Hubert Crépault est avocat, mais lorsque nous l'avons rencontré, c'est son chapeau de président du conseil d'administration de la Maison des entreprises de coeur qu'il portait. Retour sur la genèse de cette coopérative.
Le regroupement est une force, et les organismes communautaires l'ont compris. En 2001, une idée émerge : acheter l'école Saint-Thomas-d'Aquin, dans Sainte-Foy. Le but est simple : pouvoir occuper des locaux dont le loyer est abordable et partager des services tels que les photocopieurs ou la téléphonie. Mais quand on est des organismes communautaires, on a beau être 10, ce n'est pas évident d'acheter une école. Les coffres ne sont pas toujours bien remplis et les banques se montrent frileuses à tous prêts hypothécaires.
La solution s'est donc imposée : créer une structure légale qui permettrait l'achat du bâtiment d'une part et le fonctionnement en groupe d'autre part. C'est la formule coopérative qui a été retenue. Pour mettre en place le tout, le centre local de développement (CLD) a été mobilisé, ainsi que SOSACO, un groupe de ressources techniques qui apporte soutien et expertise en matière d'habitation coopérative.
Dans un premier temps, le CLD s'est associé à la coopérative MEC et a offert un appui logistique [prêt de fonds], «mais surtout un appui moral et en ressources», explique Hubert Crépault. Un conseiller du CLD était là lors des conseils d'administration pour aider à la mise sur pied de la coop, en plus d'aider à la préparation du plan d'affaires pour acheter l'école. «Une coop, c'est un peu comme une entreprise, mentionne-t-il. Et un des défis était de gérer cette entreprise.» Les représentants des organismes communautaires n'étaient pas formés à cela, lacune qui a été comblée grâce à la présence régulière d'un conseiller du CLD. «Et dans le privé, ce genre de conseils, ça se paye», souligne M. Crépault, reconnaissant.
Bien accompagnée, la coopérative de la Maison des entreprises du coeur a pu acquérir l'école début 2002.
Administrer une coop avec l'esprit coopératif
Le premier défi relevé, les suivants se sont présentés. Les membres du conseil d'administration de la coop étant aussi représentant des organismes communautaires hébergés dans le bâtiment, la gestion en a pris un coup. «Chacun agissait un peu comme un copropriétaire», se souvient Hubert Crépault. Chacun avait d'abord en tête les intérêts de son organisme. Or, cette façon d'agir va à l'encontre du bon développement de la coopérative.
«En 2008, on a voulu se développer en agrandissant le bâtiment pour accueillir d'autres organismes. Ça aide des organismes qui ont besoin de locaux moins chers, mais c'est aussi plus de revenus pour la coop, puisqu'il y aurait plus de loyers», relate le président de la MEC en précisant que, grâce à la formule coop, les profits générés sont redistribués d'une façon ou d'une autre à ses membres.
À ce stade, la présence d'un conseiller a été salvatrice. «C'est grâce à eux qu'on a pu se consolider avant de se lancer dans le développement», juge M. Crépault. La consolidation est passée par une meilleure gestion de l'immeuble. Les loyers ont été augmentés, tout en restant compétitifs, afin de constituer une réserve pour les travaux et l'entretien de l'école. Chacun des organismes a compris que cette augmentation était en fait un investissement qui leur permettrait d'améliorer leurs conditions de travail. «C'est à ce moment-là que les membres du conseil d'administration ont vraiment pris leur rôle d'administrateurs», dit fièrement Hubert Crépault. «Et c'est par l'intervention du CLD, par cette formation à long terme, qu'on y est arrivé. Ça a été un coup de main très humain, plus que financier», ajoute-t-il. Aujourd'hui, une entente a été conclue entre le CLD et la MEC selon laquelle le CLD ne s'impliquera que ponctuellement. Une fois qu'on a appris à voler de ses propres ailes, on ne demande de l'aide que pour voler plus haut.
Le fait que le CLD se soit associé à la MEC a crédibilisé le projet, pense M. Crépault. «Et si le CLD s'est engagé, c'est parce que l'entreprise [la coop] aide la société à se développer en permettant à des organismes communautaires d'exister.»
Les organismes de la Maison des entreprises de coeur :
La fripe.com : vente de vêtement usagés à prix minimes
La Baratte : accès à une alimentation à prix modique
TRAIC : accompagnement des jeunes par des travailleurs de rue
Comité logement d'aide aux locataires : promotion de logements sociaux
CRDI : centre de jour pour personnes ayant une déficience intellectuelle
Maison de la famille Louis Hébert : consultation familiale, conjugale et individuelle
Mieux-Être des immigrants : soutien aux immigrants pour faciliter leur intégration
Conférence des Tables régionales de concertation des aînés du Québec : lieu d'échange et de concertation pour mieux faire connaître les besoins et enjeux relatifs aux aînés
Accès-Loisirs Québec : rendre les loisirs accessibles pour les familles en situation de faible revenu
OCÉAN : ligne d'intervention téléphonique, résolution de problème.