Traces, la deuxième création de la troupe de Montréal, a été maintes fois primé et joué à plus de 1200 reprises partout dans le monde. On comprend aisément l'engouement pour ces numéros où la tradition circassienne cède le pas à une modernité rythmée, sans rien céder au sensationnel dans l'exécution des numéros.
Les 7 doigts de la main voulait créer un cirque à taille humaine mêlant l'intime au spectaculaire. C'est réussi. Les performeurs - beaux, jeunes et avec des corps sculptés au couteau - sont constamment sur scène et interagissent avec le public, souvent avec beaucoup d'humour. Et on retient souvent son souffle, comme il est de mise dans les acrobaties les plus périlleuses - et elles sont légion.
Mais ce qui retient surtout l'attention, c'est le côté résolument urbain de leur fantastique performance, la poésie des mouvements créés par Shana Carroll et Gypsy Snider. Il y a une théâtralité évidente dans les interactions entre les artistes. Reste que, dans leurs déplacements chorégraphiés avec une extrême précision, la performance tient beaucoup plus de la danse contemporaine, surtout dans le heurt des corps en action. C'est beau, débordant de vie et d'énergie.
Chacun des sept acrobates a droit à son tour de piste, d'éclatantes démonstrations de leur maîtrise de diverses disciplines, de la sangle aérienne à la roue Cyr. Dans l'ensemble, toutefois, ce sont les performances collectives qui nous étourdissent par leur audace et leur originalité - un numéro de skateboard sur un air de jazz!
On aura compris: Traces mise aussi sur la fantaisie. Comme ce numéro d'acrobatie aérienne de mâts chinois sur Talk Show Host de Radiohead. Ou cette interprétation par Mathieu Cloutier de La folie en quatre de Daniel Bélanger, à la guitare acoustique, entre deux numéros. Un bel exemple de la grande polyvalence de chacun, mais aussi une illustration éloquente que ce spectacle mené à un rythme d'enfer ne compte aucun temps mort, même dans les transitions finement ciselées.
Traces s'interroge sur ce qui se passe après une hypothétique fin du monde où le désespoir côtoie l'amour et l'amitié, dans un contexte où on peut perdre tout ce qu'on tient pour acquis en un instant. Alors, que reste-t-il quand on revient à l'essentiel: l'humanité, la camaraderie, la solidarité et, surtout, la créativité. Ce que nous ont éloquemment démontré tous les artisans de la troupe en livrant un spectacle qui nous fait sentir profondément humain. Et content de l'être.
Les sept performeurs sont: Mason Ames, Valérie Benoît-Charbonneau, Mathieu Cloutier, Bradley Henderson, Philippe Normand-Jenny, Tarek Rammo et Xia Zhengqi.
«Traces» demeure à l'affiche jusqu'à samedi à la Bordée, à l'occasion du Carrefour international de théâtre de Québec.