaire pour sa campagne, «Debout». «Leur slogan, c'est "Debout", pis aux élections fédérales, c'était "À genoux devant le NPD"!» raille M. Duceppe, n'ayant toujours pas digéré qu'Amir Khadir ait avoué avoir voté pour le Nouveau Parti démocratique aux élections fédérales de mai 2011, tandis que le Bloc accusait la pire défaite de son histoire. «On ne peut pas se prétendre debout quand on est à genoux devant un parti fédéraliste», selon lui. Amir Khadir, qui a été candidat du Bloc québécois en 2000, a donc perdu en chemin toute crédibilité à ses yeux.
Division du vote
L'ex-chef bloquiste craint que le Parti québécois (PQ) fasse les frais de la division du vote souverainiste au scrutin du 4 septembre. «Ce que pense le PQ n'importe pas beaucoup, je pense», répond à cette crainte Amir Khadir. «Ce qui est important, c'est que les citoyens du Québec sachent qu'il y a une alternative au Québec et qu'ils ne sont pas obligés de voter pour les vieux partis. Ils ne sont pas obligés de voter pour les partis dont les mains sont liées par des caisses électorales financées de manière illégitime en contournant la loi. Le seul parti qui est à l'abri de ça, c'est Québec solidaire.» «Faisons confiance à l'intelligence des gens, ajoute Françoise David. Les Québécois ont un mois pour se faire une idée. Les gens se sont plaints par le passé de manquer de choix. Cette fois-ci, il y a toutes sortes de choix. Laissons la démocratie s'exercer. J'aimerais ça d'ici la fin de la campagne que l'on arrête d'épiloguer sur cette histoire de division du vote.»
Réaction de Pauline Marois
La chef du PQ, Pauline Marois, n'endosse pas les propos de Gilles Duceppe, mais avoue sa crainte de voir le vote souverainiste divisé. «D'abord, je suis très fière de l'appui que Gilles m'accorde», dit-elle. «Vous savez, Gilles, c'est un souverainiste de tout temps, il connaît pas mal mieux Amir Khadir que moi, puisqu'il l'a fréquenté et même a été un de ses candidats. Même si moi, je n'endosse pas ses propos, il reste que ça divise le vote souverainiste, et je crois que M. Duceppe a le droit de le dire avec, encore une fois, son engagement à l'égard de la souveraineté. M. Khadir divise le vote souverainiste, qu'on le veuille ou non.»
Gilles Duceppe fera sa première sortie publique de la campagne samedi, à l'occasion de l'investiture d'un des candidats-vedettes du PQ, Jean-François Lisée, dans Rosemont, la circonscription qu'il habite. Il a l'intention de se faire entendre durant la campagne électorale au profit du PQ, lui qui s'est fait discret depuis sa défaite électorale lors des dernières élections fédérales. «J'espère fortement une victoire du Parti québécois et, dans la mesure de mes moyens, je vais y contribuer», assure M. Duceppe. Avec la collaboration d'Annie Mathieu et de La Presse Canadienne