Une ville plus belle, plus vivante et qui offre une meilleure qualité de vie avec ses nouveaux parcs, pistes cyclables, promenades et espaces publics.
Une ville plus verte et plus propre. La grande criminalité a continué de baisser et les citoyens se sentent généralement plus en sécurité.
La population et le tourisme sont en hausse, l'économie a été florissante et l'architecture plus créative. Le boum immobilier a même traversé la Hudson River et fait exploser Jersey City, face à Manhattan.
La ville est plus fière et ses citoyens plus engagés dans leur communauté depuis qu'ils ont traversé ensemble l'épreuve du 11 septembre.
Jadis réputés pour leur indifférence et leur égocentrisme, les New-Yorkais sont plus serviables, plus accueillants, plus engagés.
Dans le métro, les affiches invitent les voyageurs à dénoncer ce qui leur semble suspect. «You see something, say something.»
«La responsabilité individuelle a changé», constate John Parisella, délégué du Québec à New York.
L'attentat du World Trade Center avait fait craindre le retour des «bad old days», rappelait cette semaine le maire Michael Bloomberg. Il s'est produit exactement le contraire.
Le quartier Lower Manhattan, dévasté par l'effondrement des tours jumelles, est devenu un quartier trendy, où accourent désormais les professionnels et les jeunes familles.
La population du quartier a plus que doublé en 10 ans. On y a construit 25 nouveaux immeubles résidentiels et transformé une centaine d'édifices à bureaux en logements.
Tous les indicateurs et témoignages vont dans le même sens : New York se porte mieux que jamais et Lower Manhattan est en pleine effervescence.
Personne ne dira que c'est grâce au 11 septembre, mais il est clair que l'attention politique et l'investissement public pour reconstruire ont accéléré la relance du quartier.
New York n'oubliera jamais le 11 septembre, insiste le maire Bloomberg. Mais le moment est venu, croit-il, de cesser de parler de «Ground Zero» et de désigner le secteur pour ce qu'il est : le World Trade Center.
Une première tour de 52 étages, le 7 WTC, a été reconstruite et ouverte en 2006. Deux autres sont en chantier, dont le One World Trade Center, qui dépasse actuellement les 50 étages et grandit au rythme de un étage par semaine.
Il sera complété en 2013 et comptera alors 104 étages habitables, 6 de moins que les tours jumelles, mais 18 de plus que l'Empire State Building.
Plusieurs auraient voulu reconstruire plus haut encore, pour montrer que New York ne s'en laisserait pas imposer.
D'autres ne rien construire du tout, ou seulement des structures évoquant les tours disparues.
Le One WTC culminera avec l'antenne à 1776 pieds, 400 pieds de plus que les tours jumelles. Le chiffre évoque la date de l'indépendance américaine.
«1776 pieds, n'est-ce pas merveilleux», commente Tracy Gazanni, qui a perdu son fils dans l'attentat du 11 septembre et qui guide aujourd'hui des visites de Ground Zero.
Cette tour devait initialement s'appeler «Freedom Tower», une réponse forte et directe à l'attaque du 11 septembre.
Le nom a cependant soulevé des critiques. Barry Brennan, un pompier canadien débarqué à Ground Zero quelques jours après l'attentat, est de ceux qui ont douté du choix. «Pourquoi ce patriotisme?»
Le New York Port Authority a finalement statué que la tour s'appellerait One World Trade Center, un nom auquel les gens allaient plus facilement s'identifier.
L'idée des 1776 pieds est restée, mais les lignes de la tour seront plus sobres que celles d'abord envisagées.
Au lendemain du 11 septembre, plusieurs ont cru que l'avenir économique de New York allait dépendre de la relance du World Trade Center.
D'autres y ont vu une occasion de créer un immeuble unique qui allait redéfinir le skyline de New York et émerveiller le monde.
«L'architecture peut donner un sens à la vie», philosophe Paul Goldberger, critique d'architecture du magazine New Yorker.
Il perçoit que le nouveau World Trade Center ne sera rien de cela.
Ni un chef-d'oeuvre d'architecture ni le nouvel immeuble phare du développement durable.
«Le WTC n'aura pas été si important dans la relance de New York qu'on l'avait d'abord cru», évalue-t-il. Vu le résultat, il croit que c'est mieux comme ça.
Le nouveau WTC est le résultat de compromis d'architecture et a été beaucoup critiqué. Mais il a aussi été salué pour ses qualités urbaines.
Les voisins n'avaient jamais aimé les tours jumelles, dressées sur une plaza aseptisée en béton, selon un modèle dépassé des années 60.
Le nouveau WTC va recréer des trames de rues et sera mieux branché sur son voisinage, plus accessible et plus vert avec son jardin et le Mémorial du 11 septembre.
Celui-ci fait cette fois l'unanimité, tant pour sa symbolique que pour son apparence.
Deux grandes fontaines épousant l'empreinte des anciennes tours. L'eau y tombe en cascade et disparaît par un trou au centre. Le mouvement évoque la chute et l'implosion; symbolise un vide sans fond.
Sur les rebords des fontaines, les noms de victimes gravés dans la pierre, et tout autour, 450 chênes symbolisant l'espoir et le renouveau.
Carl Weisbrod travaillait dans le quartier des affaires le matin du 11 septembre. Il a vu le deuxième avion s'enfoncer dans la tour et revoit les images des désespérés qui sautaient dans le vide.
Il y est retourné chaque jour après le drame et a présidé l'Alliance for Downtown New York, qui fut un joueur clé dans la relance de Lower Manhattan.
Outre les pertes humaines et le traumatisme collectif, «le moteur économique du World Trade Center était détruit et le quartier, paralysé», rappelle-t-il.
Comment l'économie de New York allait-elle pouvoir survivre à la perte de tous ces espaces à bureaux? Qui voudrait encore faire des affaires à New York?
Il fallait trouver le moyen de «se servir de la tragédie pour créer un quartier meilleur qu'avant», relate M. Weisbrod.
Les premiers efforts de «stabilisation» ont visé les citoyens et les commerçants de Lower Manhattan. Il fallait les convaincre de ne pas fuir. «Les New-Yorkais sont résilients... C'est grâce à eux que le quartier a survécu», croit-il.
Non seulement New York était blessée physiquement, mais la «marque New York» était «challengée», constate alors le Wall Street Journal.
Il ne suffirait pas de reconstruire des bureaux; il faudrait restaurer l'image de la ville et l'idée du «rêve américain».
Le créateur de la célèbre campagne «I love New York», une des plus réussies de l'histoire du marketing, fut de nouveau approché.
Milton Glaser n'avait touché aucun droit d'auteur sur son premier logo. L'histoire se terminera encore en queue de poisson.
M. Glaser proposait d'ajouter au logo «I love New York» trois mots inspirés du 11 septembre : «More than ever». Il ajoutait aussi une tache noire dans le bas du coeur rouge, évoquant l'endroit où New York avait été touchée.
L'idée fut rejetée. Les autorités publiques n'ont pas voulu montrer un coeur blessé : «Le coeur de New York est plus gros et plus fort que jamais», avait alors expliqué David Catalfamo, commissaire à l'Empire State Development Corporation, organisme public de développement économique.
L'histoire est racontée par la professeure Miriam Greengerg, dans le livre Branding New York, comment une ville en crise a été vendue au monde.
L'immeuble a poussé à quelques pas de l'hôtel de ville et de Ground Zero. Il a été inauguré le printemps dernier.
New York by Gehry. Une magistrale flèche de métal tordu pointant à 76 étages. La plus haute tour résidentielle en Occident, dit la publicité.
C'est le plus «remarquable gratte-ciel construit à New York» depuis près de 50 ans, a écrit le critique d'architecture du New York Times.
En descendant le fleuve Hudson en bateau au soleil couchant, il m'a semblé ne voir que lui. Une colonne de feu au coeur de Lower Manhattan.
Selon l'angle d'où on le regarde, des lignes tantôt sobres et élégantes, tantôt déformées avec exubérance. On y reconnaît la signature de l'architecte Frank Gehry (Musée Guggenheim de Bilbao).
Le basilaire est enveloppé de briques rouges et loge une école primaire pour 600 élèves, un hôpital, des espaces communautaires, ce qui n'est pas banal.
La tour a coûté 875 millions $. Les prix de location des 903 logements commencent à 50 000 $ par mois.
«La créativité n'a pas changé à New York. Les esprits libres et innovateurs peuvent s'y exprimer», dit constater le délégué du Québec John Parisella.