L'orangeraie de Larry Tremblay : «Malheureusement d'actualité»

Le dramaturge Larry Tremblay sera de passage à... (La Presse, Olivier Jean)

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Le dramaturge Larry Tremblay sera de passage à Québec à l'occasion d'une entrevue devant public tenue à la Maison de la littérature, le 29 avril.

La Presse, Olivier Jean

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(Québec) Huit ans après l'idée originale qui a lancé le projet et deux années et demie après sa publication, le roman L'orangeraie demeure criant d'actualité. «Malheureusement», soutient son auteur, Larry Tremblay.

Le jour de notre entretien, la semaine dernière, les nouvelles en avaient apporté une autre preuve. L'Agence France-Presse publiait alors l'histoire d'un adolescent afghan de 15 ans arrêté in extremis avant qu'il ne commette un attentat-suicide devant le bureau d'un gouverneur de la région de Kandahar. Il s'appelle Mohibullah, il aurait tout aussi bien s'appeler Amed ou Aziz. C'est le nom des jumeaux imaginés par Larry Tremblay dans son roman, dont l'adaptation théâtrale prend l'affiche du Trident mardi.

Les personnages de Tremblay ont neuf ans et ils habitent un pays en guerre qui n'est jamais nommé. Dans le verger familial, ils vivent une enfance somme toute heureuse, jusqu'à ce qu'une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Leur père sera invité à assouvir sa soif de vengeance en sacrifiant l'un de ses fils. Reste à savoir lequel des deux aura «l'honneur» de porter la ceinture d'explosifs... 

«L'idée de L'orangeraie m'est arrivée il y a huit ans déjà. Je n'avais pas en tête tous ces attentats. Mon projet n'était pas de parler d'attentats, mais plutôt de conflits ethniques. Je me questionnais sur pourquoi on ne trouve pas de solutions à ces conflits», explique l'auteur. Il a voulu faire un «effort d'imagination» pour se projeter dans la peau de ce père qui accepte de transformer son enfant en martyre. 

«C'est sûr que dans notre contexte québécois ou nord-américain, ça n'a aucun sens. Mais ça se passe tous les jours ailleurs», évoque Larry Tremblay, qui ne doute pas de l'amour que ces parents portent à leur famille. «Mais il y a d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte, ajoute-t-il. Je voulais créer cette tension tragique et montrer à des lecteurs occidentaux, parce que je ne savais pas à l'époque que le roman aurait une vie ailleurs, à quel point c'est difficile pour les gens qui vivent ces situations. Je voulais qu'on suspende le jugement et qu'on se mette à leur place, par empathie.»

Notamment récompensé du Prix des libraires et du Prix littéraire des collégiens, le roman a résonné fort. Et pas que dans notre coin du monde : il rejoindra sous peu des lecteurs dans 13 pays. Outre l'adaptation théâtrale signée par Tremblay lui-même, L'orangeraie pourrait être porté à l'écran, laisse entendre l'auteur, selon qui le projet n'en est toutefois encore qu'au stade préliminaire. 

Questions

Présentée dans les dernières semaines au Théâtre Denise-Pelletier, à Montréal, la pièce marque une cinquième collaboration entre Larry Tremblay et le metteur en scène Claude Poissant. «Dieu sait que c'est un cadeau de travailler avec quelqu'un à qui on n'a pas besoin d'expliquer parce qu'il comprend d'emblée ce qu'on fait», avance le dramaturge. Il se réjouit de l'accueil réservé à la pièce par le public de la métropole, particulièrement des réactions des plus jeunes spectateurs. 

«J'ai assisté à quelques entretiens avec des jeunes du collège et du secondaire après des représentations, relate Larry Tremblay. Ça les fait réfléchir sur eux-mêmes. Le spectateur adulte va plutôt s'identifier aux parents. Il va souffrir du déchirement des décisions, de ce choix tragique. Le plus jeune va s'identifier plutôt à Amed et Aziz. Et il se demande jusqu'où il irait. Est-ce qu'il irait jusqu'à tuer pour défendre un pays, une idéologie, une religion? Ça les amène à se questionner sur cette situation limite et à définir leurs propres valeurs.»

Larry Tremblay lui-même a fait face à son lot de questionnements lorsqu'il s'est attaqué au sujet des conflits armés, d'abord dans la pièce Cantate de guerre, présentée au Théâtre d'aujourd'hui à l'automne 2011, puis en approfondissant sa réflexion avec L'orangeraie. «J'avais des réticences, confie-t-il. Je me demandais si moi, Larry Tremblay, auteur québécois, je pouvais me permettre d'écrire sur une guerre lointaine très brutale autour d'un conflit ethnique. Est-ce que j'ai les compétences pour en parler? Est-ce que dans mon confort québécois, je peux le faire?»

L'auteur a transféré son «questionnement intérieur» au personnage de Mikaël, un metteur en scène interprété dans la pièce par Vincent-Guillaume Otis et qui peinera à trouver la réponse. Larry Tremblay, lui, a trouvé la sienne dans une certitude que la littérature québécoise doit constamment élargir ses horizons. 

«Je pense qu'on doit de plus en plus s'ouvrir sur le monde, questionner les enjeux globalisés du monde dans lequel on vit. On ne peut pas toujours se replier sur soi-même et parler de choses qui nous touchent directement. Il faut parler du monde en entier.»

Larry Tremblay prendra part à un entretien devant public animé par David Desjardins à la Maison de la littérature le 29 avril. Infos et réservation au 418 641-6797 ou www.maisondelalitterature.qc.ca 

Le premier contact de Larry Tremblay avec le... (La Presse, Olivier Jean) - image 4.0

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Le premier contact de Larry Tremblay avec le théâtre est passé par la télévision avec La Ribouldingue, une émission pour enfants qu'il trouvait très théâtrale, 

La Presse, Olivier Jean

Questions/réponses

Q Quel a été votre premier contact avec le théâtre?

R Ç'a commencé très jeune. Ç'a passé par la télévision avec La Ribouldingue. À l'époque, je trouvais que c'était une émission très théâtrale, selon mes critères à moi. Je pense que c'est là que j'ai compris la beauté des textes de théâtre. Ça passait par les clowns. Jean-Louis Millette jouait Paillasson et j'ai eu l'honneur de travailler avec lui dans ma pièce The Dragonfly of Chicoutimi

Q Pouvez-vous citer une chose que le théâtre vous a enseignée?

R Le collectif. On ne peut pas faire de théâtre tout seul. C'est une équipe. Il faut un texte, oui, mais ça prend des concepteurs, des producteurs, ça prend un lieu et ça prend des spectateurs. C'est un art du collectif et c'est dans le moment présent. Ça se passe là, maintenant. 

Q En tant qu'auteur, avez-vous le trac quand une de vos pièces prend l'affiche?

R J'ai toujours une espèce de fébrilité. Mais je suis le genre d'auteur qui s'assied parmi les spectateurs le soir de la première. J'ai toujours fait ça. Je fais partie du collectif. Mais on devient extrêmement sensible parce qu'on entend tout : les déplacements, si quelqu'un déballe un bonbon... On l'entend 10 fois plus fort que n'importe qui dans la salle. On devient un amplificateur!

Q Quel sera votre prochain projet?

R J'ai deux nouveaux textes de théâtre qui seront produits à l'automne et qui seront annoncés bientôt. Et si tout va bien, j'ai aussi des romans qui vont arriver à l'automne. 

Q Un mot pour résumer l'expérience théâtrale à vos yeux?

R Arc-en-ciel. D'abord parce qu'il y a plusieurs subjectivités apportées par tous les créateurs. Il y a une uniformité, on doit faire la synthèse de toutes ces couleurs et l'offrir. Dans ce mot, il y a «arc» : on décoche quelque chose, il y a comme une flèche qu'on lance. Et dans le mot «ciel», on a espoir que ce soit un beau ciel... Il y a quelque chose de positif là-dedans.

À l'affiche

Quoi : L'orangeraie

Texte : Larry Tremblay

Mise en scène : Claude Poissant

Interprètes : Gabriel Cloutier-Tremblay, Éva Daigle, Philippe Durocher, Ariel Ifergan, Jean-Moïse Martin, Vincent-Guillaume Otis, Daniel Parent, Jack Robitaille, Mani Soleymanlou, Sébastien Tessier

Quand : du 26 avril au 21 mai

Où : Trident, salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre 

Billets : de 34 $ à 45,50 $

Info : 418 643-8131 ou www.letrident.com

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