Après avoir volé la vedette aux politiciens sur Twitter, mercredi soir, elle continue de faire parler d'elle, et ce, d'un océan à l'autre et dans les deux langues. En résumé, les médias la déclarent gagnante du débat et la comparent à «Joe the Plumber».
Le plombier américain a connu une énorme popularité quand le sénateur John McCain a utilisé son exemple pour parler de la classe moyenne pendant un débat contre Barack Obama en 2008. L'expression continue encore aujourd'hui de faire image.
Si sa popularité soudaine fait sourire Mme Paillé, c'est davantage l'intérêt qu'a suscité sa question, sur le taux de chômage, qui la rend heureuse.
«Mais en même temps, je suis à la recherche d'un emploi, alors si ça m'ouvre des portes... je suis très ouverte à ça!» Mme Paillé a une formation universitaire en animation et en recherche culturelle et a travaillé comme éducatrice spécialisée et dans le domaine de la santé mentale.
Elle s'est retirée du marché du travail pour s'occuper de ses deux grandes filles, sa plus grande fierté, dit la femme de 53 ans de Sainte-Angèle-de-Prémont, en Mauricie, qui affirme aujourd'hui avoir de la difficulté à se trouver un emploi.
Elle a bien reçu quelques appels d'employeurs, jeudi, mais «je n'ai pas eu le temps de tout peser ça», dit-elle, parce que le téléphone n'a pas arrêté de sonner. Elle entend bien accepter la proposition du Journal de Montréal, qui lui offre de tenir une chronique pour le reste de la campagne.
Appel d'Ignatieff
Le chef libéral Michael Ignatieff a appelé Mme Paillé, jeudi midi.
«J'ai apprécié son attention, sa sympathie pour ma situation. Est-ce que ça change mon vote, je ne pense pas, sauf que j'apprécie l'ébullition d'idées que ça provoque», souligne-t-elle.
M. Ignatieff l'a aussi remerciée sur Twitter : «Et un remerciement spécial à Mme Paillé, l'étoile mondiale de Twitter ce soir [mercredi].»
Le terme étoile mondiale n'est pas exagéré. En effet, les mots Mme Paillé sont montés jusqu'au cinquième rang des termes les plus tendance sur Twitter dans le monde entier. La principale intéressée a du mal à y croire.
«Arrêtez, là, vous exagérez! Ça se peut quasiment pas!» Mme Paillé a aussi son fan club sur Facebook (3000 fans), des chansons ont été composées en son honneur sur YouTube et sa recette de «poutine» aux fraises sur le site de Metro est assurément l'une des recettes les plus consultées du moment...
Elle-même s'explique mal sa popularité. «Je dois avoir une bouille sympathique, certainement. Mais en même temps, je vous dis que c'est la réalité de beaucoup de Québécois, beaucoup de Canadiennes. [...] Ç'a résonné chez les gens, c'est allé les chercher.»
Mais au fond, qu'importe. «Si ça débouche sur quelque chose, si ça fait prendre conscience d'une réalité qui est pénible pour les chômeurs de la Maurice, certain que je suis contente.»
Autopsie d'un succès instantané
Tout a débuté par une question toute simple de Muguette Paillé adressée aux quatre chefs lors du débat de mercredi soir : «J'aimerais savoir ce que vous comptez faire pour la création d'emploi au Québec, particulièrement en Mauricie, et pour aider les personnes de plus de 50 ans à se trouver un boulot permanent.»
Mais ce n'est pas tellement ce que les chefs ont répondu qui a créé le phénomène, mais davantage la façon dont ils se sont approprié la cause. En effet, les quatre chefs ont mentionné son nom neuf fois en une dizaine de minutes. Et c'est cette récupération par les chefs qui a été relevée sur Twitter et qui été un sujet de discussion majeur pendant tout le débat.
Jack Layton et Gilles Duceppe se sont adressés à elle, mais c'est Michael Ignatieff qui a offert le plus vibrant plaidoyer pour la cause de Mme Paillé, en tentant à plusieurs reprises de recentrer le débat sur sa question.
«Je crois qu'on a oublié Mme Paillé! Je crois qu'on a oublié la Mauricie. Ce que Mme Paillé doit savoir...»
Les gazouilleurs ont remarqué que M. Ignatieff travaillait très fort pour avoir le vote de Mme Paillé...