Maxime Beauregard-Martin: le vrai, le faux...

Maxime Beauregard-Martin s'est surpris à trouver de la lumière... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Maxime Beauregard-Martin s'est surpris à trouver de la lumière dans les histoires de maison close et de bar clandestin.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) S'il avait été journaliste, Maxime Beauregard-Martin se serait sûrement arraché les cheveux lorsqu'il a perdu une source primordiale au beau milieu d'une enquête. Heureusement pour lui, il écrivait une pièce de théâtre et pas un reportage... Avec Mme G., il a savouré le luxe de passer du réel à la fiction.

La raison qui nous pousse ici à faire le parallèle entre information et art dramatique est bien simple. Il résume d'une part le parcours scolaire du jeune homme, qui a terminé un baccalauréat en journalisme avant de faire ses classes au Conservatoire de Québec. Il explique aussi le mandat de sa compagnie, On a tué la une, où «l'actualité présente ou passée» sert de «piste de décollage à la fiction», selon la description officielle.

Dans la première pièce qu'il a signée, Maxime Beauregard-Martin fera revivre un personnage légendaire des nuits à Québec, Thérèse Drago, rebaptisée Mme G. pour les biens de la cause. Montréalais d'origine, il n'avait jamais entendu parler de cette femme qui a été tenancière du bordel La Grande Hermine puis d'un bar clandestin accueillant les noctambules une fois les débits de boisson légaux fermés. Quand sa coloc lui a mis la puce à l'oreille, il a su qu'il raconterait cette histoire d'une manière ou d'une autre. 

«À un moment donné, je me suis décidé, relate-t-il. J'ai trouvé son adresse et son numéro de téléphone. Je lui ai dit que je trouvais sa vie intéressante, du moins de ce que j'en savais. Que ça m'inspirait pour une création au théâtre. Elle m'a dit que je pourrais aller la voir.»

Restait à savoir quand. Un soir qu'il était bien tranquille à la maison, le téléphone de Maxime Beauregard-Martin a sonné. L'heure de l'entrevue convoitée était arrivée. «Il devait être 23h30, j'étais sur le point d'aller me coucher, rigole-t-il. Je suis monté en haute ville, on a parlé toute la soirée.» 

Avec ses cours de journalisme encore frais en mémoire, l'auteur et comédien avait à coeur d'approfondir son sujet. Il souhaitait rencontrer Mme Thérèse de nouveau... Et il ne s'est pas gêné pour insister. «Une séance d'entrevue, j'avais l'impression que ce n'était pas assez, note-t-il. À un moment donné, j'ai appelé, appelé et appelé. J'étais tannant! Je me suis fait dire : "Heille, là, tu ne peux pas appeler de même tout le temps!"»

Message reçu! Maxime Beauregard-Martin s'est fait oublier... «Finalement, ça n'a plus jamais été possible pour moi de la revoir, raconte-t-il. Je faisais un théâtre documentaire et ma ressource a disparu. Qu'est-ce que je fais? C'est devenu un moteur créatif. Ç'a relancé l'écriture, alors que j'avais l'impression que c'était bloqué.»

Armé de ses notes d'entrevue et des informations puisées dans le livre Les chambres sans fenêtres de Carmen Dallaire (qui a documenté l'époque de La Grande Hermine), il a laissé sa plume bifurquer vers la fiction. Et le visage de Marie-Ginette Guay, qui interprète Mme G. sur scène, a remplacé celui de la véritable Thérèse. «Dans les premières scènes que j'ai écrites, j'utilise des verbatim d'entrevue, évoque l'auteur. Il y a des fautes de syntaxe, il a des expressions qui ne sont pas employées de la bonne manière. C'est ça qui fait la richesse du personnage, alors j'utilise tout ça. Donc au départ, c'est sûr que je pensais à Mme Thérèse. Mais dès que le transfert s'est fait vers la création, j'ai tout de suite imaginé Marie-Ginette.»

À contre-courant

Maxime Beauregard-Martin se dit attiré par ce qui est un peu décalé ou à contrecourant. C'est pour cette raison qu'il a choisi comme lieu de rencontre pour cette entrevue le Salon de quilles Laval, dans Saint-Sauveur. Il aime le côté à la fois un peu rétro et hors du temps... Et celui qui dit souvent miser sur l'autodérision assume un intérêt pour ce qui hors des modes... Ou très loin de lui. C'est un peu tout ça qu'il l'a amené dans le demi-sous-sol enfumé de Mme Thérèse. 

«Ça me fascine parce que c'est à l'opposé de moi, explique-t-il. On parle d'un bar clandestin. Je ne sais pas si j'aurais osé me présenter là il y a quelques années. À l'école, j'ai toujours été bon élève, je n'étais pas tannant, je respectais les règles. Tout d'un coup, de rencontrer quelqu'un qui les transgresse, ça me fascinait. Et je me suis rendu compte qu'elle les transgressait souvent pour le bien. Pour moi, c'est proche de la désobéissance civile ce qu'elle faisait.»

Dans ces histoires de maison close et de bar clandestin, Maxime Beauregard-Martin s'est surpris à trouver de la lumière. Et il en a été inspiré. «On peut penser que c'est glauque, évoque-t-il. Mais autant dans le livre que j'ai lu que dans l'entrevue qu'elle m'a accordée, j'ai vu beaucoup de lumière, malgré tout. C'est pour ça aussi que j'ai un peu l'impression d'être à contrecourant. On voit beaucoup de noirceur au théâtre ces temps-ci. C'est correct, il faut voir de tout, il doit y avoir des shows sur tout. Mais je n'ai pas l'impression d'être très à la mode avec mon spectacle qui cherche la lumière!»

Questions/réponses

Q Quel a été votre premier contact ou votre premier coup de coeur avec le théâtre?

R Mes parents m'ont amené voir plusieurs spectacles quand j'étais jeune, c'est difficile d'en citer un seul. On allait voir du théâtre populaire, du théâtre d'été. Quand j'étais jeune, je suivais des cours de piano, mais je n'étais vraiment pas bon et je ne voulais pas pratiquer. Il y avait toujours une partie théâtre dans notre spectacle de fin d'année et c'était ça que je préférais. Mes parents m'ont inscrit à des cours de théâtre ensuite. Je n'avais pas la discipline du musicien.

Q Quelle est votre dernière pensée avant d'entrer en scène?

R Je pense à toutes sortes d'affaires. Souvent, je suis très stressé, les soirs de premières surtout. Mais quand ça va bien, je me dis souvent que je suis chanceux de faire ça. Là, les choses vont bien pour moi. Mais je suis conscient que ça pourrait s'arrêter n'importe quand. J'essaie de me rappeler de ma chance de jouer.

Q Quel sera votre prochain projet?

R Ça va être à La Bordée l'automne prochain. Je vais jouer dans Les marches du pouvoir, dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau. Je suis vraiment excité. C'est une metteure en scène que je respecte beaucoup. J'ai beaucoup aimé Trainspotting et Tom à la ferme. Et l'équipe est super...

Q Quel serait votre fantasme théâtral?

R Ce n'est peut-être pas un fantasme, mais j'adore faire de la tournée. C'est ce dont je rêve. J'ai fait une tournée en Gaspésie avec le Gros Mécano quand je suis sorti de l'école. Ça figure parmi mes plus beaux souvenirs. C'est magique, pour moi, la tournée. J'aime beaucoup les voyages... Et il m'est arrivé plein de rencontres.

Q Pouvez-vous citer une chose que vous avez apprise par le théâtre?

R Qu'il faut travailler. Si les choses ne fonctionnent pas pour toi, il faut que tu travailles. Et ça ne porte pas fruit nécessairement tout de suite. Il faut écrire, il faut s'autoproduire... Ce n'est pas facile, ça ne le sera peut-être pas davantage plus tard et ça ne durera peut-être pas toute une vie non plus. Ça va peut-être devenir essoufflant. Mais pour l'instant, tant que je veux le faire, je vais travailler.

À l'affiche

Quoi : Mme G.

Texte : Maxime Beauregard-Martin

Mise en scène : Maryse Lapierre

Distribution : Maxime Beauregard-Martin, Israël Gamache, Nicolas Gendron, Marie-Ginette Guay, Annabelle Pelletier-Legros et Mary-Lee Picknell

Quand : Du 12 au 30 avril

Où : Premier Acte

Billets : 27 $

Info : 418 694-9656 ou www.premieracte.ca

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