La trop sage nuit de Chicago

Personne ne risque de confondre la folle nuit... (AP)

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Personne ne risque de confondre la folle nuit de 2008 avec la soirée de la seconde victoire de Barack Obama, mardi. La soirée électorale avait été organisée dans une immense salle, dont l'accès avait été réservé à quelques milliers de militants démocrates. Des gens sages et disciplinés, qui rugissaient de bonheur dès qu'ils voyaient un démocrate, et qui grognaient dès qu'ils apercevaient un républicain.

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Notre envoyé spécial aux États-Unis Jean-Simon Gagné suit de près l'issue et les conséquences des élections américaines. S'ajoutent à ses reportages nos analyses et informations. »

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Jean-Simon Gagné, envoyé spécial
Le Soleil

(Chicago) En 2008, au soir de la première victoire de Barack Obama, la ville de Chicago avait un peu perdu la tête. Une foule de 240 000 personnes s'était massée dans un parc du centre-ville, sur le bord du lac Michigan, pour entendre le nouveau président. Les gens dansaient, chantaient et s'embrassaient dans les rues.

Des Blancs. Des Noirs. Des vieux. Des jeunes. Même des républicains étaient de la fête. Non, non, attendez, c'était encore plus incroyable que cela. Même les policiers de Chicago étaient de la fête!

Les policiers de Chicago! Les mêmes dont on disait naguère que s'ils te découvrent avec un couteau planté dans le dos, dans une ruelle, ils vont t'accuser de port d'arme illégal!

*****

Quatre ans ont passé depuis cette nuit pas comme les autres. Ou peut-être 100 ans. Allez savoir.

Mais personne ne risque de confondre la folle nuit de 2008 avec la soirée de la seconde victoire de Barack Obama, mardi.

Laissez-moi deviner. Peut-être parce que la soirée électorale avait été organisée dans une immense salle, à peu près aussi chaleureuse qu'un stationnement souterrain réfrigéré?

Ou parce que l'accès en avait été réservé à quelques milliers de militants démocrates, pour service rendu? Des gens sages et disciplinés, qui rugissaient de bonheur dès qu'ils voyaient un démocrate? Et qui grognaient dès qu'ils apercevaient un républicain?

Vrai que tout était réglé au quart de tour. Les médias étaient même enfermés dans une sorte d'enclos, comme un troupeau de bisons dont on craint les sautes d'humeur.

La seule certitude, c'est que le peuple de Chicago n'a pas été invité.

*****

À Chicago, les mauvaises langues disent que l'équipe Obama ne pouvait pas refaire le coup du parc au centre-ville. De crainte d'attirer une foule moins nombreuse.

L'Obamanie n'est plus ce qu'elle était. À Chicago, vous verrez plus d'affiches des Bears, qui connaissent une saison du tonnerre, que de la campagne du président.

J'ai l'air de me moquer, mais c'est tout le contraire.

À la fin de la soirée, le président Obama a parlé. Avec éloquence. Comme l'époque où il disait : «Une voix peut changer le monde».

Sauf que désormais, l'effet produit par les mots ne dure pas. Aussi éphémère que les bulles du champagne...

Après avoir entendu Obama, la foule s'est dispersée bien sagement. Comme après un bon spectacle.

Pas d'explosion de joie. Pas de fraternité. Chacun dans sa bagnole. Chacun dans son taxi. Chacun dans son monde. Comme si le fameux slogan Yes, we can («Oui, on peut») était devenu un placide Yes, we did («Oui, on l'a fait»).

«On va se coucher plus tôt que la dernière fois», m'a soufflé une policière tellement emmitouflée dans de multiples manteaux qu'on aurait dit un ourson en peluche avec un revolver à la ceinture.

C'est bizarre, mais j'ai l'impression qu'elle était déçue...

*****

Sur le chemin du retour, un militant démocrate a essayé de m'expliquer. Il m'a parlé de la dette, des infrastructures en ruine, du piètre état des écoles, du blocage politique, de l'économie chancelante et j'en passe, sinon vous allez croire que j'exagère.

À côté de lui, même le Bonhomme sept-heures passerait pour un incorrigible rigolo, intoxiqué au gaz hilarant et couvert de poudre à gratter...

Il n'empêche. Un peu avant l'aube, le centre-ville de Chicago était gris et vide.

Soudain, j'ai entendu un gars chanter. Ô miracle, malgré ma culture musicale limitée, j'ai même reconnu un hymne de Simon and Garfunkel.

Les notes rebondissaient sur les gratte-ciel... comme des balles de ping-pong. Comme des éclats de rire. Est-ce qu'on venait de libérer quelques bouffées de l'air de 2008, précieusement embouteillées depuis quatre ans?

J'ai demandé au gars s'il chantait parce que Barack Obama avait été réélu.

J'aurais pas dû.

«Je chante parce que je suis saoûl, qu'il m'a répondu. La politique, je m'en fiche.»

Le temps ronge la magie comme l'acide.

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