Bas les masques: quatre questions à Fanny Britt

Fanny Britt s'est inspirée d'un fait divers pour... (Julie Artacho)

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Fanny Britt s'est inspirée d'un fait divers pour écrire Bienveillance, une fable sur la bonté.

Julie Artacho

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(Québec) Chaque deux semaines, apprenez à mieux connaître un artiste qui fait bouger la scène théâtrale à Québec.

Une ambulance qui arrive trop tard, un garçon dans le coma, deux amis d'enfance qui se retrouvent après 20 ans sur un fond de querelle juridique. Fanny Britt s'est inspirée d'un fait divers pour écrire Bienveillance, une fable sur la bonté. Alors que la pièce créée il y a cinq ans s'apprête à être remontée à La Bordée, dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau, l'auteure revient sur un texte truffé de questionnements, qui sont loin de s'être estompés avec les années. 

1. Qu'est-ce que ça vous fait de voir Bienveillance remontée?

Je capote! C'est la première fois que j'ai une pièce qui est recréée professionnellement, avec des acteurs, un décor, une trame sonore... Et avec une autre vision de metteur en scène. C'est un grand, grand privilège. 

2. En présentant la saison de La Bordée, le directeur artistique, Michel Nadeau, a évoqué le contexte actuel, qui réclame selon lui de la bienveillance et de l'humanité au théâtre. Trouvez-vous que votre texte résonne différemment, cinq ans après sa création?

J'ai l'impression qu'on est plus que jamais appelés à se questionner sur notre confort versus les besoins de notre planète et des humains qui la peuplent. Depuis l'élection américaine, il y a comme un déferlement d'indécence et d'illustrations de ce que la nature humaine a de plus petit, de plus égocentrique. Les questions de Gilles Jean, le personnage narrateur, sont de l'ordre de: «Jusqu'où suis-je capable de sacrifier mon bien-être personnel au nom de l'éthique ou de la morale? Qu'est-ce qui est de la morale et de la décence humaine? Où est-ce qu'on tire la ligne entre sauver sa propre peau et s'occuper des autres?» Ce sont des questions qui étaient déjà très actuelles il y a cinq ans et que je liais à ce moment-là à l'idée de la consommation éthique ou non éthique. Aujourd'hui, ç'a débordé dans toutes les sphères. C'est comment on considère un être humain qui n'a pas les mêmes privilèges que soi, comment on a même de la misère à admettre nos privilèges. Je trouve que les questions que ça pose sont encore malheureusement valides. 

3. Comment êtes-vous arrivée à cibler ce sujet de la bonté?

Je me souviens d'avoir lu un entrefilet dans un journal local de l'Estrie. Ça expliquait qu'un appel au 9-1-1 avait été logé et que l'ambulance avait mis 50 minutes à arriver parce que les services de dispatch avaient été délocalisés en banlieue de Montréal. La personne ne connaissait pas les rangs et avait donné un mauvais chemin. Je me souviens d'avoir été choquée de constater que quand tu vis en ville, tu ne te poses jamais ces questions-là. Il y avait vraiment un écart de justice entre la ville et la campagne. Ça avait allumé quelque chose en moi. [...] En cours d'écriture, je me suis levée un matin et je me suis dit : le village va s'appeler Bienveillance et la pièce aussi. C'est une affaire qui est apparue. Une fois que j'ai choisi ça, il y a plein de choses qui ont déboulé dans l'écriture. C'est le côté magique de l'écriture de Bienveillance. Mais c'est un processus qui ne m'était jamais arrivé avant et qui ne s'est pas reproduit depuis. C'est toujours long, tortueux et compliqué pour moi d'écrire une pièce.

4. Votre écriture cultive les contrastes: entre le percutant et le drôle, dans l'idée de susciter des interrogations sans tomber dans la morale. Ces questionnements vous habitent-ils constamment quand vous créez?

Oui. Et pas que dans l'écriture. Dans la vraie vie, c'est fatigant. On n'est jamais satisfait. Et je sais que je m'en tiens à un standard qui est assez intransigeant. Mais dans l'écriture, c'est quelque chose qui est crucial. C'est dans ce point de friction que je trouve de l'intérêt dramatique. C'est dans la dualité qui nous habite, c'est dans l'absence de réponses. C'est dans la fameuse question: «Comment fait-on pour vivre en sachant qu'il y a autant d'inconnu, autant de risques et de périls dans le fait de prendre des décisions?» Ce sont des questions qui m'obsèdent à un niveau dérangeant. Mais chez des personnages, elles sont très dynamiques.

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Vous voulez y aller?

  • Quoi: Bienveillance
  • Quand: du 12 septembre au 7 octobre
  • Où: La Bordée
  • Billets: 38 $
  • Info: bordee.qc.ca
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Sur les planches

Cinq rois shakespeariens au Trident

Chaque deux semaines, apprenez à... (Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard) - image 4.0

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Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard

Le début de saison sera pour le moins costaud au Trident, qui accueillera dès le 12 septembre une nouvelle version de Five Kings, L'histoire de notre chute d'Olivier Kemeid. L'auteur s'est attelé au contrat de taille de revisiter en un seul spectacle cinq pièces de Shakespeare: Richard IIHenri IVHenri VHenri VI et Richard III. Le tout placé dans le Québec moderne, des années 60 au nouveau millénaire. Treize comédiens incarnent la multitude de personnages de cette immense fresque, mise en scène par Frédéric Dubois. Dans sa version originale, il y a deux ans, Five Kings offrait une immersion théâtrale de cinq heures. La pièce revivra dans la capitale dans une mouture plus condensée de 3h30, avec entracte.

Du 12 septembre au 7 octobre au Grand Théâtre

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Une suite à Carmen au Palais Montcalm

Marie-Ginette Guay... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 5.0

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Marie-Ginette Guay

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Théâtre et chant se rencontreront sur la scène du Palais Montcalm lors du spectacle Épitaphe pour Carmen et son assassin. Après avoir elle-même participé à une version de l'opéra de Bizet à titre de membre du choeur Les Rhapsodes, l'auteure et metteure en scène France Ducasse a eu envie de pousser l'expérience un peu plus loin en imaginant un nouveau chapitre à l'histoire: alors que Don José est condamné à mort pour le meurtre de sa belle, sa mère lui écrit et c'est ce monologue, porté par la comédienne Marie-Ginette Guay, qui se retrouve au coeur du spectacle. La mezzo-soprano Catherine-Élisabeth Loiselle, accompagnée du pianiste Jean-François Mailloux, interprète de son côté le rôle Carmen en interprétant les airs de Bizet.

Les 9 et 10 septembre au Palais Montcalm

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Chants et égos à la salle Albert-Rousseau

C'est devenu une tradition pour Benoît Brière et ses complices: après avoir passé l'été à faire rigoler le Théâtre du Vieux-Terrebonne, une escale dans la capitale s'impose en septembre. Cette année, la pièce Les 3 ténors sera à l'honneur à la salle Albert-Rousseau. Ce texte de l'Américain Ken Ludwig, adapté par Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin (qui partagent également les planches), nous amène dans le Paris de 1936, juste avant ce qui s'annonce comme le «Concert du siècle» réunissant trois chanteurs à grandes voix... et à gros égos. Si la musique est au programme, quiproquos, confusion et trahisons le seront tout autant, nous dit-on.

Du 14 au 16 septembre à la salle Albert-Rousseau




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