Beauté, chaleur et mort: vivre son deuil sur scène

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Le 13e Carrefour international de théâtre de Québec se déroulera du 24 mai au 10 juin. »

Nini Bélanger et Pascal Brullemans font preuve de... (Photo Patrice Blain)

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Nini Bélanger et Pascal Brullemans font preuve de retenue, sans jamais tomber dans le mélodramatique ou le pathos.

Photo Patrice Blain

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Il y a 11 ans, Nini Bélanger et Pascal Brullemans ont perdu leur petite fille à la suite d'une erreur médicale, deux semaines après sa naissance. Lundi soir, ils étaient sur scène pour nous raconter cette immense perte, parler de cette douleur qui ne s'efface jamais, nous présenter Beauté, chaleur et mort, leur catharsis très personnelle. Leur docuthéâtre s'avère très touchant.

La démarche peut surprendre, voire choquer. Peut-on parler de la mort de son bébé à des inconnus? Que peut-on dire sur scène et, surtout, comment peut-on le représenter quand on pénètre dans une zone aussi trouble à la limite de l'impudeur? Les deux créateurs ont choisi la retenue et une approche documentaire - ils ne jouent pas, ils recréent leur histoire. Ainsi, quand on pénètre dans la salle, ils sont avec leurs deux enfants, un garçon de 16 ans et une fille de 10 ans. Qu'ils envoient au lit, tout naturellement.

Puis ils s'adressent à nous en nous expliquant comment leur est venue l'idée de la pièce, mais aussi la difficulté de nommer l'existence de Fée, encore aujourd'hui. Quoi répondre quand on demande : avez-vous des enfants? Deux ou trois?

Le couple renoue le fil de ces moments funestes, de la joie de la naissance qui cède rapidement la place à l'angoisse et aux inquiétudes face à la maladie jusqu'à la mort, et ce deuil (presque) impossible. Pas d'artifices (ou si peu) ou de fiction ici. La vérité toute nue et la réalité toute crue : «Des fois, j'aurais le goût de crier : "J'ai une fille, elle est morte."»

Le récit pourrait facilement créer un malaise s'il tombait dans l'exhibitionnisme. Mais Nini Bélanger et Pascal Brullemans font preuve de retenue, sans jamais tomber dans le mélodramatique ou le pathos. C'est un peu surréaliste d'écrire ça compte tenu de la démarche, mais on se croirait chez Bergman.

Il y a le ton aussi, parfois humoristique, ce qui dissipe la gêne. L'ensemble de la démarche empêche qu'on se substitue à eux - c'est leur deuil, ça leur appartient. Reste le choc, puis l'empathie qu'on ressent, bien réelle. Ce qui fait que Beauté, chaleur et mort est une réussite. Et que la salle comble a attendu dans le noir un moment d'éternité avant d'applaudir.

Nini et Pascal vivent leur deuil sur scène - tout le paradoxe de la pièce est contenu dans cette expression «vivre son deuil». Parce qu'après la mort, il y a la vie qui continue pour ceux qui restent. Et l'amour qu'ils partagent. En ce sens, les deux créateurs nous rappellent avec beaucoup d'humanité l'importance de se concentrer sur l'essentiel. Au quotidien. La vie est si fragile.

«Beauté, chaleur et mort» est à l'affiche mardi soir à la Caserne Dalhousie, dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec.

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