Avant l'introduction du e-vote dans ce pays balte de 1,3 million d'habitants, le taux de participation se situait autour de 57 ou 58 %. Il a fait un bond de 3 % lors des premières élections parlementaires où il était possible de voter sur Internet, en 2007. Aux élections du mois dernier, il était encore en hausse, pour atteindre 64 %.
Les électeurs peuvent voter sur Internet aux élections locales, parlementaires et européennes depuis maintenant six ans. Ils le font à l'aide de leur carte d'identité nationale, qu'ils utilisent déjà pour tous les services gouvernementaux en ligne. Cette nouvelle façon d'exercer son devoir démocratique - que les Estoniens ne connaissent que depuis 1991, après leur indépendance de l'Union soviétique - a connu des débuts assez timides, alors que les votes en ligne ne représentaient que 4 % du total, pour exploser, récemment, alors que près du quart des Estoniens votent maintenant à partir de leur salon au lieu de se déplacer dans les bureaux de scrutin.
Mais le vote en ligne n'est pas le remède de cheval que cherchent tant de pays pour soigner un taux de participation anémique, résume Thad Hall, un professeur de science politique à l'Université de l'Utah qui a étudié l'effet du vote par Internet en Estonie. «Si tu t'en fous, tu t'en fous; si c'est important, c'est important! Les jeunes ne votent pas de toute façon, alors ils n'iront pas tous voter du jour au lendemain juste parce qu'ils peuvent le faire en ligne.»
Pas un remède de cheval, donc, mais peut-être un léger pansement sur la plaie. «On a des données qui indiquent qu'il y a un petit pourcentage de gens qui ne seraient pas allés voter si l'option du vote par Internet n'avait pas été là», souligne M. Hall. Ces gens, dit-il, ce sont, oui, les jeunes, mais à proportions égales les mieux nantis et les mieux éduqués.
Il explique que les partis politiques doivent aussi s'adapter à cette réalité. Le plus grand défi pour eux réside dans le fait que les urnes virtuelles sont ouvertes plusieurs jours avant le scrutin traditionnel. Comme ce sont les jeunes qui votent le plus massivement sur Internet, les partis ont également développé de nouvelles stratégies pour les interpeller davantage lors des campagnes électorales. Les Estoniens ont constaté de légères variations dans les résultats d'élections depuis l'arrivée du e-vote. «On a vu des changements dans les distributions des votes, mais pas de changements dans les résultats globaux», nuance le professeur.
Du chemin à faire
Le professeur associé au département de science politique de l'Université Laval Réjean Pelletier estime qu'«on a encore du chemin à faire» avant de voir les taux de participation aux élections augmenter. «Il faut que les jeunes soient convaincus que d'aller voter, ça vaut la peine, et que leur vote a de l'importance, qu'il peut changer quelque chose.» (Voir l'encadré.)
Michael Ignatieff a promis qu'un gouvernement formé par son parti ferait entrer le système électoral et le gouvernement canadien dans l'ère numérique. Il souhaite que le vote en ligne voit le jour dès les prochaines élections, en commençant par les membres des forces armées affectés à l'étranger et les étudiants vivant à l'extérieur de leurs circonscriptions.