La bouffe au temps de la culpabilité

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Le temps des Fêtes est souvent celui des abus... et de la culpabilité.

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Que met-on exactement dans notre assiette? Le Soleil se penche sur les aliments qui se retrouvent dans notre panier d'épicerie. De quoi se composent-ils? Comment les choisir? Valent-ils leur coût plus élevé? Sont-ils aussi bons qu'on le dit pour la santé? Un rendez-vous aux deux semaines. »

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(Québec) Une fois n'est pas coutume, je m'éloigne un peu de l'épicerie pour parler d'alimentation de façon plus large, de notre rapport à la bouffe, de cette culpabilité qui nous envahit en ce lendemain de veille, des mille et une bonnes résolutions alimentaires que l'on compte prendre à partir du 1er janvier, et des échecs probables qui nous attendent. Et s'il y avait un vice dans le raisonnement?

Comme bien des gens - des femmes en majorité, il faut bien le dire -, j'aimerais bien avoir quelques poignées d'amour en moins. Pourtant, j'ai l'impression de «bien faire». En plus de pratiquer une activité physique régulière, je mange santé, en grande partie parce que j'aime ça, et aussi parce que ça correspond à mes valeurs. Cela ne m'empêche pas de manger une bonne cochonnerie à l'occasion, et de l'apprécier, mais sans trop d'abus. Bref, j'ai le sentiment d'être «équilibrée».

D'un autre côté, j'endosse les discours qui valorisent la reconnaissance de la diversité des corps, la santé avant l'apparence, l'importance de manger et de bouger par plaisir. Rationnelle, je refuse de croire aux cures miracles et je suis persuadée qu'elles mènent à l'échec et au découragement. Et comme bien d'autres, je m'insurge devant les corps trop parfaits-pour-être-vrais des magazines... mais j'aimerais bien y ressembler.

C'est dire, et j'en suis consciente, à quel point notre rapport à la nourriture est tordu. Y a-t-il un psy dans la salle?

Au moment d'écrire cette chronique, quelques jours avant Noël, je culpabilise à l'avance pour les abus à venir, et je sais que je ne suis pas la seule. Or, c'est justement le sujet qu'aborde Fannie Dagenais, directrice d'Équilibre (www.equilibre.ca), une organisation à but non lucratif qui encourage le développement d'une image corporelle positive par de saines habitudes de vie, dans son blogue de la mi-décembre.

Détentrice d'une maîtrise en marketing et comportements du consommateur à l'égard de l'alimentation, Mme Dagenais définit la culpabilité comme «cet invité qui ne veut plus partir, qui dérange tout le monde et qui n'a pas sa place dans la célébration».

Tout en rappelant que l'épidémie d'obésité qui s'insinue dans notre société ne tient absolument pas à nos abus du temps des Fêtes mais à «une dégradation générale de nos habitudes de vie tout au long de l'année», elle pose la question suivante : «Se pourrait-il que la culpabilité contribue justement au problème qu'on souhaite éviter?»

Des effets pervers

«Des études scientifiques démontrent que le fait de s'interdire certains aliments nous amène à manger ces aliments avec culpabilité et compulsion. [...] lorsque nous nous sentons coupables de manger un aliment, nous mangeons généralement très vite, sans goûter, ce qui nous amène à en manger de plus grandes quantités», écrit celle qui est également nutritionniste.

Pour bien profiter des festivités, elle suggère donc de cesser de penser aux calories et au régime de janvier et de «prendre le temps de déguster et de savourer les aliments. [...] Tentons de porter attention aux saveurs, aux odeurs et aux textures qui seront au menu. Identifions nos coups de coeur, ceux qui mériteront une deuxième assiettée. Peut-être serons-nous surpris de manger moins, mais surtout, nous retirerons le maximum de plaisir de ce moment de célébration!»

En tout cas, voilà qui a le mérite de nous déculpabiliser!

«On observe présentement dans notre société de hauts taux d'insatisfaction face à l'image corporelle», mentionne Mme Dagenais lors d'un entretien téléphonique. La pression sociale est forte, dit-elle en pointant les modèles de beauté irréalistes - et retouchés - des magazines. Au Québec, 73 % des femmes veulent perdre du poids. Pire encore, c'est le cas de 50 % de celles qui ont un poids santé, et de 22 % de celles dont le poids est insuffisant, ce qui montre bien que le poids réel n'a rien à y voir.

Par ailleurs, de plus en plus d'études démontrent que la minceur n'est pas nécessairement un gage de bonne santé, pas plus que le surpoids est nécessairement un signe de mauvaise santé. Il y a des maigres qui se nourrissent mal et ne bougent pas, et des gros qui sont très actifs et ont une bonne alimentation.

Lorsqu'on demande aux gens pourquoi ils sont insatisfaits de leur corps, ils ciblent pratiquement toujours son apparence. «C'est comme si on oubliait que la fonction du corps n'est pas de se refléter dans un miroir mais de nous permettre de réaliser nos activités. C'est ce corps qui nous permet de marcher, de danser, de jouer au golf. On devrait le valoriser pour ce qu'il permet d'accomplir», souligne la directrice.

J'aurais envie d'ajouter que c'est ce ventre mal-aimé qui a permis à bien des femmes d'avoir des enfants. Il mériterait peut-être plus de considération!

Chez Équilibre, un exercice proposé en atelier consiste à demander aux participants de penser à la personne qu'ils admirent le plus et d'en décliner les raisons. Et la plupart du temps, l'apparence n'a rien à y voir. Pourquoi alors serait-ce différent lorsque les autres pensent à nous?

Maintenant que la fin du monde est derrière nous, on a le temps de méditer sur ces sages paroles...

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