Spécialisée dans le domaine culturel, Isabelle Guilbeault fait partie de l'équipe de Première Heure, émission radiophonique diffusée à Québec les matins de semaine. À l'instar de plusieurs dizaines d'artistes ? acteurs, chanteurs, réalisateurs, sculpteurs, humoristes ? du Québec, elle s'est jointe au mouvement «Unissons nos voix». Cet «éventail de paroles citoyennes» trouve sa raison d'être dans «la volonté que le gouvernement Harper ne reprenne pas le pouvoir le 14 octobre 2008».
Le site Internet Unissonsnosvoix.ca regroupe une multitude de capsules vidéo où des visages souvent connus dénoncent l'abolition de programmes fédéraux liés à la culture. Dans son intervention d'une trentaine de secondes, la journaliste de Radio-Canada note que les gens ont «accouru aux spectacles gratuits» du 400e de Québec, des événements subventionnés.
«On n'a pas chiâlé à ce moment-là, note-t-elle. C'était correct d'investir dans la culture.» Pourtant, souligne-t-elle, lorsqu'il faut débourser pour un laissez-passer aux nombreux spectacles du Festival d'été, «tout le monde chiale. Faudrait savoir ce qu'on veut».
Le guide Normes et pratiques journalistiques en vigueur à la société d'État prône «l'abstention par l'entreprise et les journalistes de tout contact ou association qui pourrait donner prise à des soupçons de partialité. Il faut éviter toute situation qui pourrait jeter un doute sur l'impartialité de l'entreprise ou du journaliste et sur leur indépendance par rapport à des groupes de pression, soient-ils idéologiques, politiques, économiques, sociaux ou culturels».
Mardi, le chef des programmes Claude-René Piette a fait part à la directrice de Radio-Canada de la région de Québec, Louise Cordeau, de l'existence de la capsule. «Il y a des normes dans l'entreprise et on demande aux gens de les respecter, a indiqué M. Piette, hier. Est-ce que ce cas-ci s'applique? Ce sera à nous d'étudier le dossier et d'en tirer les conclusions.»
Un mois en congé
La journaliste est présentement en congé pour un mois. «Son absence n'est pas liée à ce qui se passe actuellement, indique Mme Cordeau. C'était planifié avant qu'arrive l'événement qu'on connaît. On va rencontrer Mme Guilbeault, mais pour le moment, il n'est pas question de faire d'autres commentaires.»
Mme Guilbeaut n'a pas répondu hier aux appels téléphoniques et au courriel du Soleil.
L'épisode n'est pas sans rappeler la sortie qu'a faite en 2006 l'actuelle ministre Christine Saint-Pierre, alors journaliste à Radio-Canada, en faveur du maintien des troupes canadiennes en Afghanistan. Elle avait pu reprendre ses fonctions de courriériste parlementaire à Ottawa deux mois après l'incident.