L'argousier à la conquête de l'Amérique

André Nicole présente fièrement une poignée de fruits...

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André Nicole présente fièrement une poignée de fruits d'argousier (nom latin Hippophae rhamnoïdes L.) de sa récolte de l'année dernière, gardée congelée.

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Cultures rares et méconnues
Cultures rares et méconnues

Certaines arrivent tout juste sur nos marchés. D'autres, qui avaient été presque abandonnées, font un retour en force. Le Soleil vous présente cet été des cultures rares, nouvelles ou tout simplement méconnues. »

(Québec) Les fruits de l'argousier ont beau être consommés depuis des milliers d'années en Asie et en Europe, ce n'est que tout récemment qu'ils ont fait leur apparition en Amérique. Mais leur haute valeur nutritive pourrait bien propulser leur popularité à vitesse grand V!

Derrière la maison d'André Nicole, sur les hauteurs de Sainte-Anne-de-Beaupré, le verger se colore en orange de juillet à octobre, au gré des cultivars. Les petits fruits qui recouvrent les branches ont la grosseur d'un gros bleuet ou d'une canneberge.

Au premier essai, il faut bien le dire, leur goût «surette» arrache une grimace. « Le deuxième est meilleur», assure l'agriculteur de 72 ans en riant. Par contre, la pulpe préparée par sa conjointe Lise Bilodeau et ajoutée au jus d'ananas est un véritable nectar. De toute évidence, ce fruit très riche en vitamine C (30 fois plus que l'orange) et autres nutriments a un bel avenir du côté de la transformation.

«Il ne va jamais accoter la fraise ou le bleuet, mais il va prendre sa place», croit Martin Trépanier, agronome chercheur à l'Université Laval et participant à un projet de recherche sur cette culture depuis 10 ans.

Il faut dire que les premiers sujets plantés par M. Nicole venaient de l'Ouest canadien, où l'argousier était cultivé en haies brise-vent, avant que là aussi, les cultivateurs comprennent son potentiel fruitier. Depuis, de nouveaux cultivars beaucoup plus sucrés ont été dénichés. C'est d'ailleurs ce qui a motivé André Nicole, qui préside l'Association des producteurs d'argousier du Québec, à faire venir 50 000 plants de Russie l'automne dernier. Disposés en petits pots derrière sa maison, ceux-ci attendaient d'être mis en terre lors de notre passage, chez lui ou chez l'un ou l'autre de la vingtaine de producteurs que compte la province.

Comme toute nouvelle production, celle de l'argousier suscite un intérêt de la part des agriculteurs en quête d'originalité ou de nouveaux débouchés. Depuis une dizaine d'années, dit l'agronome Martin Trépanier, plusieurs se sont essayés, mais ont finalement abandonné, faute d'avoir développé leur marché. À ce niveau, il reste encore beaucoup à faire.

Pour l'instant, quelques transformateurs achètent la plupart des 20 tonnes de fruits qui seront produites cette année dans la province, le reste s'écoulant dans de petits marchés haut de gamme, chocolatiers, glaciers ou restaurants. Car à 10 $ le kilo, dit M. Trépanier, ils sont comptés dans l'assiette!

Projet de retraite

Pour André Nicole, l'argousier aura été un projet de retraite avec celle qui est sa complice depuis bientôt 50 ans. Le couple a passé plus de 30 ans dans le Bas-Saint-Laurent, lui comme entrepreneur en construction, elle comme comptable. «J'avais jamais fait pousser un radis!» s'exclame l'ancien homme d'affaires. De retour dans leur patelin d'origine, Sainte-Anne-de-Beaupré, en 1997, l'homme et la femme ont cherché une façon originale d'exploiter leur terre nouvellement acquise. Les premiers arbres ont été plantés en 2000.

Pour eux, cette nouvelle vie au grand air aura été une révélation. «Si j'avais découvert ça plus tôt, j'aurais poussé davantage», dit le producteur, qui est malgré tout le plus important producteur québécois du petit fruit.

Pour l'arbre qui est indigène en Sibérie et dans l'Himalaya (où il est cultivé à grande échelle) et dont l'étroite feuille rappelle celle de l'olivier, le climat du Québec s'avère tout à fait adapté. «En plus, il n'est pas fragile et très peu exigeant. Ça prend des conditions minimales, avec un sol sableux et bien drainé.»

Le fruit a aussi un bon potentiel cosmétique. Son huile est excellente pour la peau. Des entreprises québécoises comme Mont Echo ou Dheauzée fabriquent d'ailleurs leurs propres gammes de produits. Elle a également des propriétés médicinales, dit M. Trépanier, par exemple dans le traitement des brûlures. Autre utilisation : à Armagh, dans Bellechasse, le domaine Les 3 Collines fabrique une boisson à 18 % d'alcool.

Pour l'heure, les producteurs cherchent à mécaniser la cueillette, trop longue à faire manuellement. En attendant, M. Nicole coupe carrément les branches, qui portent une multitude de fruits, et les met au congélateur pour les dépouiller plus facilement.

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