Financement illégal: un témoin implique le maire de Montréal

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Après plus de deux ans de refus, Jean Charest a institué le 19 octobre 2011 une commission d'enquête sur la construction au pouvoir restreint et qui ne pourra distribuer aucun blâme. Celle-ci sera présidée par la juge France Charbonneau. Le «ménage» tant attendu mettra-t-il fin à la controverse dans laquelle le gouvernement est plongé? »

Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Martin Dumont, ancien organisateur politique d'Union Montréal, a soutenu mardi devant la Commission Charbonneau que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, était présent lorsqu'il a été question du financement truqué d'une élection partielle dans Saint-Laurent, en décembre 2004.

Et le même organisateur politique a retenu ses larmes quand il a relaté un incident survenu dans l'arrondissement de Pointe-aux-Trembles-Rivière-des-Prairies, en 2007. Il avait alors reçu des menaces de la part de l'entrepreneur en construction Niccolo Milioto, de Mivela Construction, qui lui a laissé entendre que s'il posait trop de questions sur ses contrats, il risquait de se retrouver dans la fondation de ses trottoirs.

M. Dumont, alors directeur de cabinet à la mairie d'arrondissement, s'était étonné de la hausse soudaine du prix d'un contrat de trottoirs accordé à Mivela Construction et avait demandé des justifications au service de génie de l'arrondissement. Mais c'est l'entrepreneur en construction lui-même qui s'est présenté à la mairie d'arrondissement pour lui proférer ces menaces. «Il ne faudrait pas que tu te retrouves dans mes fondations de trottoir», lui a-t-il lancé.

Le témoin, ébranlé, a quitté le bureau cette journée-là. Et comme il était encore bouleversé mardi de raconter les menaces qu'il avait reçues, la commission a pris une pause.

Plus tôt dans la journée, M. Dumont a relaté que lorsqu'il travaillait encore pour le parti Union Montréal, avant l'incident avec l'entrepreneur, il avait organisé une élection complémentaire. Il s'inquiétait alors de dépasser le budget maximal de 46 000 $, constatant des irrégularités, comme des téléphonistes qui se rapportaient au responsable du financement du parti, Bernard Trépanier, plutôt qu'à lui, ainsi que passablement de va-et-vient.

«Je voyais qu'il y avait beaucoup de dépenses qui se faisaient. On ne me mettait pas au courant. On me disait: "Martin, ça, ce n'est pas ta responsabilité". J'ai dit: "Okay, mais arrangez-vous pour que ce soit correct".»

Il y a donc eu réunion en présence de l'agent officiel du parti, Marc Deschamps, ainsi que du maire de Montréal et chef du parti, Gérald Tremblay.

«Je veux savoir ce qui se passe. Est-ce qu'on est dans le trouble, est-ce qu'on risque de dépasser le budget électoral? À ce moment-là, l'agent officiel m'a sorti un document imprimé», une feuille avec deux colonnes. «Il m'a dit «Martin, c'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux de campagne»', a-t-il relaté.

Le budget officiel respectait le plafond et atteignait 43 000 $, à deux semaines du scrutin, mais le budget réel ou officieux atteignait déjà 90 000 $, soit presque le double du plafond permis.

«Quand Marc Deschamps a sorti la feuille pour dire "c'est pour ça qu'on a un budget officiel et qu'on a un budget officieux", c'est à ce moment-là que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est levé et a dit "je n'ai pas à savoir ça"», a rapporté M. Dumont.

Ultimement, cette élection partielle aura coûté 110 000 $ à Union Montréal, selon ce que Bernard Trépanier a avoué à M. Dumont, alors que le plafond permis était de 46 000 $.

Ironiquement, cette élection complémentaire de décembre 2004 visait à remplacer deux conseillers reconnus coupables d'avoir reçu des pots-de-vin.

Entrepreneurs et ingénieurs

M. Dumont a raconté plusieurs autres événements au cours desquels des enveloppes d'argent comptant ont circulé, notamment une enveloppe de 10 000 $ remise par l'entrepreneur Milioto, dans un urinoir, en novembre 2004. «Viens pisser avec moi», lui a-t-il dit simplement.

Il a pris l'enveloppe et, «mal à l'aise», l'a prestement remise à Bernard Trépanier, responsable du financement du parti.

Lors de cette même activité dans Hochelaga-Maisonneuve, deux autres personnes ont voulu lui remettre une enveloppe. Il a conseillé à ces personnes de s'adresser plutôt à M. Trépanier directement.

Lors de la prise d'une photo de groupe, M. Trépanier lui aurait même dit que sa veste n'arrivait plus à fermer, tant elle contenait d'enveloppes d'argent.

À une autre occasion, comme il est fréquent dans le milieu politique de «passer le chapeau» pour recueillir des contributions anonymes, généralement de petits montants, M. Trépanier lui aurait confié: «pas besoin du chapeau pour recevoir des dons anonymes, le chapeau c'est moi».

Et une autre fois, M. Trépanier, enrhumé, lui avait demandé de lui rendre un service et de passer chercher «50 000 documents» pour lui à Laval. Quand M. Dumont lui a dit qu'il ne comprenait pas, il lui a rétorqué: «Martin, c'est 50 000 $». Il devait aller chercher la somme au restaurant L'Onyx et demander le propriétaire, un «restaurateur» appelé Tony Accurso, qu'il ne connaissait pas alors. Plus tard, il a su qu'il s'agissait d'un entrepreneur en construction.

La présidente de la Commission, France Charbonneau, le commissaire Renaud Lachance et le procureur de la Commission, Denis Gallant, lui ont tous demandé pourquoi il n'avait pas parlé au maire Tremblay de toutes ces irrégularités, puisque le maire lui avait déjà dit que son bureau était toujours ouvert pour lui, lorsqu'il a travaillé dans son cabinet de 2001 à 2004.

«Qui m'aurait cru?» s'est exclamé M. Dumont.

M. Dumont a également cité le nom de 11 représentants de firmes de génie qui se sont rendus dans le bureau du responsable du financement du parti, la porte fermée, les stores fermés, pendant moins de 15 minutes.

«C'est sûr que j'avais mes doutes» sur la teneur de ces échanges avec des représentants des firmes de génie-conseil, a-t-il admis à la juge Charbonneau, «mais au-delà de mes doutes...»

Tremblay nie

En conférence de presse pour présenter le budget de la Ville, le maire Tremblay a nié les affirmations de M. Dumont. «Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est totalement faux», a-t-il lancé, avant d'ajouter qu'il ne voulait plus répondre à ce genre de questions.

«Je vous demanderais de respecter mon processus de maire de Montréal. Je suis en train de travailler pour la Ville de Montréal», a-t-il conclu, en dressant la liste de ses activités de la semaine.

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