Première campagne web: l'échec des politiciens, la victoire des électeurs

Twitter a été le théâtre d'une campagne électorale... (La Presse Canadienne)

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Twitter a été le théâtre d'une campagne électorale parallèle qui a soulevé ou accentué l'importance de certains enjeux. Les gazouilleurs ont fait apparaître des vedettes instantanées comme Muguette Paillé (ci-dessus); publicisé certaines gaffes comme celle du bloquiste Michel Létourneau (en bas, à gauche), qui avait qualifié le Parti conservateur d'«extrême droite»; et couronné Justin Trudeau (en bas, à droite) comme le meilleur candidat utilisateur des médias sociaux.

La Presse Canadienne

(Québec) Après un mois de campagne et environ 750 000 gazouillis recensés, ce sont les électeurs qui ressortent gagnants de cette première campagne 2.0. «Les citoyens ont un intérêt, les politiciens ont une fermeture», résume la spécialiste du marketing Internet Michelle Blanc. Il ressort aussi que pour la première fois, ce qui s'est passé sur le Web a eu une influence indéniable sur la campagne.

Pas tellement en raison du nombre - moins de 5 % de la population canadienne est sur Twitter -, mais davantage parce que les gazouilleurs sont généralement des «faiseurs de tendances» : des journalistes, des superblogueurs, des leaders d'opinion, explique Mme Blanc. «Comme c'est un réseau d'influence qui est assez puissant, il a de l'influence sur la couverture médiatique et, ultimement, sur les citoyens.»

Twitter a été le théâtre d'une campagne électorale parallèle qui a soulevé ou accentué l'importance de certains enjeux qui, autrement, auraient davantage passé sous le tapis. Le meilleur exemple est celui de la surprenante popularité de Mme Paillé au débat des chefs en français. C'est effectivement sur Twitter que le phénomène a pris naissance. Mme Blanc n'y voit rien de très flatteur pour les chefs de parti, puisqu'il s'agit là selon elle de la démonstration qu'ils ont échoué à attirer l'attention des téléspectateurs.

Michel Létourneau... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes) - image 2.0

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Michel Létourneau

Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes

Justin Trudeau... (Photothèque La Presse) - image 2.1

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Justin Trudeau

Photothèque La Presse

Les médias sociaux et Twitter en particulier sont de formidables outils pour étudier les tendances dans la population. Les entreprises s'en servent de plus en plus pour déterminer le prix des publicités à la télé et le temps qu'un film restera à l'affiche au cinéma, note Mme Blanc.

En ce sens, la soudaine montée du Nouveau Parti démocratique était prévisible sur Twitter. Peu d'analystes avaient nommé Jack Layton gagnant des débats, alors que les gazouilleurs avaient, de leur côté, abondamment souligné sa bonne performance.

Des gens plus superficiels

«Après le débat des chefs, Layton, on en parlait beaucoup, surtout en français. [...] Beaucoup ont remarqué son bouton [de veston] détaché, il avait l'air relax, vrai. Et quand Harper regardait toujours la caméra, ç'a été remarqué, dit Michelle Blanc. Les analystes regardent le discours, mais peut-être que les gens sur Twitter sont plus superficiels. Mais quand on va voter, poursuit-elle, est-ce qu'on fait une analyse rationnelle de ce qui a été dit, ou c'est une analyse plus émotionnelle qui va l'emporter?»

Les différents enjeux abordés ce dernier mois n'ont pas eu la même importance sur le Web et dans les sondages. Les enquêtes d'opinion ont identifié la santé comme étant le thème le plus important de la campagne, alors que dans les médias sociaux, c'était plutôt le mépris des institutions démocratiques par le gouvernement sortant, qui a été renversé, officiellement, parce qu'il était accusé d'outrage au Parlement. Près de 12 000 tweets ont porté sur ce thème depuis le début de la campagne, selon Politwitter.

Les médias sociaux ont aussi offert au Parti vert une visibilité qu'ils n'auraient pu espérer dans les médias traditionnels.

Sur Twitter, les gazouilleurs ont également relevé - ou publicisé - certaines gaffes. On se souviendra du bloquiste Michel Létourneau, qui avait qualifié le Parti conservateur d'«extrême droite» sur Twitter, de la conservatrice Shelly Glover, qui trouvait qu'une adversaire libérale était «passée date», de la recherche de blogueurs de droite dans les petites annonces et de l'épisode des profils Facebook épiés par les conservateurs qui avait mené à l'expulsion d'une étudiante d'un rassemblement de Harper.

Profitable pour le NPD

Les libéraux remportent le prix des partisans les plus nombreux et les plus actifs dans les médias sociaux au cours de cette campagne, mais c'est assurément pour les néo-démocrates que l'implication dans le 2.0 a été la plus profitable, puisqu'il s'agit du parti qui a remporté le plus de sentiment positif, selon Politwitter.

Toujours selon ce site, les meilleurs candidats utilisateurs des médias sociaux (social media score) sont le libéral Justin Trudeau, les néo-démocrates Jack Layton, Olivia Chow (sa conjointe) et Libby Davies, et le chef libéral Michael Ignatieff. Il est à noter que le chef du Bloc, Gilles Duceppe, s'en sort très bien quant au nombre de tweets positifs à son égard.

Pour Michelle Blanc, impossible de déclarer vainqueur un candidat ou un parti en particulier dans cette première campagne Web. «C'est Justin Trudeau qui a le mieux compris les médias sociaux au Canada... Qu'est-ce ça dit des autres! Me semble que ça devrait allumer des lumières» entre autres chez les chefs, s'exclame-t-elle.

Elle ne saurait trop insister sur l'importance pour les candidats de commencer dès maintenant à se préparer pour la prochaine campagne électorale...

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