Alors que seulement 0,8 % des citoyens contribuent aux caisses électorales des partis, «30 % des avocats du cabinet Heenan Blaikie donnent au Parti libéral du Québec» (PLQ), révèle le rapport préparé par Québec solidaire.
La formation de gauche convient qu'il n'y a rien d'illégal à contribuer à une formation politique. Mais elle soupçonne l'existence d'un système de «financement sectoriel».
La situation de Heenan Blaikie «n'est pas exceptionnelle», croit le parti. Elle serait même «plutôt la norme dans les grands cabinets d'avocats».
Entre 2008 et 2011, les 1098 dons en argent repérés par QS provenant de membres de grands cabinets d'avocats ont totalisé 941 651 $.
Près de 840 de ces professionnels ont versé 788 145 $ au Parti libéral du Québec, 226 ont donné 130 490 $ au Parti québécois (PQ) et 33, 23 016 $ à l'Action démocratique du Québec (ADQ).
Dans son document, Québec solidaire affirme qu'en 2008, une année électorale, 56 % des professionnels de la firme de vérification comptable Raymond Chabot Grant Thornton ont fait des dons au Parti libéral.
De 2008 à 2011, les 274 contributions de professionnels de cette firme au PLQ se sont élevées à 199 270 $. Quelque 140 dons totalisant 78 007 $ ont été versés au Parti québécois et 45, d'une valeur totale de 24 400 $, à l'Action démocratique du Québec - fusionnée depuis à la Coalition avenir Québec.
L'ancienne vice-première ministre du Québec, Nathalie Normandeau, a récemment joint les rangs de Raymond Chabot Grant Thornton.
Les données que le parti de Françoise David et d'Amir Khadir entend transmettre à la commission Charbonneau ne négligent pas le secteur du génie-conseil. Les deux co-porte-parole pensent avoir trouvé «une quantité record de dons» qu'ils soupçonnent provenir de prête-noms.
Les contributions «sectorielles» du génie-conseil détectées par QS s'élèvent à près de 1,5 million $ depuis 2000. Les deux tiers de ces dons sont allés dans les coffres du Parti libéral, selon la compilation.
Le portrait est semblable pour les dons venant d'entrepreneurs et de fournisseurs du monde de la construction.
QS laisse entendre qu'il existe un lien entre ces contributions et l'octroi de contrats publics, mais sans préciser lequel.
En point de presse ce matin, Amir Khadir ira jusqu'à mettre en doute la légitimité de l'élection du Parti libéral du Québec en 2008.
En prenant seulement en compte les dons recensés dans cette enquête, il calcule que le «financement sectoriel» représentait 26 % des dépenses électorales du parti de Jean Charest (1,3 million $ sur 5 millions $) - «si» ce financement est bel et bien entièrement illicite, précisera M. Khadir.
Remise en question
«Si le quart de ce que le parti a dépensé pour son élection vient d'un financement illicite, nous devons nous interroger sur la légitimité du gouvernement en place», lit-on dans le rapport.
Québec solidaire a acquis une certaine crédibilité dans ce genre de collecte de données. Il se félicite qu'après une première recherche, en 2010, le Directeur général des élections ait signifié des constats d'infraction à Axor Experts-Conseils, à Groupe Axor et à Axor Construction Canada.
Les trois partis politiques visés ont été contraints de retourner les sommes perçues, soit 113 500 $ pour le PLQ, 34 000 $ pour le PQ et 5000 $ pour l'ADQ.
La corruption n'est pas un «mal spécifiquement» québécois, prend soin de souligner le document de QS. Il rappelle que «d'importantes infractions aux lois ont été identifiées» en France et aux États-Unis.
En fait, les États où la corruption et la collusion ne gangrènent pas la vie publique n'existent à peu près pas. «La corruption continue d'affecter de trop nombreux pays à travers le monde», notait l'organisme Transparency International en décembre.