7h30
Même s'il se dit assez fort pour demeurer éveillé pendant tout le Carnaval, il arrive à Bonhomme de dormir. Pas question de faire la grasse matinée, car il est attendu par des centaines d'entrepreneurs de la région de Lévis, tout de rouge vêtus, à un déjeuner bien arrosé au Cosmos. Le cognac et l'Amarula coulent à flot dans les cafés. Et si les «Avez-vous votre carte?» donnent l'impression de franchir le seuil d'un bar, il est plutôt question de carton d'invitation, ici. Bien loin de la beuverie matinale, on se joint à une ambiance de fête qui vire à l'euphorie à chacune des apparitions de notre Bonhomme national. Voilà que le ministre conservateur Steven Blaney surgit, pour lui avouer son amour. «C'est réciproque», lui rend Bonhomme. Avant le départ, le ministre Blaney plaide pour le retour des duchesses, «parce que c'est une belle façon de rendre hommage aux femmes québécoises».
10h15
On ne rit plus : Bonhomme serre la pince à son deuxième ministre conservateur de la journée, le ministre des Transports et de l'Infrastructure, Denis Lebel. Celui-ci est venu lui annoncer qu'il est parvenu à délier de nouveau les cordons de la bourse du gouvernement fédéral pour que le Carnaval puisse poursuivre ses efforts d'attraction des touristes étrangers.
11h
Bonhomme se fait attendre à la Maison de la famille de Lévis. Une vingtaine d'enfants et leurs parents trépignent d'impatience à l'idée de le rencontrer, mais on commence à craindre qu'il ait fait faux bond. À 11h22, les intervenantes du milieu de garde doivent gérer une crise de larmes générale. La plupart des parents venus expressément pour Bonhomme partent, fâchés, avec leur petit en pleurs.
11h35
Conflit d'horaire oblige, Bonhomme débarque en retard à la Maison de la famille. Plus qu'un seul enfant s'y trouve... Le célèbre bonhomme de neige multiplie les excuses, et enregistre une vidéo pour se faire pardonner par les petits qui ont depuis déserté. «C'est toujours une grande promesse que je me donne chaque année d'aller voir le plus de monde possible. Il arrive effectivement que je crée un peu de tristesse alentour de moi, parce que je ne peux pas être partout à la fois. Mais malheureusement, pour faire le plaisir des gens, il faut un peu se soumettre à la tristesse des autres», nous confie Bonhomme. Cette bévue est bien la preuve que le personnage est humain, même s'il est fait «en chair et en neige».
12h15
Prochaine destination: l'école Plein Soleil de Saint-Étienne. Bonhomme prend le temps de s'arrêter dans la salle des professeurs pour faire taire les sempiternelles rumeurs rapportant l'existence de plus d'un Bonhomme. Il est ensuite accueilli en héros dans le gymnase de l'école primaire, où les jeunes ont été avertis de ne pas se ruer sur lui, comme l'année dernière. L'hystérie est un euphémisme pour décrire la réaction des élèves. Séance d'aérobie, couronnement d'un duc et d'une duchesse, séance de photos avec ces derniers, et hop!, Bonhomme remonte à bord de son minibus en se faufilant parmi les enfants qui le saisissent à la taille et lui demandent pourquoi il part si vite. Encore une fois, il devra faire quelques déçus.
12h45
Bonhomme et ses accompagnateurs étant partis comme une fusée de Saint-Étienne, je perds la trace de la principale attraction du moment à Québec (avant Madonna, bien sûr). Alors qu'ils sont en route vers le centre-ville de Lévis, je me résigne à l'idée de les rattraper pour une visite éclair au comptoir alimentaire Le Grenier. Je dois me faire à l'idée: Bonhomme est plus vite que moi.
14h15
Par orgueil, j'arrive à l'avance à la résidence pour personnes âgées Le Boisé Vanier, sur la rive voisine. Le comité d'accueil patiente au salon, stimulé par les traditionnelles chansons du Carnaval. Lorsque leur invité arrive en courant (et en évitant une collision avec le cadre de porte), la cinquantaine de résidants se lèvent d'un bond et dansent avec lui. Ils rivalisent avec les enfants de la matinée pour faire savoir à Bonhomme qu'ils se souviennent très bien du Carnaval «de leur temps», celui qui se passait rue Sainte-Thérèse et aux Voûtes Chez Ti-Père.
14h40
Bonhomme poursuit sa visite dans la résidence voisine, celle où logent des personnes âgées non autonomes. Une dame se jette sur l'imposant bonhomme et lui crie : «Lève ta patte!», provoquant l'hilarité dans la salle. Des rires, nous passons à l'attendrissement, alors qu'un résidant rejoint le petit bout de femme, et tous deux étreignent Bonhomme comme un gros nounours. La définition même du réconfort se déroule sous nos yeux. Le temps s'arrête, les observateurs aussi. On s'en voudrait de les empêcher de retomber en enfance.
18h30
Robes flamboyantes, escarpins vertigineux, complets nickel, les 350 convives du bal de Bonhomme font tourner les regards dans le hall du Château Frontenac. Tout comme l'hôte de la soirée, qui a sorti son grand noeud papillon pour terminer cette journée en beauté. Les gens font patiemment la file pour prendre la pose avec Bonhomme. Même dans cette soirée strass et paillettes, qui doit se terminer vers 23h, Bonhomme agit comme un aimant sur ses invités. En plus d'être partout, il a le même effet pour tous. Le «mystère Québec»? Ce n'est pas sérieux à côté du «mystère Bonhomme».