Une décennie plus tard, le géant américain demeure, de loin, le principal acheteur de produits québécois. Par contre, il dépense moins - 40,1 milliards $ en 2010 - et sa part dans le montant total des exportations québécoises à l'étranger a chuté à 69 %.
Pour le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, la hausse de la valeur de la devise canadienne par rapport au dollar américain - elle valait 62 ¢ au moment des attentats du 11 septembre 2001 et elle est aujourd'hui à parité avec le billet vert américain - et la concurrence grandissante des économies émergentes ont complètement modifié le portrait.
Par exemple, les exportations québécoises vers la Chine ont bondi de 328 millions $ à 1,6 milliard $ entre 2000 et 2010.
«La montée du dollar a forcé les entreprises à devenir plus innovantes, à devenir nettement plus productives et à diversifier leurs marchés en regardant ailleurs qu'aux États-Unis pour vendre leurs produits, notamment du côté de la Chine et de l'Inde, les deux nouvelles locomotives de l'économie mondiale», affirme Clément Gignac.
Retards coûteux
Pour Pierre Dolbec, pdg de Dolbec International, un courtier en douane de Québec oeuvrant dans le domaine de l'import/export et qui compte 1500 clients, beaucoup d'entreprises ont tout simplement décidé d'aller voir ailleurs en raison des nombreuses contraintes imposées par les gouvernements au commerce entre les deux pays. Des formalités administratives et des inspections aux postes frontaliers qui causent des retards dans la livraison des biens et entraînent des coûts supplémentaires aux entreprises.
«Entre 30 % et 40 % de nos clients qui, jadis, travaillaient exclusivement avec les États-Unis font maintenant des affaires ailleurs dans le monde», soulève M. Dolbec, qui déplore que les mesures de sécurité et de contrôle n'aient pas cessé de s'intensifier depuis le 11 septembre 2001. L'Agence des services frontaliers du Canada a pondu un Régime de sanctions administratives pécuniaires regroupant pas moins de 372 pénalités qui guettent les entreprises à chaque détour.
À l'instar de Clément Gignac et de Pierre Dolbec, Yan Cimon, professeur de management à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, soutient que les entreprises se sont bien adaptées à la nouvelle conjoncture. Le taux de chômage qui était de 8,2 % en juillet 2001 - avant de grimper à 9,7 % en janvier 2002 - est aujourd'hui à 7,2 % au Québec.
«Des entreprises ont choisi de contourner les difficultés aux douanes en allant ouvrir des filiales en sol américain. En plus, ça leur donne un accès direct au marché des appels d'offres publics», signale M. Cimon.
La productivité mise à mal
Selon ce dernier, les suites des attentats contre les États-Unis ont eu des conséquences néfastes sur la productivité des entreprises. Il rappelle qu'au milieu des années 90, les entreprises avaient réussi à accroître leur productivité en adoptant le concept de la livraison «juste à temps» qui permet de réduire les inventaires et de diminuer les cycles de production. Comme les retards à la frontière sont monnaie courante et qu'il est maintenant plus difficile de garantir une livraison à temps à un client, les économies réalisées en matière de productivité se sont envolées.
Pour le ministre Clément Gignac, il est important que les États-Unis et le Canada poursuivent les discussions pour assurer un passage fluide des biens à la frontière. La création d'un périmètre de sécurité nord-américain - un projet auquel tiennent le président Barack Obama et le premier ministre Stephen Harper, mais qui est fortement contesté au Canada - pourrait permettre «d'éliminer des irritants» qui nuisent au commerce transfrontalier, croit M. Gignac en affirmant que, plus que jamais, les économies des deux voisins sont intégrées et interdépendantes.