Moins connu dans sa province natale (il est de Montréal) que dans le reste du Canada, le très charismatique et sympathique Rick Miller est une véritable bête de scène, pour utiliser le cliché usé à la corde. Donc un phénomène. Capable de tout : chanter, imiter, danser, incarner, se moquer... Difficile de séparer l'homme de son image.
C'est ce qu'il exploite dans la première partie, un peu laborieuse. Il se présente à nous sans artifices. Dit-il. Car est-il Rick Miller ou joue-t-il à l'être? Il arrive avec «ses faiblesses, ses contradictions et son hypocrisie» en espérant que nous allons nous reconnaître. Rick et nous, même combat. Le gars joue la séduction - et est très habile, se moquant même de son discours moralisateur.
Il puise ses exemples dans son quotidien pour démontrer l'abîme entre les bonnes intentions et nos comportements réels conditionnés par le marketing. Tout est à vendre, même notre âme, suffit de mettre le prix.
Exxon (Esso), Apple, HP, Disney, Unilever, Coke et les banques passent dans le tordeur. Miller, à la fois stand up, prêcheur, conférencier et performeur, déconstruit méthodiquement l'image des compagnies qui font illusion pour vendre leurs produits. Il est parfois interrompu par Arnie, son jumeau miroir, qui incarne le diable tentateur et réel entertainer.
Divertissant Arnie
Celui-ci prend peu à peu le contrôle du spectacle en livrant son discours cynique mais drôle, ses imitations et son humour débridé, parfois même vicieux. Nous adorons Arnie - parce qu'il nous divertit. C'est là toute la force de Vendu.
Avec sa performance, Arnie illustre tout le concept défendu par Miller : nous sommes à la merci de nos pulsions primaires et nous ne demandons qu'à succomber aux charmes des sirènes de la consommation. Autrement dit, on aime mieux les numéros d'Arnie que les discours de Rick. Surtout quand il imite Bono.
Un autre personnage intervient parfois : Clotaire Rapaille. Si, si, celui du code culturel. Le docteur Clot en profite pour se moquer des ambitions de Québec à se vendre comme capitale culturelle... Ayn Rand est aussi conviée au spectacle.
Car Rick Miller : vendu reste un spectacle, hautement divertissant, d'ailleurs. Qui essaie de nous vendre certaines idées, lui aussi. Donc pas mieux que ce qu'il dénonce puisqu'il utilise le même genre de procédés? C'est compliqué, tout ça, comme dit souvent Miller lui-même. Mais pas tant que ça, au fond.
Quel message nous livre-t-il? Consommez moins, consommez mieux. Au cynisme, opposez l'espoir. Ça se défend.
Rick Miller : vendu demeure à l'affiche jusqu'au 9 juin à la Bordée, à l'occasion du Carrefour international de théâtre de Québec.