Le houblon, de la Nouvelle-France à aujourd'hui

Le houblon* atteint une hauteur assez impressionnante ainsi... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Le houblon* atteint une hauteur assez impressionnante ainsi qu'on peut le voir sur cette photo prise la semaine dernière avec Guillaume Dion.* Nom latin Humulus lupulus

Le Soleil, Steve Deschênes

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Cultures rares et méconnues
Cultures rares et méconnues

Certaines arrivent tout juste sur nos marchés. D'autres, qui avaient été presque abandonnées, font un retour en force. Le Soleil vous présente cet été des cultures rares, nouvelles ou tout simplement méconnues. »

(Québec) Introduite en Nouvelle-France par l'intendant Jean Talon dans les années 1670, la culture du houblon a pratiquement disparu du Québec dans les années 1950. C'était sans compter sur le nouveau goût des Québécois pour les bières de microbrasseries!

La réintroduction commerciale de la plante est toute récente, et c'est d'un champ de Saint-Augustin-de-Desmaures que sortira cet été la première vraie récolte de cette nouvelle génération. Guillaume Dion et Gabriel Lalancette recueilleront alors les premiers fruits d'un labeur de trois ans, soit le temps nécessaire pour qu'un plant commence à produire les cônes qui donneront à la bière son amertume bien caractéristique. Une fois lancée, la production durera environ 15 ans avant que les plants ne doivent être remplacés.

Difficile de rater la houblonnière d'un hectare dans le 4e Rang de Saint-Augustin. «Ça ressemble à un champ de poteaux de téléphone», avait mentionné Guillaume au moment de fixer notre rendez-vous, au tout début juin. Il ne pouvait mieux dire. Comme les plants de houblon atteignent plus de six mètres de hauteur et qu'ils doivent pouvoir grimper, il leur faut un bon support. Ce sont d'anciens poteaux d'Hydro-Québec qui servent à maintenir les câbles d'acier auxquels sont suspendues des cordes sur lesquelles s'enroulent les plants.

Et comme un plant pousse d'une bonne dizaine de centimètres par jour, la «plantation de poteaux» se transforme vite en véritables murailles de verdure dont l'effet est spectaculaire.

Avant qu'ils n'installent une grande affiche expliquant les activités de leur entreprise (Les houblons GDL), les deux «houblonneurs» ont d'ailleurs dû répondre maintes fois aux nombreuses questions des cyclistes et des automobilistes curieux de savoir ce qui se tramait là.

L'aventure houblonnière

Pour les deux agriculteurs de 25 ans, l'aventure houblonnière a commencé de façon plutôt imprévue. Après des études professionnelles en production bovine et un programme collégial en gestion d'entreprise agricole, Guillaume se dirigeait tout naturellement vers le boeuf. «Mais quand j'ai fait mon plan d'affaires, j'ai réalisé que je serais pauvre toute ma vie!»

C'est à force de fouiller qu'il est tombé sur cette production en émergence, dans laquelle il a entraîné celui qui est son grand ami depuis la maternelle.

En ce beau jour de début juin, assis à l'ombre des arbres qui bordent le champ, les mains et les vêtements salis de terre, le jeune homme donne l'impression de pratiquer le plus beau métier de la terre et n'a apparemment aucun regret quant à son choix!

Mais comment vit-on, quand il faut attendre trois ans avant d'espérer se verser un premier salaire? «D'amour et d'eau fraîche», rétorque Gabriel en riant. Plus sérieusement, ce nouveau papa d'un petit garçon de quelques semaines passe ses hivers sur les chantiers de construction, pendant que Guillaume travaille dans une microbrasserie, un boulot tout à fait de circonstance!

Débrouillards et patenteux, ils réalisent une partie de leurs outils eux-mêmes. «On s'organise avec les moyens du bord. On vit pas riche, mais on vit pour notre rêve.»

Récemment, ils ont acquis une terre de six hectares à Neuville, où de nouveaux plants ont été mis en terre, et où sera construit un bâtiment destiné à la transformation des cônes de houblon en granules.

Les microbrasseries

Gabriel et Guillaume ne sont pas les seuls à avoir flairé la bonne affaire. «Il y a beaucoup d'effervescence cette année», souligne Bernard Larouche, du Centre de recherche et de développement technologique agricole de l'Outaouais (CREDETAO), où sont testés une dizaine d'hybrides d'un peu partout dans le monde pour répondre justement aux besoins des microbrasseries.

Ce n'est pas pour rien que cette culture revient en popularité, dit M. Larouche. Il y a trois ou quatre ans, les marchés mondiaux du houblon ont connu une grave crise d'approvisionnement, qui a temporairement propulsé les prix de 3 $ à 40 $ la livre à la Bourse de Chicago. Dans un tel contexte, les petits acheteurs comme les microbrasseries sont souvent servis en dernier, d'où l'idée de relancer la production québécoise. Depuis, les prix sont retombés autour de 3 ou 4 $ la livre sur les marchés internationaux.

L'Association des microbrasseries du Québec souhaite voir ses parts de marché passer de 5 à 12 % d'ici 2017. La quantité de bière ainsi produite passerait de 300 000 à 800 000 hectolitres.

Dans ce contexte, «la filière est intéressante et innovatrice, il y a une opportunité au Québec», avance M. Larouche.

C'est à ces perspectives que s'accrochent Gabriel et Guillaume qui, à défaut de devenir riches, espèrent vivre décemment de leur travail. Les récoltes débuteront à la mi-août et s'étendront jusqu'à la mi-septembre. Ce sera en quelque sorte l'heure de vérité...

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