Olivier Lépine: solo d'équipe

Résident de Limoilou et enseignant à l'École de... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Résident de Limoilou et enseignant à l'École de cirque, Olivier Lépine dit faire bon usage du parc Cartier-Brébeuf à proximité.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Bas les masques

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CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) «Il y a une affaire qui m'énerve, avec laquelle j'ai de la difficulté à composer. C'est les gens qui disent : "mon show". Moi, ce n'est jamais mon show. C'est notre show», tranche Olivier Lépine. Avec son nouveau projet, l'homme de théâtre avait toutes les raisons de faire exception à sa règle : il revendique les titres d'auteur, de metteur en scène et de seul interprète de la pièce Architecture du printemps. Et pourtant...

Nous avons rencontré Olivier Lépine la semaine dernière, à quelques jours de la première de mardi, alors qu'une véritable petite ruche s'affairait dans la salle de Premier Acte à donner vie à un projet très personnel... Mais que notre homme n'a jamais cessé de voir comme un accomplissement d'équipe. L'étape est cruciale dans la création d'un spectacle. Et d'autant plus savoureuse pour Lépine, qui sera bientôt seul sur scène, mais qui ne perd jamais de vue le côté inclusif de l'entreprise.

«Je fais du théâtre beaucoup pour les entrées en salle, a-t-il confié. C'est ce moment-là que j'aime. Les représentations, c'est le fun, mais moins que ce moment-là où tous les concepteurs sont ensemble pendant une semaine, matin, midi et soir. On garroche plein d'idées, l'effervescence arrive. C'est ce qui m'allume le plus dans le théâtre, cette rencontre-là. Et c'est ce que j'aime de la mise en scène, aussi : passer du concepteur, au comédien, à l'auteur... Là, c'est sûr que je fais les trois. Je me fais des meetings avec moi-même!»

L'envie de porter trois chapeaux relève du défi, Olivier Lépine ne le nie pas. Et d'un besoin de se mettre en danger sur scène. «C'est comme un saut dans le vide. Et Premier Acte est l'endroit parfait pour faire ça, convient-il. Cet espace, j'en ai bien profité. Ça fait 10 ans que je suis sorti de l'école au printemps dernier. J'ai fait beaucoup de trucs ici, je suis sur le conseil d'administration, j'aime beaucoup cet espace-là. Je le considère essentiel à Québec. Pour avoir le droit d'y être encore, il fallait se lancer un défi. Cette envie-là de solo avait toujours été présente. C'est comme de se dire : "c'est ton affaire, défends-la et vis-la entièrement.»

Manifs et Van Gogh

La pièce Architecture du printemps prend racine dans un terreau très personnel pour Olivier Lépine : un trouble (et un contrastant besoin d'isolement) vécu au son des casseroles pendant la mobilisation étudiante de 2012 et un intérêt marqué, depuis l'enfance, pour la vie et l'oeuvre de Vincent van Gogh. Les deux axes, qui semblent éloignés, se croisent sur les planches par le personnage d'un documentariste québécois en peine d'amour et par l'exploration de la correspondance du peintre néerlandais. 

«Dans des moments plus troubles de ma vie, je me suis trouvé à expier beaucoup en écrivant. À un moment donné, un ami m'a suggéré de prendre tout ça et d'en faire un livre ou un show. Ç'a mijoté: tu laisses mariner l'affaire, tu n'es pas trop certain... C'est important qu'un show ne devienne pas comme un genre de thérapie», explique Olivier Lépine, qui s'est entouré des concepteurs Josué Beaucage, Philippe Lessard Drolet, Sara Lazzaroni, Julie Lévesque, Annabelle Pelletier-Legros, Maxime Perron et Alexandra Royer pour concrétiser sa vision.

«Forcément qu'il y a beaucoup de nous dans chaque spectacle qu'on fait, ajoute-t-il. Mais si tu te dis : "je fais un show seul, je l'écris, je le mets en scène et je le joue", faut réussir à prendre du recul. C'est pour ça que j'ai une équipe de gens qui sont super importants autour de moi.»

De la tête au coeur

Olivier Lépine décrit ce présent projet comme un «OVNI» dans sa vie professionnelle. «Les autres spectacles sur lesquels j'ai travaillé, c'était des images-chocs qui passaient par le coeur pour finir dans la tête, évoque-t-il. Là, je pars de la tête et je finis dans le coeur. Et ce n'est pas mon genre de passage, habituellement.»

Il cite en exemple la pièce au propos citoyen Femme non-rééducable/Anna P, qu'il a mise en scène il y a deux ans à Premier Acte et qui s'intéressait à la carrière de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006. Enseignant à l'École de cirque de Québec, il raconte s'être réjoui d'entendre que certains de ses étudiants avaient fait des recherches après avoir vu la pièce pour en approfondir les enjeux.

«Ce show-là servait en grande partie à ça», confirme-t-il, ajoutant que l'intention derrière Architecture du printemps est placée ailleurs. «Là, c'est correct si les gens ont envie d'en savoir un peu plus sur le printemps érable ou sur Van Gogh, mais mon envie principale est que ce soit lumineux, reprend-il. Qu'ils ressortent dans un souffle de vie printanier. J'ai envie que les gens me disent qu'ils sont venus avec leur blonde et qu'ils sont ressortis heureux, la main dans la main...»

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Olivier Lépine

Le Soleil, Patrice Laroche

Questions/réponses

Quel a été votre premier coup de coeur pour le théâtre?

R Pour moi, le théâtre demeure d'abord et avant tout de raconter des histoires. La première fois que j'ai réalisé qu'on pouvait créer une ambiance en racontant des histoires, c'est au camp-école Kéno où j'étais campeur quand j'étais jeune. J'avais un moniteur qui était vraiment très bon pour nous raconter des légendes. On voyait vraiment tout ce qu'il nous racontait. Ça vient de là. Et je pense que mon désir de ne pas trop montrer les choses sur scène et de faire confiance à l'imagination du public vient de là aussi. Sinon, il y a eu Littoral de Wajdi Mouawad au Périscope [en 1998]. Ma tante m'avait offert un abonnement et j'étais retourné le voir une semaine après, même si ça durait quelque chose comme cinq heures...

Q Quel sera votre prochain projet?

R Je fais la mise en scène du spectacle des finissants de l'École de cirque de Québec, au début juin. Et je serai de retour à Premier Acte pour une mise en scène l'hiver prochain...

Q Quel serait votre fantasme théâtral?

R Dans ma vie, j'aimerais mettre en scène Les possédés de Dostoïevski... En fait, tout de Dostoïevski! Il y aurait aussi Titus Andronicus de Shakespeare. Un autre fantasme serait de disposer d'un lieu et d'une équipe pour avoir la liberté qu'un Ostermeier a pu avoir à Berlin, par exemple. Avoir un espace de création que tu peux habiter. J'aimerais aussi qu'on puisse trouver un moyen de rendre la spontanéité possible dans les saisons théâtrales. Je ne sais pas si ça se peut... Le processus de subventions et la construction des programmations se font tellement d'avance. Tu peux tomber sur un texte hallucinant et te dire qu'il faut le monter maintenant. Finalement, ça se peut, mais ça va être au printemps 2018. Et si tu t'engages dessus, tu espères qu'il n'y aura rien avant le printemps 2018 qui va t'allumer encore plus...

Q Un mot pour décrire l'expérience théâtrale à vos yeux?

R Rencontres. Entre tous les artisans du spectacle, mais aussi avec les thématiques du texte et assurément avec le public. Sinon, le mot «éveil» arrive pas loin derrière. Il y a quelque chose de beau dans l'éveil, quelque chose qui s'allume. 

Q Une chose que le théâtre vous a apprise?

R Que c'est précieux et rare de se donner le goût du risque. En première année du Conservatoire, Paule Savard nous avait dit que le stage est toujours en feu. Si tu es confortable sur la scène, ce n'est pas intéressant. Je trouve qu'il y a quelque chose de vrai là-dedans. Faire un show avec aucune prise de risque, il y a des chances que ce soit beige. Et je réalise en faisant du théâtre que des risques, dans la vie, on n'en prend pas si souvent que ça. Je trouve ça le fun d'avoir cet espace-là. 

À l'affiche

  • Quoi: Architecture du printemps
  • Texte, mise en scène et interprétation: Olivier Lépine
  • Quand: du 15 mars au 2 avril
  • : Premier Acte
  • Billets: 27 $
  • Info: 418 694-9656 ou www.premieracte.ca
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