Lorsque Claudio Tolcachir a réuni, il y a 10 ans, une troupe d'acteurs dépareillés à Buenos Aires, peu auraient pu se douter que la compagnie hébergerait ensuite un complexe avec deux salles de théâtre et une école de 500 étudiants. Maxime Seugé encore moins, lui qui travaillait dans la finance, en France et en Espagne. Il a tout plaqué et suivi sa copine pour s'établir en Argentine, où Tolcachir lui a offert de devenir directeur de production de sa première pièce - Le cas de la famille Coleman (2005).
Cette rencontre fortuite et hautement improbable est typique de l'univers de Tolcachir, qui aime se faire rencontrer des personnages que tout sépare et les faire cohabiter pour voir ce qui se passe ensuite. Comme dans Le vent dans le violon, où Léna et Céleste veulent combler leur désir d'enfant coûte que coûte. Quitte à «choisir» un névrosé comme géniteur, fils d'une grande bourgeoise. Et ainsi poser les jalons d'un choc entre deux classes sociales qui habituellement se côtoient sans jamais se rencontrer. «Ils doivent cohabiter et s'affrontent sur la meilleure façon d'éduquer le garçon» né de cette relation particulière.
Famille non conventionnelle
Ces individus dissemblables vont constituer une famille non conventionnelle à l'écart des normes habituellement admises, dit-on. Claudio Tolcachir «s'amuse à te faire voir et à te confronter à ces situations-là, explique Maxime Seugé, joint à Montevideo, en Uruguay, où jouait la pièce avant d'être présentée à Naples, en Italie, puis à Québec. Il veut que le spectateur soit le plus proche possible». Sans porter de jugement, ni faire la morale : c'est au spectateur à se faire une tête.
Depuis 2010, année de sa création, Le vent... a surtout été présentée en France, au Chili et en Espagne. L'utilisation d'un couple de lesbiennes provoque son lot de discussions, témoigne Maxime Seugé. «Il y a de tout. Ça divise le public et crée un débat. Mais [Claudio Tolcachir] ne cherche pas à provoquer le spectateur.»
Le vent... est une comédie acidulée et déjantée où les situations rocambolesques sont au menu. «Un spectacle plein de petites surprises, de tours tragicomiques heureux et d'énigmes qui tombent jusqu'à montrer la vérité de chaque personnage», écrit le quotidien El Pais. «C'est une quête de bonheur, précise Maxime Seugé. Chacun a des objectifs louables, mais ils sont très maladroits, ce qui crée plein de quiproquos. Alors que tout aurait pu se faire de façon beaucoup plus simple.»
Bref, le metteur en scène de 37 ans préconise un théâtre de proximité fortement ancré dans le quotidien des gens. «Le théâtre que j'essaie de faire, a déjà expliqué Claudio Tolcachir, s'appuie principalement sur les acteurs. Pour moi, c'est cela la magie du théâtre : chaque acteur invente un espace singulier. [...] Ce qui m'intéresse, c'est que le spectateur puisse compléter cet espace, se projeter à l'intérieur. Je ne veux pas lui donner un produit fini, mais lui laisser une place pour inscrire sa propre histoire.»
Contrairement au Cas de la famille Coleman, basée sur des improvisations avec la troupe, Le vent... a été écrite par Claudio Tolcachir. Et si on y retrouve une «famille» comme dans le premier cas, c'est qu'il s'agit de la façon la plus naturelle de représenter les interactions entre les gens et les liens qui les unissent, précise Maxime Saugé. Les deux pièces ont une certaine parenté, elles sont d'ailleurs souvent présentées en duo dans les festivals. Parfois même en trio avec L'histoire d'une tentative absurde, écrite entre les deux en 2008. Mais ce qui intéresse le metteur en scène et fait son succès sur la scène mondiale, «ce sont les personnes en soi et comment elles agissent en propre».
El viento en un violon sera présenté en espagnol surtitré en français.
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Quoi : Le vent dans le violon
Quand : du 30 mai au 2 juin
Où : Théâtre Périscope
Billets : de 42 $ à 48 $
Réservation : 418 529-1996 ou www.carrefourdetheatre.qc.ca