La programmation du Carrefour au coeur de la tourmente

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Le 13e Carrefour international de théâtre de Québec se déroulera du 24 mai au 10 juin. »

Année après année, le Carrefour de Marie Gignac... (Photothèque Le Soleil)

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Année après année, le Carrefour de Marie Gignac fait une belle place à la nouvelle dramaturgie, trop peu jouée à Québec.

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Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) La 13e présentation du Carrefour international de théâtre de Québec, qui s'ouvre aujourd'hui, plonge au coeur de la tourmente qui secoue la planète depuis quelques années. Une direction qui n'est pas délibérée, souligne Marie Gignac, la directrice artistique. Mais elle remarque que sa programmation «est plus politisée» cette année. Et ce, malgré l'absence de Bertrand Cantat pour la représentation de Des femmes en clôture.

Conflit israélo-palestinien; changements climatiques; mort; guerres; excès mercantiles; exil... Une atmosphère de fin du monde plane sur la programmation - qui comprend plusieurs comédies, tout de même.

«Peut-être est-ce le reflet de la fin d'un certain monde, comme en témoignent les crises successives depuis 2008, nuance Mme Gignac. Il y avait longtemps qu'on avait vu des mouvements collectifs aussi forts avec autant de colère : le Printemps arabe, le mouvement Occupons, la grève étudiante ici... En Amérique du Nord, on a vécu à l'abri des grands tourments politiques et ça nous rattrape. On ne peut plus vivre dans le confort et l'indifférence. Le village global, ce n'est pas seulement Internet et l'achat de produits faits en Chine.»

Les dramaturges sont généralement sensibles à tous ces bouleversements, eux qui déploient, volontairement ou pas, leurs antennes pour saisir l'air du temps. Et c'est un fait que les pièces présentées cette année parlent beaucoup de transmission. «Qu'est-ce qui se perpétue? Par exemple, les cycles de la violence, de la colère, de la vengeance... Qu'est-ce qu'on veut transmettre? Dans quel état on veut laisser le monde dans lequel on vit? Et ça, ça va de l'empreinte écologique jusqu'à la transmission de la culture, du savoir, des valeurs, tout ça. C'est un thème qui relie tous les spectacles.»

De Sophocle à ses contemporains! Chez le dramaturge grec, les trois pièces qu'a regroupées Wajdi Mouawad sont traversées par ces grands cycles. «C'est la naissance de la volonté humaine. Les hommes ne sont plus soumis aux dieux, mais sont responsables de leur propre malheur, qui découle des décisions qui sont prises.»

Marie Gignac n'a pas peur de ce qui brasse, comme en témoigne aussi la présence de L'affiche de Philippe Ducros. En fait, année après année, son Carrefour fait une belle place à la nouvelle dramaturgie, trop peu jouée à Québec. «C'est important. Et en même temps, j'essaie de montrer ce qu'on ne voit pas dans les saisons régulières. Ça fait partie de notre mission et de notre mandat. C'est des choix que j'assume complètement. Ma motivation et celle de notre petite équipe, c'est la programmation. Ma responsabilité, c'est de leur transmettre mon enthousiasme, et que je transmette aussi cette passion au public.»

Pour revenir à Sophocle, la trilogie Des femmes a énormément fait couler d'encre, en raison de la présence de Bertrand Cantat au coeur et au choeur de la proposition artistique de Mouawad - mais le chanteur ne sera d'ailleurs pas du spectacle de clôture du Carrefour.

Est-ce que Marie Gignac regrette son absence? «Non. C'est sûr qu'Igor Quezada [son remplaçant], ce n'est pas le "mythe" Cantat, souligne-t-elle avec ses mains. Sauf que ce n'est pas vrai que ça ne se tient pas sans lui. Sa musique est là.» Peu importe. «C'est un spectacle nécessaire. La controverse a éclipsé le projet, qui est de tout monter Sophocle.» Le deuxième volet de la trilogie, Des héros, est prévu pour janvier 2013.

Voilà pour le grand spectacle de clôture, mais qu'en est-il de l'absence d'un grand spectacle d'ouverture? La réponse est toute bête : la salle Albert-Rousseau et la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre n'étaient pas disponibles. Les grands plateaux sont rares à Québec. «C'est une contrainte [de plus en plus lourde] avec laquelle il faut travailler. D'où le grand intérêt et le grand besoin pour nous d'une salle comme le Diamant.»

«En même temps, je trouve ça intéressant d'ouvrir avec le parcours [déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...]. Je trouve important que nos invités et nos partenaires puissent le voir.» D'autant que ce pourrait être la dernière fois, va savoir : le parcours dépend énormément d'une importante subvention annuelle de la Ville de Québec. Le spectacle-signature du Carrefour est extrêmement populaire, mais il coûte cher : 400 000 $.

Du parcours à Des femmes, cette 13e présentation offre 11 spectacles. Mais n'essayez pas de faire choisir Marie Gignac. C'est comme avoir des enfants, on n'en a pas de préféré, répète-t-elle comme chaque année.

«Il y a toutes sortes de choses - des comédies, des grands textes, du cirque... Il faut aller vers ce qui nous attire et faire son choix. Moi, je garantis la qualité : [les spectacles] sont tous bons! Et puis, ce qui est le fun, c'est d'en voir plusieurs. C'est ça, un festival! Les pièces se répondent et elles ont une autre résonance qu'en saison régulière.»

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