Thomas Gionet-Lavigne: l'information au service de l'art

Dans la création de la pièce S'aimer, articulée... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Dans la création de la pièce S'aimer, articulée autour de la vie et de l'oeuvre d'Hector de Saint-Denys Garneau, Thomas Gionet-Lavigne a un peu effectué un travail de journaliste ou d'historien. Restait maintenant à ramener tout ça à l'art...

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Bas les masques

Arts

Bas les masques

CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) Un personnage historique entouré d'un certain mystère, une recherche exhaustive enrichie d'entrevues et de travail de terrain. Dans la création de la pièce S'aimer, articulée autour de la vie et de l'oeuvre d'Hector de Saint-Denys Garneau, Thomas Gionet-Lavigne a un peu effectué un travail de journaliste ou d'historien. Restait maintenant à ramener tout ça à l'art...

«Ç'a été très documenté... et ç'a été beaucoup de travail aussi. Du travail de débroussaillage pour en arriver à un objet théâtral. Parce que ce n'est pas tout à fait du journalisme ou de la biographie», note l'auteur et seul interprète de la pièce qui prend l'affiche du Périscope mardi. 

Avec sa compagnie de production, le Théâtre du Hareng Rouge (un clin d'oeil à Hitchcock), Thomas Gionet-Lavigne n'en est pas à sa première enquête théâtrale. Par exemple, dans Route, un autre solo créé en 2010, il interprétait un personnage à la recherche du premier manuscrit de Jack Kerouac. Cette fois, le trentenaire a souhaité ancrer son récit localement. La relecture du recueil Regards et jeux dans l'espace, publié en 1937 par Hector de Saint-Denys Garneau, a servi de déclencheur. Une redécouverte pour l'auteur, qui avoue avoir été rebuté par l'oeuvre quelques années plus tôt.  

«On avait fait un récital au Conservatoire, raconte-t-il. On était peut-être en première ou deuxième année à l'école de théâtre. Je n'étais pas sûr. On travaillait ces poèmes-là, on trouvait ça un peu pépère. J'ai relu le recueil il y a environ trois ans, chez mes parents. Ça fait peut-être un peu faiseux d'utiliser ce mot-là, mais j'ai trouvé que c'était d'une grande modernité. J'avais l'impression que ça aurait pu être écrit dans l'après-midi.»

Dans S'aimer, Thomas Gionet-Lavigne incarne un photographe qui vient de se faire larguer par sa copine. «Elle lui dit qu'il ressemble à Saint-Denys Garneau, raconte le comédien. Il décide de découvrir qui était ce poète. Il se donne pour mission de découvrir pourquoi et comment il est mort. Je me suis dit : "on va faire un Columbo sur Saint-Denys Garneau!"»

Pour en arriver à sa pièce, Gionet-Lavigne s'est attaqué au même mandat que son personnage. En visitant le manoir de la famille du poète, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, et les abords de la rivière où il a été retrouvé mort des suites d'une crise cardiaque à l'âge de 31 ans, en 1943. En interviewant des gens qui l'ont connu ou étudié, dont le regretté père Benoît Lacroix, décédé il y a quelques jours. 

«D'avoir un gars de 100 ans devant toi qui te parle de Saint-Denys Garneau... C'est une autre époque! Il m'a jasé ça pendant deux heures. Et ç'a été deux belles heures de ma vie. Il n'était pas fatigué, il était hyper généreux», raconte Thomas Gionet-Lavigne, qui s'est aussi entretenu au fil de ses recherches avec les gens qui ont trouvé le corps du poète. «C'était des enfants à l'époque et là, ils ont 80 ou 85 ans», ajoute-t-il. 

Coquilles et libertés

Pendant son enquête sur Hector de Saint-Denys Garneau, Thomas Gionet-Lavigne a accumulé une mine d'informations... et décelé quelques inexactitudes. «Quand tu te mets à connaître beaucoup le sujet, tu te rends compte qu'il y a beaucoup de coquilles ici et là. Il y a des erreurs qui se répètent parce que quelqu'un écrit en se basant sur un autre livre... Et il y a toutes les contradictions de la tradition orale. Il y a eu un peu de ça autour de la mort de Saint-Denys Garneau. Des "quelqu'un m'a dit qu'un autre lui a dit"...»

Des «coquilles» historiques, Thomas Gionet-Lavigne s'en permet lui aussi dans sa pièce. Certaines sont voulues, d'autres pas. «Ce n'est pas un objet biographique, ce n'est pas la vérité, tranche-t-il. C'est une pièce de théâtre. À un moment donné, j'ai décidé de lâcher prise et de me créer mon Saint-Denys Garneau. Si les gens veulent lire une biographie, ils iront lire celle écrite par Michel Biron.»

À mesure qu'il remplissait des cahiers de notes, Thomas Gionet-Lavigne a ainsi ciblé un angle à donner à son texte. Celui-ci s'est affiné, si bien que la pièce qui devait à l'origine s'intituler Amour est devenue S'aimer. Une différence de quelques lettres, mais lourde de nuances pour l'auteur. Celui-ci rappelle un épisode de la vie d'Hector de Saint-Denys Garneau : après la publication en vers libres du recueil Regards et jeux dans l'espace, il encaisse des critiques mitigées et retire de la circulation tous les exemplaires de son bouquin. «Il ne voulait pas être découvert, estime Thomas Gionet-Lavigne. Il ne voulait pas qu'on parle de lui. C'était un hypersensible. Il ne s'aimait pas. C'est la piste que la pièce explore. Celle de l'amour propre.»

Reste maintenant à mettre le public dans le coup... Là-dessus, l'auteur et comédien n'estime pas réinventer la roue, mettant plutôt de l'avant une vision terre à terre de son métier. «Moi, je ne demande rien d'autre au théâtre que d'être du théâtre, tranche-t-il. Quand on se met à partir dans de grandes théories, je n'embarque pas trop là-dedans. Je veux que les gens viennent, qu'ils soient confrontés à leur amour propre dans une enquête où ils apprennent à connaître l'un des grands auteurs de notre modernité, selon moi. Et qu'après, ils aillent prendre une bière avec leur conjoint ou leurs amis, qu'ils parlent de ça et que ça se perde dans l'infinité des possibles...»

Thomas Gionet-Lavigne... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

Agrandir

Thomas Gionet-Lavigne

Le Soleil, Yan Doublet

Questions/réponses

Q Quel a été votre premier coup de coeur au théâtre?

R L'histoire de l'oie de Michel Marc Bouchard, que j'avais vue au Théâtre d'aujourd'hui en 1991. Ça m'avait vraiment impressionné. 

Q Quel serait votre fantasme théâtral?

R Je n'en ai pas vraiment parce que je les réalise. Si je veux faire quelque chose, je le fais. C'est un peu difficile à expliquer, mais pour moi, c'est un peu une job que j'essaie de faire du mieux que je peux. Souvent, quand j'ai des contraintes, c'est là que ça peut devenir un fantasme. J'aime beaucoup me sentir obligé de faire quelque chose. Je cherche des obligations pour accomplir les choses. Je cherche plus les contraintes que les fantasmes. 

Q Quelle est votre dernière pensée avant de monter sur scène?

R Je ne dis pas que c'est quelque chose que je fais, mais il y a cette phase qui me revient. Denis Bernard, à un moment donné, a dit qu'il revoyait les jouets de son enfance. C'est une phrase que je trouve belle. 

Q Quel sera votre prochain projet?

R Je me concentre vraiment sur cette pièce en ce moment. J'ai des idées, c'est certain. Mais je n'en suis pas là encore.

Q Un mot qui résume l'expérience théâtrale à vos yeux?

R Art. Pour moi, c'est vraiment ça. Je trouve que ça fait partie des mots qu'on perd parfois, de nos jours. On dirait qu'on est prétentieux dès qu'on les utilise. Mais fondamentalement, c'est ça. Un tableau, un poème, c'est de l'art que j'utilise, que je revendique, que je m'approprie... Et c'est un mot que je mets de l'avant parce que des fois, on se perd dans tout ça.

À l'affiche

  • Quoi: S'aimer
  • Texte et interprétation: Thomas Gionet-Lavigne
  • Mise en scène: Hugo Lamarre
  • Quand: du 8 au 26 mars
  • : Périscope
  • Billets: 22 $ en prévente, 35 $ à partir de mardi
  • Info: 418 529-2183 ou www.theatreperiscope.qc.ca

Et aussi...

  • Lapin Lapin
Trident

Jusqu'au 26 mars

  • Feydeau
La Bordée

Jusqu'au 26 mars

  • Le merveilleux voyage de Réal de Montréal
Les Gros Becs

Jusqu'au 13 mars

  • Ma première fois
Salle Albert-Rousseau

9 mars

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer