Construction: cri de détresse des travailleuses

La situation sur certains chantiers de la Côte-Nord... (Photothèque Le Soleil)

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La situation sur certains chantiers de la Côte-Nord «est plus grave que vous pensez», a lancé Sylvie Déraspe, responsable du Comité ad hoc pour la défense des droits des femmes dans la construction.

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Commission Charbonneau
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Après plus de deux ans de refus, Jean Charest a institué le 19 octobre 2011 une commission d'enquête sur la construction au pouvoir restreint et qui ne pourra distribuer aucun blâme. Celle-ci sera présidée par la juge France Charbonneau. Le «ménage» tant attendu mettra-t-il fin à la controverse dans laquelle le gouvernement est plongé? »

(Québec) Ce n'est pas qu'un cri du coeur qu'ont lancé des travailleuses de l'industrie de la construction, lundi, à l'Assemblée nationale. C'est un cri de détresse.

«Aujourd'hui, on vous lance un cri du coeur, nous les travailleuses. On n'est plus capables d'être discriminées, on n'est plus capables d'être intimidées, on n'est plus capables d'être harcelées et on n'est plus capables d'être violentées pour pouvoir travailler.»

Les mots sont ceux de Sylvie Déraspe, formatrice et «opératrice de pelle» dans la vie. Ses mots ont troublé, secoué même, les députés participant à la commission parlementaire étudiant le projet de loi 33 sur le «placement syndical».

Dans le décor feutré du Salon rouge, Mme Déraspe a décrit une situation de terreur sur la Côte-Nord. Particulièrement pour les femmes, qui représentent à peine plus de 1 % de l'ensemble des travailleurs de la construction au Québec.

Elle a parlé du chantier de La Romaine : «Trois femmes qui viennent de sortir; deux en deux semaines en ambulance.» Elles ont pris la direction de l'hôpital de Havre-Saint-Pierre, victimes de violence.

Sylvie Déraspe est responsable du Comité ad hoc pour la défense des droits des femmes dans la construction. Elles devaient être quatre à se présenter en commission parlementaire sous le chapeau du groupe. Elles étaient trois, finalement. L'une d'elles s'est désistée la veille, victime de violence elle aussi, a soutenu Sylvie Déraspe (voir l'autre texte).

«C'est un gars de la FTQ-Construction, son syndicat, en passant. Elle a eu des muscles écrasés à coups de bottes à cap d'acier parce que le gars n'était pas content de ce qu'elle avait demandé et de ce qu'elle avait dit. Faut dire aussi que cette dame-là, son mari est entrepreneur.»

Il a été impossible, lundi, de savoir s'il existe un lien entre les voies de fait perpétrées contre cette travailleuse et le rendez-vous qu'elle avait avec les parlementaires. Sylvie Déraspe a refusé de fournir quelque précision que ce soit aux journalistes à l'issue de son témoignage.

La présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux, a confié que son organisme allait enquêter sur les affirmations entendues. Elle les prend très au sérieux. Mme Lemieux a elle-même accompagné les trois travailleuses jusqu'à l'extérieur du parlement en fin d'après-midi.

Nombreuses embûches

«Les filles ont de la misère à faire leurs heures et à renouveler leurs cartes» de compétences, a aussi exprimé la responsable du comité devant les élus, parmi lesquels la ministre Lise Thériault. «Il faut qu'elles quêtent. Celles qui travaillent, ce sont celles qui sont très proches des représentants syndicaux.

- Si t'es fine, fine, fine, tu peux avoir une job? C'est ça que vous êtes en train de nous dire? lui a demandé la députée libérale de Gatineau, Stéphanie Vallée.

- J'espère que c'est pas ça pour vrai, a répondu Sylvie Déraspe. Ce que je dis à mes petites, c'est «respectez-vous pour imposer le respect» Ça, c'est une règle d'or.»

La situation sur certains chantiers de la Côte-Nord «est plus grave que vous pensez», a-t-elle lancé en répondant à une question de l'indépendant Éric Caire.

Pendant son témoignage, elle a mis en cause Bernard Gauthier, surnommé «Rambo», l'agent d'affaires de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord. «Mettons que c'est pas facile ni pour les employeurs, ni pour les travailleuses et travailleurs. Il fait la pluie et le beau temps.»

Pas seulement «Rambo»

Mais «la FTQ, c'est pas juste «Rambo», a-t-elle ajouté. On s'entend qu'il y en a plusieurs qui y ressemblent aussi».

Gérard Cyr, du «local 144» du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, était au Salon rouge, lundi. Comme la FTQ, son syndicat conteste les dispositions du projet de loi 33.

M. Cyr s'est dit «très surpris» de ce qu'il a entendu. Il a nié qu'une telle réalité puisse exister. «C'est la première fois que j'entends parler de ça», a-t-il affirmé.

La commission parlementaire étudiant le projet de loi 33 se poursuit jusqu'à jeudi. Aujourd'hui, on y entendra notamment le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction. L'ordre de comparution des groupes, des organismes et des individus dans ces séances n'est jamais laissé au hasard.

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