La région de Québec et celle de Chaudière-Appalaches, comme celle du 450, en banlieue de Montréal, et celle du Centre du Québec figureront au coeur des affrontements.
Selon plusieurs stratèges avec qui Le Soleil s'est entretenu, la Coalition avenir Québec (CAQ), avec l'ex-conseillère municipale Denise Trudel, et le Parti libéral du Québec (PLQ), avec Michel Pigeon, se disputeront âprement Charlesbourg.
Dans Chauveau, le caquiste Gérard Deltell paraît en bonne position pour l'emporter à nouveau.
Dans La Peltrie, son collègue Éric Caire semble pouvoir terminer premier, mais les libéraux caressent de gros espoirs avec leur recrue : l'ex-adéquiste Jean-François Gosselin.
Dans Montmorency, c'est une autre lutte entre la CAQ et le PLQ qu'on attend.
Dans Jean-Lesage, le péquiste Pierre Châteauvert veut faire mentir ceux qui prévoient surtout des combats entre la CAQ et les libéraux dans la capitale.
Les partis s'attendent à ce que le ministre Sam Hamad conserve Louis-Hébert. Son collègue de la Santé, Yves Bolduc, devrait être réélu dans Jean-Talon.
La partie pourrait être moins facile pour Agnès Maltais dans Taschereau, même si elle est tout de même donnée gagnante. Elle y affrontera le ministre Clément Gignac, le caquiste Mario Asselin et le solidaire Serge Roy.
Le Parti québécois (PQ) paraît absent de la glace dans Vanier-Les Rivières, où l'élection devrait se jouer entre les libéraux, la CAQ et le candidat du Rassemblement des cols rouges, Claude Roy, dit-on.
Toujours selon ces sources politiques, l'homme d'affaires Christian Dubé, qui court pour la CAQ dans Lévis, pourrait ravir la circonscription au libéral Gilles Lehouillier.
Il faudra surveiller Bellechasse, où la ministre sortante, Dominique Vien, fera face au caquiste Christian Lévesque. Le PQ mise sur Clément Pouliot.
D'autres luttes sans merci sont prévues entre la CAQ et le PLQ dans Beauce-Sud et dans Beauce-Nord. Le caquiste Marc Picard n'est aucunement menacé dans Chutes-de-la-Chaudière.
Il faut aussi s'atte dre à des bataillesrangées dans la circonscription de la Côte-du-Sud et dans celle de Rivière-du-Loup-Témiscouata.
Plusieurs luttes à trois
À surveiller: l'Assomption, une circonscription péquiste où se présente le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ainsi que Terrebonne, une autre zone péquiste où s'est lancé le Dr Gaétan Barette, mardi.
Abitibi-Est, souvent gagnée avec de petites majorités, est de celles à surveiller. Là, la bataille se jouera entre le PQ et le PLQ. Idem pour les Îles-de-la-Madeleine.
Argenteuil, perdue par les libéraux lors de la partielle du printemps au profit du Parti québécois, méritera qu'on s'y arrête.
Dans Arthabaska, la caquiste Sylvie Roy pourrait chasser le député libéral Claude Bachand.
Dans Saint-François, le péquiste Réjean Hébert, un médecin, pourrait parvenir à prendre le siège laissé vacant par la libérale Monique Gagnon-Tremblay.
Le libéral Serge Simard serait en danger dans Dubuc. Le libéral Georges Mamelonet est menacé dans Gaspé.
Même si Duplessis et Ungava devraient demeurer péquistes, selon nos interlocuteurs, il faudra les surveiller en raison des pointures recrutées par Jean Charest: les maires de Fermont et de Lebel-sur-Quévillon.
À surveiller aussi : le résultat de la solidaire Françoise David, qui aimerait bien déloger le péquiste Nicolas Girard dans Gouin; ainsi que le score du cochef de Québec solidaire, le député Amir Khadir, dans Mercier. Celui également d'Option nationale, de Jean-Martin Aussant.
La lutte entre le jeune Léo Bureau-Blouin et le ministre Alain Paquet dans Laval-des-Rapides retiendra l'attention, et pour cause. Tout comme celle dans Sanguinet, où se présente le caquiste François Rebello, qui a beaucoup fait parler de lui lorsqu'il a claqué la porte du PQ.
Plusieurs batailles à trois sont prévues. C'est le cas dans Drummond-Bois-Francs, dans Saint-Hyacinthe, dans Saint-Jean, dans Saint-Maurice, dans Maskinongé. Dans Trois-Rivières, aussi.
Des fiefs
Dans ce portrait global, il existe plusieurs circonscriptions pour lesquelles les libéraux ne se posent aucune question. Elles leur sont acquises. C'est le cas de Westmount-Saint-Louis, de Jacques-Cartier, de Robert-Baldwin, de Bourassa-Sauvé, abandonnée par Line Beauchamp, de Chomedey, de D'Arcy-McGee, de LaFontaine, de Marguerite-Bourgeoys, où l'ex-policier Robert Poëtie revêtira les couleurs libérales, de Notre-Dame-de-Grâce, de Mont-Royal, de Marquette, de Nelligan, de Saint-Laurent, de La Pinière, de Papineau, de Chapleau, de Gatineau, de Hull, de Pontiac.
Les libéraux ne s'inquiètent pas non plus ni pour Outremont, ni pour Bonaventure. Pas plus que pour Brome-Missisquoi, détenue par leur trouble-fête préféré, Pierre Paradis. La ministre Christine St-Pierre devrait aussi facilement être réélue dans l'Acadie, dit-on. Dans Anjou-Louis-Riel, c'est la ministre Lise Thériault qui devrait l'emporter.
Bastions
Le Parti québécois a aussi ses circonscriptions porteuses. Pensons à Abitibi-Ouest, de «l'indélogeable» François Gendron. Songeons à Hochelaga-Maisonneuve, à Labelle, à Joliette, à Lac-Saint-Jean, à Jonquière, à Marie-Victorin, avec Bernard Drainville, à Matane-Matapédia, à Pointe-aux-Trembles, à René-Lévesque, à Rimouski, à Roberval, à Rousseau, à Taillon, à Vachon, à Verchères, à Bourget, à Rosemont, où Jean-François Lisée confirmera d'ici quelques heures qu'il réintègre la famille péquiste, à Sainte-Marie-Saint-Jacques aussi, où se présente l'environnementaliste Daniel Breton.
De nombreux péquistes affirment que la toute nouvelle circonscription de Sainte-Rose, à Laval, est taillée pour eux.
L'ex-journaliste de Radio-Canada, Pierre Duchesne, ne devrait avoir aucune difficulté à se faire élire dans Borduas.
À L'offensive
Pour l'heure, le caquiste François Bonnardel est donné gagnant dans Granby. La CAQ vise aussi Mégantic, ainsi que Chambly, même si le PQ paraît pouvoir conserver cette circonscription, selon diverses informations. Le parti de François Legault vise aussi Champlain, autre territoire péquiste.
Des thèmes éclatés
Si le résultat des élections est imprévisible, les thèmes et les enjeux qui la meubleront ne le sont pas. Les voici :
- Plan Nord pour les libéraux
«Nouvelle loi 101» et élimination de la taxe santé de 200 $ pour les péquistes; abolition des agences de santé et des commissions scolaires pour la Coalition avenir Québec; «Pharma-Québec» pour Québec solidaire; «élections à date fixe» pour tous, sauf les libéraux. Au cours des cinq prochaines semaines, chaque parti avancera ses pièces sur l'échiquier dans l'espoir de se distinguer de ses adversaires.
Les droits de scolarité et ses corollaires, de la crise sociale ayant secoué le Québec à la loi 78 encadrant le droit de manifester
Les libéraux défendront bec et ongles la hausse qu'ils ont fait adopter. Ils tenteront de lier le Parti québécois au désordre. «La rue et les référendums», dénoncera encore Jean Charest. Pauline Marois accusera le chef du gouvernement d'avoir délibérément nourri une crise «pour faire oublier son bilan».
- Collusion-corruption
À l'instar du caquiste François Legault et du solidaire Amir Khadir, Pauline Marois mettra l'accent, pendant une partie de la campagne, sur le bilan des libéraux. Tous martèleront que Jean Charest a déclenché les élections en plein mois d'août dans l'espoir d'échapper aux secousses de la Commission Charbonneau.
L'exploitation et la vente des ressources naturelles, avec le Plan Nord, et, plus largement, la santé de l'économie québécoise
Les libéraux se présenteront, une fois de plus, comme le parti de la stabilité et de l'économie, un titre qu'aimerait leur ravir la Coalition avenir Québec. La formation de François Legault se penchera particulièrement sur l'état des finances publiques -la «dette brute» de 183 milliards $, entre autres. Le candidat Raymond Bachand, ministre sortant des Finances, insistera sur le fait que le retour à l'équilibre budgétaire sera atteint en 2013-2014, comme prévu.
- La souveraineté du Québec
Pour Jean Charest et François Legault, Pauline Marois cherchera ni plus ni moins qu'à obtenir un «chèque en blanc» des Québécois durant cette campagne, puisqu'elle refusera de dire si elle déclencherait ou pas un référendum sur la souveraineté si son parti est porté au pouvoir. La chef péquiste dira qu'elle en déclencherait un au moment jugé approprié. En plus de dresser le procès du fédéralisme canadien, elle soulignera, avec ses candidats Bernard Drainville et Pierre Duchesne, que Jean Charest n'a rien obtenu dans ses confrontations médiatiques avec le gouvernement de Stephen Harper, que ce soit dans le dossier du contrôle des armes à feu ou dans celui des jeunes contrevenants.
Il perd, mais gagne...
En 1998, le Parti québécois (PQ) a gagné le scrutin avec moins de voix que les libéraux, un fait largement oublié dans la mémoire collective.
Le PQ avait engrangé 42,87 % des suffrages, tandis que les libéraux, conduits par leur tout nouveau chef Jean Charest, en avaient décroché un peu plus, soit 43,55 %.
Malgré tout, en raison des distorsions de notre système électoral, le PQ avait remporté 28 circonscriptions de plus que le Parti libéral du Québec. Les élections générales sont de plus en plus imprévisibles, constatent les experts. Pas seulement en raison des distorsions de notre système électoral, lesquelles n'ont jamais été gommées, mais en raison de l'humeur changeante de bien des électeurs.
Au Québec, la politique évolue selon des montagnes russes. L'électorat n'a jamais été aussi divisé, dit-on dans les partis.