«M. Hamad a atteint l'intégrité de ceux qui ont travaillé sur le Moulin à paroles. Il nous accuse de fomenter la violence, et c'est très grave. Nous lui demandons des excuses publiques», a déclaré la codirectrice de l'événement, Brigitte Haentjens, en conférence de presse hier après-midi à Montréal.
«Je ne suis pas dans la tête de M. Hamad, à supposer qu'il en ait une! Car s'il en avait une, je ne pense pas qu'il tiendrait des propos aussi légers. Personne, dans l'équipe du Moulin à paroles, n'a aimé se faire traiter de terroriste! Je crois qu'il a parlé trop rapidement. Il aurait dû se tourner la langue sept fois!» a-t-elle ensuite ajouté en entrevue avec Le Soleil.
La codirectrice a rappelé que le Moulin à paroles était une entreprise créée sur une base bénévole et qu'elle ne laisserait personne décider de ce qui en ferait partie ou non. «Le manifeste du FLQ est là pour rester. Cet événement, c'est notre vision à nous de la littérature, de l'histoire, et c'est le résultat de trois mois de travail», poursuit-elle.
Intimidation et chantage
Mme Haentjens considère comme une tentative d'intimidation et une forme de chantage l'intervention du ministre Hamad, qui a déclaré que le gouvernement du Québec ne verserait pas un sou pour la tenue de l'événement.
«Ce n'est pas directement de la censure, mais on nous dit que parce qu'on lira le manifeste du FLQ, on ne nous donnera pas un sou. Dans un pays démocratique, c'est très surprenant. Ce ne sera pas drôle si le ministre se met à se mêler du contenu de certaines pièces», enchaîne la metteure en scène d'origine française.
Celle-ci refuse d'autre part de voir des similarités entre la controverse suscitée par le Moulin à paroles et celle qu'avait suscité plus tôt cet été le projet de reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham, qui a finalement été abandonné. «Ce sont deux choses bien différentes. La reconstitution n'était pas un événement artistique, c'était le gouvernement canadien, qui est supposé représenter toute la population, qui avait payé du monde pour faire ça. Dans notre cas, nous sommes une entreprise citoyenne tout à fait libre», poursuit-elle.
Mme Haentjens signale toutefois qu'elle s'attendait à recevoir de l'argent du gouvernement du Québec. «S'il refuse de nous financer, pourquoi donne-t-il de l'argent à d'autres événements?» s'interroge-t-elle.
Dérapage
Les organisateurs du Moulin à paroles risquent toutefois d'attendre longtemps les excuses publiques qu'ils ont demandées au ministre Sam Hamad. Hier, son attaché de presse Alexandre Boucher a déclaré que le ministre n'avait pas l'intention de s'excuser et qu'il gardait la même position que vendredi.
«Quant au refus de retirer le manifeste du FLQ, le ministre considère que de lire ce texte dans un événement à forte teneur souverainiste et patriotique constitue un dérapage qu'il faut dénoncer», conclut M. Boucher.