Martin Genest le jongleur

Martin Genest pose devant  les croquis des costumes... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Martin Genest pose devant  les croquis des costumes que porteront les comédiens qu'il dirige dans la pièce Lapin Lapin de Coline Serreau.

Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Bas les masques

Arts

Bas les masques

CHAQUE SEMAINE, APPRENEZ À MIEUX CONNAÎTRE UN ARTISTE QUI FAIT BOUGER LA SCÈNE THÉÂTRALE DE QUÉBEC. »

(Québec) Sur la table de travail de Martin Genest, les dossiers s'accumulent. Des projets sur trois continents, des échéanciers qui se bousculent et un metteur en scène qui jongle avec tout ça dans le bonheur... Difficile d'imaginer que sa carrière théâtrale a en quelque sorte commencé avec un «non», lui qui s'est fait expulser du Conservatoire après un an d'études.

«Je n'ai jamais eu d'amertume, tranche-t-il. Ç'a été un coup d'envoi. Chacune des écoles a sa philosophie. On m'a dit que je n'allais pas apprendre ici. Et c'est vrai que je n'étais pas heureux. À partir de là, je me suis reviré de bord. Et ç'a été un moment important de ma vie. J'ai senti que c'est ça que je voulais faire, alors j'ai tout mis en oeuvre. J'ai un côté entrepreneur, alors j'ai parti des compagnies... Après, j'ai fait mes premiers pas en mise en scène. Et là, c'est moi qui engage les profs qui m'ont mis à la porte!»

Martin Genest nous reçoit dans son atelier du boulevard Langelier, un lieu de travail devenu nécessaire pour le père de famille à l'agenda bien rempli, qui trouvait difficile de traîner son boulot à la maison. «Ici, il n'y a pas un petit bonhomme qui vient dessiner par-dessus», rigole-t-il en montrant les esquisses qui ornent les murs. Sur l'un, les plans d'un concept qui prendra vie avant longtemps à l'étranger et sur lequel le metteur en scène ne peut pas encore s'avancer. Sur l'autre, les croquis des costumes que porteront dès cette semaine sur la scène du Trident les comédiens qu'il a dirigés dans la pièce Lapin Lapin de Coline Serreau, connue des cinéphiles pour des films comme Trois hommes et un couffin ou La crise.

Pour monter cette comédie dans laquelle le réalisme bascule soudainement dans le fantaisiste, Martin Genest s'est plongé dans l'univers de l'auteure, comédienne et cinéaste française. Il la qualifie d'«artiste visionnaire», elle qui abordait notamment le terrorisme avant que le sujet ne devienne omniprésent après les attentats de 2001. «Déjà, elle parlait de l'environnement, de la guerre des classes...», cite le metteur en scène, qui voit la place des femmes dans la société comme l'un des thèmes centraux de la pièce, où une Mama règne sur un clan certes marginal, mais tissé serré.

Lapin Lapin nous amène donc dans une famille où tout fout le camp : papa cache son statut de chômeur, les filles reviennent à la maison, un fils est recherché par la police, un autre se prend pour un extraterrestre. Ils s'entassent à 11 dans un appartement d'une pièce. Et apparemment, ils ne sont pas plus malheureux. «On leur a donné un rectangle de béton et on leur a dit : "Fais ta vie là-dedans". Ils sont débrouillards, ils réussissent à vivre et à trouver leur bonheur là-dedans», décrit Martin Genest. Il campe donc la pièce dans un environnement réaliste... Pour un moment, du moins.

«Le côté fantaisiste vient de ce petit bonhomme qui dit être en contact avec les Éthers, ajoute le metteur en scène, qui s'est inspiré de l'oeuvre de Michel Gondry dans la transposition de cette folie. «Là, on sort du quotidien, indique-t-il. C'est là que je m'amuse dans l'esthétique et que je transporte le spectateur ailleurs. Ça me permettait de décoller un peu. On part de quelque chose d'hyperréaliste. On est dans un appartement, qui fait partie d'un building. Donc quand on entre dans la fantaisie, on part! On a un contraste.»

Le rôle du spectateur

Au théâtre ou au cirque - il a notamment posé sa griffe sur une mouture des Chemins invisibles et sur le spectacle permanent du Cirque du Soleil à la Riviera Maya -, Martin Genest nous a habitués à des spectacles touffus. Il en parle comme d'un «défaut de metteur en scène», d'autres qualifieraient plutôt la chose de signature artistique. «Mes shows sont chargés. Les équipes m'attendent, les comédiens savent qu'ils vont travailler fort!» s'esclaffe celui qui se décrit comme «un gars d'image». 

«Je suis très soucieux de créer une courbe d'intérêt, explique-t-il. C'est ce que je cherche quand je vais voir un spectacle. Il vient un temps où on dirait qu'il ne se passe plus rien. J'ai le réflexe de mettre quelque chose qui est relié à ce qui se dit, mais qui n'est peut-être pas dans le texte.»

Sur ce point et sur sa volonté d'impliquer le spectateur dans le spectacle (dès 2005, il avait convié son public à table dans son adaptation de Festen de Thomas Vinterberg), il dit s'être trouvé des atomes crochus avec la dramaturge Coline Serreau. 

«On vient un peu de la même école, observe-t-il. J'ai souvent joué avec la place du spectateur dans l'espace pour arriver au discours. Elle, dans son texte, elle nous étourdit avec une comédie et une folie... Son ton nous tient en haleine. Et puis elle arrête tout : le personnage sort du cadre de scène, il brise le quatrième mur et il vient nous parler. Littéralement. Elle dit : "OK. On a ri, on a eu du plaisir, maintenant on va jaser".»

De ces ruptures de ton, Martin Genest a saisi l'opportunité d'explorer un niveau de jeu «très particulier». «La frontière est très fragile entre : on y croit et on n'y croit plus. C'est un travail de tous les jours d'être à l'écoute, de ramener...», avoue-t-il. Reste maintenant à découvrir comment le public jouera son rôle aux côtés de la famille Lapin.

«C'est un élément majeur qu'on n'avait pas en répétition et qui va changer beaucoup le spectacle, prédit-il. Les spectateurs vont briser un peu le rythme qu'on a installé. Ils vont être en relation. Alors les premières fois, on va le vivre!»

Question et réponse

Q Quel a été votre premier contact avec le théâtre?

R C'était au secondaire, dans un cours de français, on nous demandait de faire un extrait de la pièce «Un simple soldat». Je faisais le soldat. On est attiré vers où on nous encourage et les gens me disaient que j'avais du talent. Au cégep, ç'a été la même chose. Ç'a fait boule de neige. Mais je ne m'en allais pas du tout là : je m'en allais en psychologie.

Q Quelle est votre dernière pensée avant la première d'un spectacle?

R J'espère avoir fait la bonne affaire. On me donne le droit de m'exprimer, j'espère dire la bonne chose de la bonne façon. J'ai un texte, j'ai un auteur, j'espère avoir été assez à l'écoute pour traduire ce qu'il voulait dire. Pour moi, la mise en scène, c'est de comprendre un texte au-delà de l'anecdote. Et si je dis oui à le monter, c'est parce que moi, j'ai envie de dire quelque chose avec ça. Donc je souhaite que ces deux mandats-là soient bien remplis. Les gens se déplacent pour voir, pour entendre. J'ai envie qu'ils repartent avec quelque chose.

Q Qu'est-ce qui fait selon vous un bon metteur en scène?

R On s'adresse aux gens alors il faut parfois s'oublier. On ne se le cachera pas, on est des créateurs, on est autour de nos idées. Mais à un moment donné, comme le danseur, il faut oublier le miroir et se donner aux gens. J'essaie d'être le plus honnête possible. Envers ce que je fais, les gens avec qui je travaille et donc, en bout de ligne, avec les spectateurs. 

Q Avez-vous un fantasme théâtral?

R Je ne sais pas si c'est la chance, mais on m'a vraiment mis de beaux morceaux dans les mains. J'ai monté L'Opéra de quat'sous, Phèdre, Jacques et son maître, Festen, Octobre. Au fond, mon fantasme n'est pas un texte en particulier, mais d'arriver à mon objectif : qu'une proposition donne envie au spectateur d'être meilleur. C'est un défi que je me donne et je ne sais pas si je vais réussir un jour. J'espère réussir à faire ça au moins une fois dans ma carrière.

Q Un mot qui résume à vos yeux l'expérience théâtrale?

R Transmission. C'est un art collectif, le théâtre. Je suis un chef d'orchestre. J'essaie d'être au service d'un texte avec toute une équipe pour créer une communion avec les spectateurs.

À l'affiche

Quoi : Lapin Lapin

Textes : Coline Serreau

Mise en scène : Martin Genest

Quand : du 1er au 26 mars

Où : Trident

Distribution : Emmanuel Bédard, Jonathan Gagnon, Israël Gamache, Jean-Michel Girouard, Linda Laplante, Valérie Laroche, Nicolas Létourneau, Marianne Marceau, Christian Michaud, Andrée Samson et Sophie Thibault

Billets : de 45,50 $ à 50,50 $

Info : 418 643-8131 ou www.letrident.com

Et aussi...

Quoi : Feydeau

Où : La Bordée

Quand : du 1er au 26 mars

Quoi : Épicerie

Où : Premier Acte

Quand : jusqu'au 5 mars

Quoi : Le merveilleux voyage de Réal de Montréal

Où : Les Gros Becs

Quand : du 2 au 13 mars

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer