Lorraine Côté et le plaisir de désobéir

Dans quelques jours, Lorraine Côté montera sur la... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Dans quelques jours, Lorraine Côté montera sur la scène de La Bordée dans la pièce Qui a peur de Virginia Woolf?

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Bas les masques

Arts

Bas les masques

CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) Lorraine Côté raconte qu'elle aurait pu devenir «maîtresse d'école». Elle a fait deux ans d'études universitaires en ce sens avant de céder à la tentation du Conservatoire d'art dramatique. L'appel était là depuis toujours, mais l'opposition de ses parents l'a poussée à prendre ce «petit croche» dans son parcours professionnel.

En relatant cette histoire en entrevue, la pétillante rouquine remet son chapeau de comédienne : «Quand mon père a su que je m'étais inscrite au Théâtre populaire d'Alma, il m'a dit : "si tu veux voir le yâbe dans la maison, tu vas le voir"», cite-t-elle d'une grosse voix, avant d'énoncer le constat : «Il ne voulait pas! C'était une autre époque. Les comédiennes étaient vues comme des femmes légères...» 

Après deux ans d'un baccalauréat en enseignement, une jeune Lorraine «en train de sécher sur place» a choisi d'écouter son propre «non». Son passage au Conservatoire lui a ouvert les portes d'une «belle carrière» sur les planches d'ici et d'ailleurs, qui inclut depuis 1998 un rôle de prof dans l'institution de Québec où elle a parfait ses dons d'actrice. Comme quoi les deux professions devaient se rejoindre pour cette passionnée de théâtre, épanouie tant sur les planches que dans une salle de classe. 

«J'ai joué de beaux rôles, de belles affaires, de beaux défis, tranche-t-elle. Et là, avec les élèves, c'est autre chose. J'adore ça. L'enseignement, c'est extraordinaire. Les jeunes sont tellement formidables. Ils ont toujours 20 ans. Chaque année, tu as une année de plus, mais eux, ils ont toujours 20 ans. Ils te tirent toujours vers la jeunesse et tu n'as pas le choix d'évoluer.»

Dans la peau de Martha

Dans quelques jours, Lorraine Côté montera sur la scène de La Bordée avec un vieux complice, Normand Bissonnette, dans la pièce Qui a peur de Virginia Woolf? «Normand et moi, on se connaît bien, note-t-elle. On a fait beaucoup de tournées ensemble avec Robert Lepage. On a un passé commun de scène, de loges, de party, de réceptions... On a fait beaucoup de niaiseries ensemble. Tout de suite, il y a eu une complicité entre nous. On n'était pas gênés de se pognasser, de s'embrasser, de se frapper...»

Mais comme la roue tourne, la comédienne, metteure en scène et professeure partagera aussi les planches avec d'anciens étudiants, Élodie Grenier et André Robillard. «C'est particulier, confie Lorraine Côté. Avec Nick [le personnage de Robillard], on se touche, on s'embrasse... C'est un peu gênant! Mais il fait bien ça!»

Avec Normand Bissonnette, Lorraine Côté incarne dans Qui a peur de Virginia Woolf? un couple à la fois uni et toxique qui en reçoit un autre, plus jeune, dont il ne fera qu'une bouchée. Jeux de pouvoir, humiliations, manipulations et intoxication (l'alcool coule à flots!) sont au coeur de ce texte de l'Américain Edward Albee, créé en 1962 et traduit en québécois par Michel Tremblay. 

«C'est vraiment une pièce où on ne fait que jouer à des jeux, décrit Lorraine Côté. On ne défend pas une cause... On fait juste dévoiler un aspect de deux couples des années 60, à une époque où on allait conquérir le monde, la Lune... Tout était permis. L'avenir était plutôt rose à cette époque-là.»

Dans une véritable joute oratoire où tous les coups son aussi permis, Côté prête vie à l'exubérante Martha, séductrice cinglante, immature, aux instincts de prédatrice acérés. «Pour moi, c'est une petite fille méchante, malheureuse, qui ne s'aime pas, résume l'interprète. Elle veut un enfant comme une petite fille veut une poupée. Et elle veut jouer, elle passe son temps à évacuer des choses, à faire comme si ça n'avait jamais existé.»

Les répliques déboulent, les tons, du léger au violent, virent comme une girouette... Et Lorraine Côté prend son pied. «Des projets comme ça, il n'y en aura pas des dizaines. Et on joue juste 20 fois!» observe la comédienne, qui s'est attaquée de manière méthodique à la mémorisation du texte dès octobre. Pour l'avoir vite en tête et pouvoir s'en libérer et le jouer le plus vite possible en répétitions, un processus qu'elle adore. «Il y a des acteurs qui n'aiment pas trop ça, qui ont hâte de jouer sur scène. Moi, je pourrais juste répéter un show. On ne le présenterait pas et ça ne serait pas plus grave. On est une gang ensemble, on joue, on invente un univers...»

Le plaisir de la création demeure un moteur pour Lorraine Côté, membre du Théâtre Niveau Parking depuis près de 30 ans. Elle savoure le travail de groupe, croque aussi bien dans les occasions d'interpréter que de diriger. «J'ai autant de plaisir à regarder faire les autres, avoue-t-elle. C'est un autre plaisir. Jouer, ça me repose de faire de la mise en scène et faire de la mise en scène, ça me repose de jouer!»

Et ce bébé d'une famille de 10 enfants n'a jamais regretté une seconde d'avoir désobéi à ses parents. Surtout qu'ils l'ont vite comprise en la voyant dans son élément. «Ils m'ont vue jouer, raconte la comédienne. La première chose que mon père a faite a été de venir me prendre dans ses bras...»

Questions et réponses

Q Quel a été votre premier coup de coeur avec le théâtre?

R C'était Les beaux dimanches. J'ai vu Un mois à la campagne, j'ai vu Hedda Gabler jouée par la formidable Dyne Mousso. Je me suis dit : «je veux être elle». Je ne sais plus quel âge j'avais, autour de 10-12 ans. La première pièce que j'ai vue, ça devait être vers 12-13 ans, à l'Isle-Maligne. Il y avait une église anglicane qui avait été changée en théâtre et qui s'appelait La Cabotière. J'allais déchirer les billets là quand j'étais ado. Michel Côté et Marcel Gauthier jouaient là dans des pièces... Je savais déjà que je voulais faire ça dans la vie. 

Q Quel a été votre plus grand défi au théâtre?

R Il y en a eu quelques-uns... Ariel dans La tempête a été un beau défi. Et Marie Tudor. Parce que Gilles Champagne m'a empêchée de bouger. Il a dit : «Marie Tudor, c'est un bâton de chaise vif». Son esprit est très vif, mais elle ne bouge pas. C'est intéressant! Il faut se rendre là, mais sans bouger. C'est par la parole que ça va passer. 

Q Une chose que vous avez apprise avec le théâtre?

R La force de l'imagination. Comment la suggestion peut nous amener loin. Et l'importance du lien. Les liens avec les gens avec qui tu travailles, ceux avec le public qu'on crée tous les soirs. 

Q Quel sera votre prochain projet?

R Je vais bientôt monter un texte d'un jeune auteur dont c'est la première pièce. Et je monterai une pièce au Conservatoire l'an prochain avec les étudiants de troisième année. J'en monte une aux deux ans, habituellement. L'année prochaine, je ne jouerai pas... Donc je veux d'autant plus m'amuser avec Martha!

Q Un mot pour résumer l'expérience théâtrale à vos yeux?

R Vocation. Parce que ça demande beaucoup d'engagement et beaucoup de temps. Si tu veux être une vedette, ne fais pas de théâtre... Va-t'en à Hollywood! Mais encore là, le chemin est long et ce n'est pas tout le monde qui s'y rend. Ce n'est pas non plus hyper payant. Moi, je fais beaucoup d'ouvrages de dames. Je fais de la dentelle, je fais des mouches pour pêcher. Je vois ça un peu de la même façon. Je suis maniaque du détail et faire du théâtre, c'est ça aussi. C'est comme Pénélope. Chaque jour, tu défais et tu refais.  

À l'affiche

Quoi : Qui a peur de Virginia Woolf?

Textes : Edward Albee (traduction de Michel Tremblay)

Mise en scène : Hugues Frenette

Quand : du 12 avril au 7 mai

Où : La Bordée

Distribution : Normand Bissonnette, Lorraine Côté, Élodie Grenier, André Robillard

Billets : de 25 à 35 $

Info : 418 694-9721 ou bordee.qc.ca

Et aussi...

Quoi : Molly Bloom

Où : La Bordée

Quand : jusqu'au 31 mars

Quoi : Architecture du printemps

Où : Premier Acte

Quand : jusqu'au 2 avril

Quoi : Avant l'archipel

Où : Les Gros Becs

Quand : 31 mars et 1er avril

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer