L'ail du Québec plus cher, mais plus savoureux

L'ail chinois a envahi les supermarchés à des... (Photothèque Le Soleil)

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L'ail chinois a envahi les supermarchés à des prix défiant la compétition. L'ail québécois le surpasse toutefois en goût.

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Que met-on exactement dans notre assiette? Le Soleil se penche sur les aliments qui se retrouvent dans notre panier d'épicerie. De quoi se composent-ils? Comment les choisir? Valent-ils leur coût plus élevé? Sont-ils aussi bons qu'on le dit pour la santé? Un rendez-vous aux deux semaines. »

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(Québec) L'ail du Québec est une denrée rare. Moins de 10 % de ce que l'on consomme est cultivé dans la province, le reste venant principalement de Chine, et un peu de la Californie, du Mexique et de l'Argentine.

Dans une épicerie asiatique, j'ai vu récemment un paquet contenant 10 bulbes d'ail chinois pour 2,99 $. Faites le calcul, c'est huit fois moins cher que celui à 2,50 $ vendu dans un kiosque à la ferme. Alors, pourquoi un tel écart?

La réponse est simple, vous diront ceux qui sont vendus à cette culture : la qualité.

L'ail local goûte davantage que son pendant importé, il en faut donc moins pour agrémenter les recettes. Aussi, il se conserve mieux, jusqu'à un an sur le comptoir de la cuisine, à portée de main. Les bulbes importés voyagent et sont ensuite entreposés dans des frigos, ce qui a pour effet de les faire germer lorsqu'on les sort. Il n'est pas rare qu'ils nous arrivent desséchés, dit Isabelle Couture, agronome au ministère de l'Agriculture.

Selon elle, c'est justement par sa qualité supérieure que l'ail québécois peut prétendre atteindre la table des consommateurs. Mais à n'importe quel prix? Apparemment oui!

Christiane Massé est propriétaire de la ferme Petit Mas, en Estrie, une pionnière en production d'Allium sativum. Depuis 1989, sa ferme de Saint-Malo, près de Coaticook, a mis beaucoup d'efforts pour développer ce marché de même que celui de la fleur d'ail.

Grâce à un regroupement avec d'autres producteurs, Mme Massé a réussi à entrer chez IGA-Sobeys. Or, constate-t-elle, même si elle-même n'augmente pas ses prix, il ne semble pas y avoir de limite à ce qui est demandé en magasin. Et la marchandise sort...

«À cause de la qualité», analyse-t-elle.

L'ail de Chine

C'est vers la fin des années 80 que l'ail de Chine a envahi la planète à des prix défiant toute compétition. Ici comme ailleurs, les prix chinois étant impossibles à accoter, bien des agriculteurs ont cessé d'en cultiver, avec pour résultat que la Chine produit aujourd'hui 82 % de l'ail mondial et contribue aux exportations dans la même proportion.

Selon Isabelle Couture, les producteurs québécois étaient déjà alors peu nombreux et peu présents dans les grandes surfaces, où l'on trouvait surtout de l'ail californien ou argentin. L'Ontario produisait davantage, mais avant tout pour ses propres besoins. Plus que les producteurs québécois, les Ontariens ont souffert du dumping chinois.

Émissions spécialisées aidant, les consommateurs québécois ont tout à coup réalisé qu'ils mangeaient de l'ail de Chine et s'en sont offusqués. De fait, il n'y a guère d'autre fruit ou légume capable de pousser dans nos campagnes qui soit importé aussi massivement!

La demande étant maintenant là, les cultivateurs rappliquent. Un regroupement de petits producteurs, Ail Québec (info@ailquebec.org), est en train de se mettre sur pied et son assemblée de fondation aura lieu le 16 novembre.

«Une fois que les gens ont goûté à l'ail du Québec, ils ne veulent plus en acheter d'autre. Le marché est à prendre», dit le président du conseil d'administration provisoire Claude Thibault, des Jardins du paysan à Yamaska.

Mais justement, c'est là une partie du problème, le marché. Au Québec, oubliez les champs d'ail à perte de vue. En 2010, on comptait 129 acres en culture pour 213 producteurs, qui dans bien des cas sont plutôt des jardiniers.

Selon Christiane Massé, du Petit Mas, les petits doivent obligatoirement se regrouper s'ils veulent entrer dans les grandes bannières. C'est une question de volume. «On ne peut pas demander à une bannière de traiter avec 20 ou 25 producteurs», dit-elle.

Cette année, les trois grands détaillants vendent de l'ail du Québec pour des périodes variant de quelques semaines à quelques mois. Metro a acheté une partie de la production de Vegco, de Saint-Rémi en Montérégie, et sera ensuite alimenté par un regroupement. L'ail local devrait être en magasin jusqu'en janvier ou février. Ensuite, il n'y aura plus que les importations, dit la porte-parole Geneviève Grégoire.

Sobeys-IGA vend l'ail du Petit Mas, principalement, mais aussi de Vegco et des Aliments CDS.

Quant à Provigo-Loblaws-Maxi, il a offert de l'ail québécois durant quatre à cinq semaines cet été. «Notre objectif est d'accroître le nombre de producteurs d'ail québécois qui approvisionneront nos magasins lors de la saison de croissance 2014», a écrit la porte-parole Geneviève Poirier. Autrement, la chaîne s'approvisionne ailleurs au Canada en priorité, et sur les marchés extérieurs lorsque ce n'est pas possible.

Le timing est bon, comme on dit, pour les producteurs. Mais cultiver de l'ail est difficile. La plante est vulnérable aux maladies et il n'est pas facile d'avoir des semences saines, dit l'agronome Isabelle Couture. C'est aussi une culture qui demande beaucoup de main-d'oeuvre, puisque la majeure partie du travail est réalisée manuellement.

Alors, en attendant que le marché se «québécise», je vous file une idée : si vous avez un terrain, plantez-en dans votre plate-bande. C'est tout simple, et il suffit de peu d'espace pour satisfaire les besoins d'une famille. Mais attention, n'allez pas planter de l'ail chinois!Deux dollars et cinquante pour un seul bulbe d'ail? On dira ce qu'on voudra, ça coûte cher pour manger local!

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