De l'écran aux planches...

Frédéric Dubois... (Le Soleil,  Jean-Marie Villeneuve)

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Frédéric Dubois

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) L'automne 2016 en est un de changements pour Frédéric Dubois et Marie-Hélène Gendreau. Le premier a troqué son poste de coordonnateur artistique au Périscope pour un rôle de direction à l'École nationale de théâtre... Et la seconde lui a succédé à la barre de la salle de la rue Crémazie. Le hasard fait que l'un et l'autre signent la mise en scène de pièces qui prennent l'affiche simultanément et qui revisitent des univers qui ont marqué les imaginaires à l'écran : Les bons débarras de Réjean Ducharme au Trident et Les marches du pouvoir de Beau Willimon (le créateur de la série de Netflix House of Cards) à La Bordée.

Frédéric Dubois toujours d'actualité

«Je suis juste heureux de faire un autre Réjean Ducharme!» lance Frédéric Dubois au milieu de notre entrevue. Vrai qu'entre Ha ha!, Dévadé, Ines Pérée et Inat Tendu et autre Cid maghané, le metteur en scène s'est souvent frotté à la plume du discret écrivain. Et il n'a selon ses dires pas hésité une minute avant de reprendre du service pour faire passer de l'écran aux planches l'univers des Bons débarras.

«Ce que ça dit, c'est que Ducharme est complètement intégré dans notre répertoire, estime Dubois. On est capable de reprendre ses oeuvres les plus fortes, de les relire, de les reraconter. Ce sont les oeuvres fortes qui permettent ça. Elles n'ont pas vieilli d'un iota.»

Porté avec brio par Marie Tifo et la jeune Charlotte Laurier, le duo mère-fille du film scénarisé par Ducharme et réalisé par Francis Mankiewicz a marqué les cinéphiles. Pour la première fois, on le verra revivre sur scène sous les traits d'Érika Gagnon (Michelle) et des comédiennes adolescentes Léa Deschamps et Clara-Ève Desmeules, qui camperont le rôle de Manon en alternance. 

«J'étais vraiment convaincu que cette écriture-là était faite pour la scène, assure Frédéric Dubois. On le voit dans le film, d'ailleurs. Il est admirablement bien fait parce qu'il a réussi, dans le cadre du cinéma, à mettre en scène cette langue-là. C'est loin d'être une langue naturelle. Il y a de la musique dans l'écriture, de la rythmique dans la manière de se lancer les phrases qu'on voit très rarement au cinéma. Donc je n'avais aucune crainte que ça ne passe pas sur scène, parce qu'au théâtre, cette langue-là est possible.»

Le film aborde des thèmes qui sont toujours d'actualité 36 ans plus tard, selon Frédéric Dubois. «C'est dans la violence de l'infantilisation qu'on se fait vivre. Et de l'obéissance dans laquelle on s'oblige à vivre, résume-t-il. Ducharme le dit dans toutes ses oeuvres : "Si tu abdiques, tu es mort". En même temps, il nous dit : "Tu n'as pas le choix d'abdiquer parce que tu vas vieillir, que tu vas répondre à des codes et tu vas devenir comme un adulte". C'est une pièce qui parle de l'affranchissement, de comment exister par soi-même. Pour Michelle, c'est en aidant. Pour Manon, c'est en prenant toute la place...»

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Les bons débarras
  • Quand: du 1er au 26 novembre
  • : Trident (Grand Théâtre)
  • Billets: 40 $ à 45 $
  • Info: letrident.com

Marie-Hélène Gendreau: jeux de coulisses

Marie-Hélène Gendreau... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 6.0

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Marie-Hélène Gendreau

Le Soleil, Patrice Laroche

Le 8 novembre, alors que nos voisins du Sud seront appelés aux urnes, La Bordée tiendra sa propre soirée électorale. Une rencontre avec le public était déjà prévue au théâtre, qui a justement choisi de souligner l'élection présidentielle en programmant la pièce Les marches du pouvoir de Beau Willimon. L'occasion était belle d'ancrer encore un peu plus dans le réel cette oeuvre cinglante sur les coulisses du pouvoir. 

«On a demandé à La Bordée qu'ils diffusent [les résultats] en même temps que l'échange avec les artisans du spectacle... Ça va être fantastique!» se réjouit la metteure en scène Marie-Hélène Gendreau. 

Avant de faire un tabac en adaptant pour Netflix la série politique britannique House of Cards, l'auteur américain Beau Willimon avait déjà mordu dans les magouilles politiques en signant Farragut North, inspirée de son expérience dans l'organisation du gouverneur Howard Dean lors des primaires de 2004. Portée à l'écran par George Clooney en 2011 (avec Ryan Gosling, notamment), la pièce a fait l'objet d'une première adaptation québécoise sous la plume de David Laurin. 

Course à l'investiture démocrate

Les marches du pouvoir nous guide dans les dessous d'une course à l'investiture démocrate où un simple faux pas d'un attaché de presse aura des conséquences dramatiques. «Beau Willimon était dans le monde politique. Il a vu les magouilles... Il a vu les comportements humains aller à l'extrême aussi. Il a sûrement vu des descentes arriver comme ça en si peu de jours. Une mauvaise décision, une curiosité ou une soif de pouvoir un peu déplacée et hop, c'est foutu...» explique Marie-Hélène Gendreau, saluant du même coup le côté accessible de la pièce, qui ne s'adresse pas qu'aux experts en politique américaine. «Il est brillant parce qu'il arrive à ce que personne ne se sente niaiseux. Il ne faut pas être un fin connaisseur pour y trouver son compte», observe-t-elle. 

Marie-Hélène Gendreau décrit la pièce comme un suspense. «Les scènes sont très verbeuses, évoque-t-elle. C'est de l'hyperréalisme... Parfois, on pense que le théâtre réaliste est plus facile à trouver parce que ça semble près de nous. Mais c'est dur à faire parce qu'il faut avoir la bonne dose de feu au coeur pour réussir à transporter tous les enjeux du spectacle. Faut que l'acteur soit chargé pour que ça passe et que ça nous tienne en haleine. C'est vraiment des performances d'acteurs. On a vraiment fouillé ça... Et ils sont bons!»

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Les marches du pouvoir
  • Quand: du 1er au 26 novembre
  • : La Bordée
  • Billets: 28 $ à 38 $
  • Info: bordee.qc.ca

Questions/réponses

Q Est-ce risqué de s'attaquer sur les planches à une oeuvre qui a marqué l'imaginaire à l'écran?

Frédéric Dubois : On savait en faisant Les bons débarras qu'on serait toujours questionnés sur Charlotte Laurier. Mais je suis sûr que ça va prendre deux minutes et demie dans la salle et plus personne ne va penser à ça. Très rapidement, on s'est rendu compte que ce rôle ne pourrait pas ne pas être joué par une enfant. Charlotte Laurier était bonne parce que le personnage de Manon est tellement vrai et précis dans sa crise, dans son adolescence, dans son besoin d'amour... Il n'y a que les adolescents pour comprendre ça. Il faut cette pureté-là. Les filles, je n'ai pas besoin de leur dire ce que Manon vit. Elles comprennent très bien. 

Marie-Hélène Gendreau : Les gens connaissent beaucoup House of Cards, mais en faisant Les marches du pouvoir, je ne me dis pas qu'il faut que House of Cards soit sur la scène de La Bordée. C'est sûr qu'il y a beaucoup de parenté entre ces deux oeuvres-là. Ça vient du même milieu. Mais j'essaie de ne pas être trop à la mode. Dans une mise en scène, j'essaie tout le temps avec les concepteurs qu'on s'étonne. On ne peut pas réussir à faire une télésérie ou un film sur scène et, de toute façon, l'intérêt n'est pas là. 

Q Quel est le principal défi dans ce type d'adaptation?

Frédéric Dubois : La question qu'on s'est posée avec les concepteurs, c'est : «Qu'est-ce que le théâtre peut faire que le cinéma ne pouvait pas faire?» Le théâtre peut faire de l'évocation. Manon se sent enfermée, mais ce n'est pas important qu'il y ait des murs ou pas sur scène. Le réalisme n'est pas important. Au théâtre, il y a plus d'espace pour la poésie, alors on pousse là-dessus. 

Marie-Hélène Gendreau : Quand j'avais fait Trainspotting, le film était vraiment très ancré dans les mémoires. Dans le cas des Marches du pouvoir, ça n'a pas nécessairement été un très grand succès. Mais en même temps, on parle de Ryan Gosling et de George Clooney... Ç'a quand même été vu. C'est sûr qu'on a ça en tête, mais moi, je repars toujours du texte. Qu'est-ce qu'il me fait, ce texte-là? Tant mieux si les gens voient les clins d'oeil dans ce qu'on fait sur scène. Mais tant mieux s'ils l'oublient aussi et qu'ils se laissent raconter une histoire.

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