Le monde du cinéma, on l'imagine chic, glamour. Clichés hollywoodiens obligent, on n'envisage pas les hauts lieux du cinéma ailleurs que dans des quartiers branchés. Il n'en est rien à Québec. Les bureaux des Productions Thalie se trouvent au fond d'un stationnement, entre une entreprise spécialisée dans l'équipement pour camion et un magasin de location de voitures. À cet endroit, depuis 15 ans, 84 films ont été produits (fictions et documentaires, courts ou longs métrages).
Pour chaque film, la phase critique est celle du développement du projet, ou la préparation du film. «Ça peut prendre quatre ou cinq ans, explique Yves Fortin, et le tournage ne peut prendre que deux mois.»
Lors de cette phase, on écrit le scénario, on négocie avec les partenaires financiers, on établit le budget, on trouve les comédiens, les lieux du tournage, on met sous contrat l'équipe de tournage, il faut loger tout ce monde-là, coiffer et maquiller les comédiens... «Faut même prévoir combien ça va coûter en location de camions et en stationnement», précise le producteur.
On dit de cette étape qu'elle est critique, car rien ne garantit que le film se fera : un financement peut ne pas être accordé, il peut y avoir des problèmes de casting, etc. Pourtant, des ressources sont déjà mobilisées pour organiser tout cela, des ressources qu'il faut payer.
Des films ultratechnos
Pour la phase de développement des films à haute teneur technologique, Yves Fortin a sollicité le centre local de développement (CLD) pour un coup de pouce financier. Habituellement, le CLD intervient pour le démarrage d'entreprise. Mais le développement d'un film, même au sein d'une boîte de production bien établie, est un projet à part entière, qui a besoin de grandir dans de saines conditions.
Pour accepter de financer un projet, surtout à risque, le CLD doit saisir l'effet qu'aura la production d'un tel film sur le milieu local... d'où l'appellation de l'institution : centre local de développement. «Le CLD veut savoir comment ça fera marcher l'industrie à Québec. C'est bien beau de faire un film, mais ils veulent savoir quelle partie du budget sera dépensée ici», résume Yves Fortin. Or, il s'avère qu'à Québec, en matière de hautes technologies, on excelle; il y a en ville une grande expertise de l'animation, du numérique, du 3D.
Pour l'instant, Yves Fortin n'a sollicité des prêts du CLD que pour deux films de ce genre, qui sortiront en 2013. Dragons 3D est un docufiction sur ces créatures légendaires et leur présence dans l'imaginaire de plusieurs civilisations. Les ailes de Johnny May est un documentaire 3D sur le pilote inuit Johnny May, qui a volé plus de 34 000 heures au-dessus du Nunavik. «Et j'ai d'autres projets qui vont dans le même sens et pour lesquels le CLD pourrait être sollicité... en 2013-2014», dit M. Fortin, la mine réjouie.
Facteur d'engrenage
Selon le producteur, la présence du CLD lors de la phase de développement d'un film est déterminante. «Ça donne un élan au projet et de la crédibilité, dit-il. Le CLD ne donne pas de l'argent à n'importe qui, le dossier, ils le scrutent, ils l'analysent en profondeur. C'est un facteur d'engrenage, leur présence aide les autres partenaires financiers à monter dans le train», ajoute M. Fortin.
Si le projet de film obtient la bénédiction du CLD, c'est un gage de sérieux qui ne peut que plaire à Téléfilm Canada, la Société de développement des entreprises culturelles ou aux télédiffuseurs, autres partenaires à qui on demandera de mettre la main au portefeuille. «Comme on dit dans le métier, si t'en as un, tu les as tous», lance Yves Fortin.
Le tout est de savoir s'adresser de la bonne manière, aux bonnes personnes. Yves Fortin ne présente pas ses films de la même façon au CLD ou à un investisseur. «C'est pas du tout la même discussion», rit-il. Et il faut savoir négocier... «Et je ne fais que ça négocier», ajoute-t-il. «Pour que ça marche, il faut avoir la certitude qu'on a un bon projet de film, et qu'on n'a pas de doute sur sa faisabilité.»
Et comment avoir ces certitudes? «C'est l'instinct», conclut-il. Après 35 ans de carrières et 162 films produits, l'expérience doit aussi aider.