L'affiche se déroule en territoires occupés et en Israël, des deux côtés du mur de la honte. Chacun des personnages est confronté à cette situation intenable, à cette incroyable violence physique et psychologique qui les mine tous à des degrés divers. Ils sont aussi tous, à des degrés divers, conditionnés par la propagande religieuse et prisonniers d'une rhétorique politique. C'est comme ça qu'on en arrive à imprimer des affiches des martyrs, des enfants parfois, tombés sous les balles de l'occupant.
L'affiche est une pièce courageuse parce qu'elle ose dire les choses. «Ce n'est pas la guerre, c'est l'occupation», comme le dit un soldat israélien. Ou qu'Israël se permet de détourner l'eau et d'assoiffer la Palestine. Nul ne peut remettre en cause l'authenticité de la démarche, qui montre avec beaucoup de nuances, mais sans mettre de gants blancs, les tenants et les aboutissants du conflit israélo-palestinien, soit l'effet dévastateur d'un peuple privé de sa terre et de sa dignité. L'affiche est engagée, pas dogmatique.
L'écriture est fine et tranchante, mais la pièce évite de trop en montrer. L'incroyable violence du conflit est évoquée par la métaphore et la transposition artistique. Il n'y a pas de fusil sur scène, on utilise deux mégaphones, qui deviennent armes de guerre et symbolisent la propagande. Il y a aussi les lancers de pierres qui sont représentés de façon fort efficace sur le mur gris qui forme l'arrière-scène. Ou les pneus, qui servent à de multiples évocations.
Le danger, avec une telle pièce, est de se perdre dans les grands discours politiques. Il n'en est rien. Le propos de L'affiche dégage une profonde humanité, malgré la violence inhérente du conflit. La répétition de scènes où elle se manifeste, dans les fouilles ou aux points de contrôle, par exemple, veut démontrer ce qu'elle représente pour ceux qui ont à l'endurer au quotidien. Et ce qu'elle génère : rancoeur, rancune, haine... Comment vivre, comment aimer, dans de telles circonstances? Quand il ne reste plus rien, résister, c'est exister.
Philippe Ducros, qui signe aussi la mise en scène, a choisi de la monter comme une polyphonie, rythmée par de courts tableaux qui se succèdent rapidement, ce qui maintient la pièce dans un état de tension survoltée. Les neufs comédiens, presque tous très bons, enchaînent les rôles sans coup férir, incarnant les multiples visages de cette occupation qui dure et perdure.
Croyez-moi, il faut voir L'affiche. Il est rare qu'on présente ce genre de pièce puissante à Québec. Les bravos sentis d'hier, provenant de partout dans une salle comble, en témoignaient.
L'affiche est présentée ce soir et demain à la salle Multi de Méduse, à l'occasion du Carrefour international de théâtre de Québec.