Vous savez, vous, d'où viennent ces fameux germes? Ne les cherchez pas dans les champs, ça ne pousse pas sous cette forme! Naïvement, je m'étais tout de même imaginé qu'ils étaient produits dans un décor bucolique, comme le sont les germes de la BIOFerme des Caps, dont je vous parle plus loin.
Coups de téléphone dans les associations de maraîchers, personne ne sait. La magie d'Internet étant ce qu'elle est, j'ai finalement retrouvé les producteurs là où je ne les attendais pas : sur l'île de Montréal, en plein coeur de la ville.
Autre surprise: ils sont seulement quatre à fournir toute la province. «On est déjà trop!» me répond à ce propos Nancy Macri, une ancienne animatrice de pastorale (!) qui, avec sa soeur Lysa, est copropriétaire d'Hydro Culture, la plus grosse de ces entreprises.
C'est que la possibilité de production de ce petit légume est tout simplement phénoménale. À elle seule, Hydro Culture en sort près de 30 000 kilos par semaine, rien que ça!
La compagnie fournit en exclusivité tous les supermarchés IGA de la province et partiellement les autres détaillants. Une opération réglée au quart de tour, puisque la pousse est périmée après sept jours.
Pour ceux qui l'ignorent ou qui croiraient qu'elles sont issues du soya, sachez que les fèves à chop suey proviennent du haricot mungo, une petite légumineuse de couleur verte cultivée en Asie. Hydro Culture s'approvisionne en Chine, de graines réputées pour leur fort taux de germination, qui s'élève à 95 %.
L'effet de masse
Si vous faites germer vous-mêmes des haricots mungo à la maison et que vous trouvez qu'ils n'ont pas la même forme que ceux vendus dans le commerce (ils frisent au lieu d'être rectilignes), c'est en raison de l'effet de masse. En grande quantité dans un même bain de germination, les pousses n'ont d'autre choix que de se développer bien droites, ce que l'on peut d'ailleurs visionner sur le site Internet de la compagnie (www.hydroculture.ca).
Petite anecdote: en plus d'être la seule de son domaine au Québec à être gérée par des femmes, Hydro Culture, qui a été fondée par un Québécois en 1982, est encore aujourd'hui l'une des rares entreprises à chop suey dans le monde occidental qui ne soient pas gérées par des Orientaux!
Une gamme infinie
L'univers des graines germées est quasi infini. En fait, «toutes les graines peuvent être germées, mais certaines sont plus difficiles que d'autres», explique Dominique Bouchard, propriétaire de la BIOFerme des Caps, à Saint-Tite-des-Caps, une exploitation qui se spécialise dans la germination et les produits dérivés (www.biofermedescaps.com).
Elle-même produit des germes de lentilles, trèfle, radis, moutarde, pois chiches, canola, pois verts, tournesol, sarrasin... Ses semences sont biologiques, mais, conformément aux règles de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, elle ne peut les produire elle-même et doit acheter des graines ayant été inspectées. Les siennes proviennent principalement du Québec et de l'Alberta.
Selon cette ancienne gestionnaire en importation de matériel dentaire (décidément!), il n'y a que la popularité de la germination qui soit nouvelle, car le procédé, lui, est fort ancien. Les Asiatiques l'ont découvert il y a 5000 ans, et des écrits bibliques y font référence. Il a aussi permis à certains groupes de survivre à des famines.
En fait, dit la productrice, c'est un «super procédé de conservation» qui permet d'avoir des légumes frais à portée de main en tout temps. Les navigateurs y ont souvent eu recours, et nos ancêtres le connaissaient également. La mère de sa tante de 84 ans faisait germer ses graines, c'est tout dire.
C'est ce qui me plaît particulièrement, je crois, dans cette histoire. Facile à réaliser, à la portée de tous (si, si, j'en fais moi-même!), économique, la germination est une façon de toucher à l'essence de la vie dans ce qu'elle a de plus simple et en même temps de si généreux. Un peu comme jardiner, mais avec tellement moins d'efforts!
Et sinon, à défaut de vous y aventurer vous-même, il reste toujours la possibilité d'en acheter à l'épicerie.
Petite mention en terminant: Santé Canada fait une mise en garde par rapport à la consommation de graines germées, car elles peuvent être porteuses de bactéries comme la Salmonella ou le E. coli. L'organisme recommande aux jeunes enfants, aux personnes âgées ou immunodéprimées et aux femmes enceintes de ne pas consommer de germes crus ou mal cuits.
D'un autre côté, elles sont une source importante de vitamines et minéraux. Il serait donc dommage de s'en priver, d'autant plus que bon nombre d'entre elles sont tout simplement savoureuses. Ma préférée? Le tournesol!