Agnès Zacharie et Henri-Louis Chalem: voyages et proximité

Henri-Louis Chalem, directeur technique, et Agnès Zacharie, directrice... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Henri-Louis Chalem, directeur technique, et Agnès Zacharie, directrice artistique de la compagnie Ubus Théâtre, présenteront dès le 20 avril Caminando & Avlando.

Le Soleil, Erick Labbé

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Bas les masques

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CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) La genèse et le contenu du spectacle Caminando & Avlando d'Ubus Théâtre s'apparentent à une sorte de poupée russe : une histoire extraordinaire en renferme une autre, qui en cache une troisième... Pourtant, «tout est vrai», jurent Agnès Zacharie et Henri-Louis Chalem, respectivement directeurs artistique et technique de la compagnie.

Retour à la première inspiration. Alors qu'ils transportent l'autobus scolaire qui leur sert de théâtre de poche à Dieppe, en 2008, Agnès Zacharie et son équipe frappent un mur. La tournée à peine amorcée, leur véhicule jaune tombe en panne, victime d'un bris mécanique majeur qui les force à reporter des représentations. Pour la femme de théâtre, le niveau de stress augmente et augmente. Et la réaction est physique : ses mains se couvrent de ce qu'elle décrit comme une «crise d'urticaire géante». C'est alors que son complice Henri-Louis Chalem lui propose un remède puisé dans son enfance... et dans la Manche. 

«Il est revenu avec une bouteille d'eau de mer et m'a dit d'en mettre chaque soir sur mes mains en disant : "todo el mal a la mar". Tout le mal à la mer», raconte Zacharie. La phrase a été empruntée à la grand-mère de Chalem, une femme au destin prodigieux qui a miraculeusement échappé aux camps de concentration nazis en fuyant la Grèce pour rejoindre en Égypte son cousin, dont elle était amoureuse. De fuites en exils, elle a finalement trouvé une terre d'accueil au Brésil, où elle a installé les siens. C'est d'ailleurs là qu'Henri-Louis a grandi, avant de s'établir au Québec. 

«J'ai vraiment cru en elle, relate Agnès Zacharie. J'ai prié en pensant à cette femme que je ne connaissais pas. Une semaine plus tard, le bus était réparé, mes mains étaient guéries, la tournée pouvait continuer.»

Et l'inspiration pour ce qui allait devenir la quatrième création d'Ubus Théâtre était née. C'est le parcours hors du commun de cette grand-mère, Jeanne Nadjari, qu'une trentaine de spectateurs à la fois seront invités à découvrir dans l'autobus jaune qui se stationnera cette semaine à côté du Périscope. «La grande histoire qui a influencé sa vie est racontée par des vidéos et des photos. La petite histoire, son histoire personnelle à elle, est traduite avec des marionnettes et des petits objets», résume Agnès Zacharie. 

Du bus à l'avion

Le temps du docu-fiction Caminando & Avlando, le bus d'Ubus se transforme en avion. Parce que c'est sur la voie des airs qu'un autre chapitre extraordinaire - et, avouons-le, plutôt triste - de ce périple a été écrit... Malade et vieillissante, la «Nona» d'Henri-Louis Chalem l'a un jour contacté pour lui dire qu'elle s'ennuyait de lui et qu'elle souhaitait le voir. Très occupé au travail, le petit-fils a repoussé un peu le voyage, jusqu'à ce qu'un contrat l'amène justement au Brésil. Il a voulu préserver le secret de sa visite pour surprendre sa grand-mère, qui est décédée alors qu'il volait vers elle. 

«On dirait qu'après, je l'ai beaucoup cherchée, confie-t-il. Je m'en voulais de lui avoir dit que je n'avais pas le temps, de ne pas avoir mis mes priorités à la bonne place. Quand quelqu'un de 89 ans t'appelle et dit qu'elle veut te voir, tu te démerdes. Tu prends ta carte de crédit et tu y vas! Je ne l'ai pas fait...»

Quelques années auparavant, Henri-Louis Chalem avait interviewé sa «Nona» à la caméra. Il a songé à en faire un documentaire, avant de miser sur le théâtre. «Le film aurait été diffusé 10 fois si je suis chanceux, estime-t-il. Puis il aurait été mis dans un tiroir et il serait tombé dans l'oubli. Là, ça fait plus de 120 fois que je fais parler ma grand-mère, que je la montre aux gens et que ça ouvre une discussion.»

Chuchoter à l'oreille

De ses débuts à Tadoussac, où Agnès Zacharie avait choisi de transformer en théâtre ambulant l'autobus qui appartenait à son défunt père, à une boucherie du quartier Saint-Sauveur convertie en atelier de création, Ubus a en a fait du chemin. «Sur la promenade, à Tadoussac, on faisait concurrence aux baleines... se souvient l'auteure et comédienne. Ça nous est arrivé de jouer devant deux personnes. On a travaillé vraiment très fort dans les débuts de ce projet-là.»

La compagnie peut maintenant compter sur trois bus (un en France, un au Brésil et un au Québec) et mise sur les associations avec des théâtres plus institutionnalisés pour faire rayonner sa mission de poésie et de proximité. Coproduit par le Théâtre La Comète de Châlons-en-Champagne,

Caminando & Avlando fait officiellement partie de la programmation du Périscope même si la pièce n'occupe pas la salle. La prochaine création d'Ubus, Le piano à voile, fera de même l'année prochaine.  

«C'est un privilège d'être presque à chuchoter dans l'oreille du spectateur, note Agnès Zacharie. C'est une mission qu'on s'est donnée à la base, d'aller à la rencontre des gens. Mais juste en étant inclus dans une programmation, on sent qu'on fait partie de l'événement théâtral, de la vie théâtrale d'une ville. Ça fait en sorte qu'Ubus Théâtre est plus dans la lumière... Sinon, tu peux nous confondre dans un stationnement! Parce que j'ai volontairement voulu que ça demeure un véhicule scolaire...»

Questions/réponses

Quel a été votre premier contact avec le théâtre?

Agnès Zacharie : Le théâtre Parminou était venu dans mon école. Ou sinon, ils diffusaient des tragédies à Radio-Canada et j'adorais ça! Et la première fois que j'ai joué, c'était La chèvre de monsieur Séguin...

Henri-Louis Chalem : C'était au Brésil avec le théâtre Macunaima. J'ai commencé à étudier le théâtre là-bas avant de partir et à faire du théâtre semi-professionnel. 

Q Qu'est-ce que la proximité apporte à vos créations?

Agnès Zacharie : On ne doit pas mentir. Ça apporte la vérité. C'est tellement un petit espace, tu ne peux pas te sauver. On n'a pas la distance. 

Henri-Louis Chalem : Pour moi, c'est la rencontre. On va vraiment à la rencontre du public. 

Q Quelles sont les limites de l'autobus?

Agnès Zacharie : Il n'y en a pas... À part peut-être sa mécanique!

Henri-Louis Chalem : La limite, c'est 32 personnes...

Agnès Zacharie : ...mais on a déjà fait entrer 50 personnes dans le sud de la France. Jusqu'à quatre par bancs, avec des enfants assis sur leurs parents. Et du monde à genoux dans l'allée. 

Henri-Louis Chalem : Ce que je veux dire, c'est que parce que c'est un petit lieu, ça limite un peu. Ça peut paraître cher pour les diffuseurs. On serait sûrement beaucoup plus diffusés si on pouvait jouer pour 200 ou 300 personnes à la fois. On aurait tourné beaucoup plus au Brésil ou en France, par exemple. 

Agnès Zacharie : On a un travail à faire avec ça, mais on y arrive avec des associations et des théâtres. 

Q Quelle est la dernière chose à laquelle vous pensez quand vous fermez la porte du bus avant une représentation?

Agnès Zacharie : C'est terrible, mais ce n'est même pas artistique! Je me demande toujours si on a la bonne température. Est-ce qu'il fait trop chaud? Est-ce qu'il faut mettre la climatisation? Une fois que ça c'est fait, il faut prendre une bonne respiration et faire le vide. On n'a pas de coulisses. Il faut regarder les spectateurs et se donner un coup de vide avant de pouvoir livrer. 

Henri-Louis Chalem : J'espère qu'il n'y aura aucun problème technique, que tout se passera bien. Même quand je ne joue pas, quand je fais la direction technique et que je conduis l'autobus, je pense à ça. À ce que ça se passe bien, à ce que le public reçoive un très bon spectacle et que ça nous ouvre la porte pour en faire d'autres. 

Q Un mot pour résumer l'expérience théâtrale à vos yeux?

Agnès Zacharie : Je n'ai pas de mot... Je ne sais pas c'est quoi le théâtre, finalement. Ce n'est jamais pareil. L'inconnu, tiens!

Henri-Louis Chalem : Ce sont les architectures éphémères, c'est l'espace de tous les possibles.

À l'affiche

  • Quoi: Caminando & Avlando
  • Texte: Agnès Zacharie
  • Mise en scène: Martin Genest
  • Interprètes: Henri-Louis Chalem, Pierre Robitaille et Agnès Zacharie
  • Quand: du 20 avril au 7 mai
  • : dans l'autobus d'Ubus Théâtre (stationnement du Périscope) 
  • Billets: 22 $ en prévente, 35 $ à partir du 20 avril
  • Info: 418 529-2183 ou www.theatreperiscope.qc.ca
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