De noirceur et de beauté

La fureur de ce que je pense présenté... (Caroline Laberge)

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La fureur de ce que je pense présenté au Grand Théâtre le 31 mai 2017

Caroline Laberge

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(Québec) En 2014, l'annulation du spectacle La fureur de ce que je pense a creusé un grand trou dans la programmation du Carrefour international de théâtre. Trois ans plus tard, le collage de textes de Nelly Arcan imaginé par la comédienne Sophie Cadieux et mis en scène par Marie Brassard nous arrivera finalement le 31 mai.

Mise à part la comédienne Monia Chokri, remplacée par sa consoeur Larissa Corriveau, la distribution originale du spectacle créé à l'Espace Go en 2013 s'est réunie pour faire résonner une nouvelle fois à Ottawa, Québec et Montréal les mots de l'écrivaine tourmentée, qui s'est enlevé la vie en 2009. 

Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Évelyne de la Chenelière, Johanne Haberlin, Julie Le Breton et Anne Thériault ont retrouvé l'imposante structure scénique imaginée par Marie Brassard et le scénographe Antonin Sorel. Celle-là même qui, pour des raisons financières, n'avait pu être reconstruite afin de voyager vers nous en 2014. 

«Le gros défi de cette production, c'était justement de recréer ce décor. Il est très grand et très beau. Je n'avais pas envie de faire de sacrifice dans l'esthétique du spectacle parce que je trouve qu'elle est très chargée de sens. Pour moi, ce décor est vraiment une oeuvre d'art», évoque Marie Brassard à propos des neuf chambres dans lesquelles sont confinées six actrices incarnant chacune un aspect de l'oeuvre de Nelly Arcan. Une danseuse, libre de ses mouvements, complète le tableau. 

«Chaque chambre est comme une installation, reprend Marie Brassard. On pensait par exemple aux boîtes de poupées Barbie de notre enfance, où la poupée était enfermée avec tout ce qui la définissait. Et ça fait évidemment référence aux quartiers red-light de certaines villes du monde.»

En 2014, l'annulation du spectacle La fureur de ce que... (Caroline Laberge) - image 2.0

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Caroline Laberge

Impitoyable

La fureur de ce que je pense est née d'une idée de la comédienne Sophie Cadieux lors d'une résidence à l'Espace GO. En puisant dans les livres Putain, Folle et Burqua de chair, Marie Brassard a élaboré sept «chants» autour des thèmes développés par Nelly Arcan. 

«C'est très noir, très dur, impitoyable, observe la metteure en scène. De relire les textes de Nelly Arcan, ça m'a fait renouer avec cette dureté, qui cachait en fait une vulnérabilité extrême. Elle était très vulnérable au regard des autres. C'est une femme qui a beaucoup vécu dans l'image, dans l'obsession de l'image d'elle-même. Elle avait un grand mal de vivre qui ne l'a jamais abandonnée. Et pourtant, de l'extérieur, elle avait tout : la beauté, la notoriété, l'intelligence...»

En choisissant de mettre en exergue le rythme et la poésie de la plume de Nelly Arcan, Marie Brassard s'est éloignée de l'angle biographique. Et elle a aussi renoncé à faire écho à l'image publique que projetait l'écrivaine, née Isabelle Fortier. 

«C'est ce qu'on lui a fait toute sa vie et elle a beaucoup souffert de ça. À cause des thèmes qu'elle abordait, c'est comme si elle est devenue une sorte de personnage que la presse a traité de manière sensationnaliste. Après Putain, on a mis beaucoup l'accent sur sa beauté ou sur les opérations de chirurgie plastique qu'elle a pu avoir. On la diabolisait en disant : "Si elle ne veut pas attirer les regards, pourquoi alors s'habille-t-elle de manière provocatrice? " On l'a beaucoup blâmée», tranche Marie Brassard, qui voit une «misogynie extrême» dans la couverture médiatique dont Nelly Arcan a fait l'objet. 

«On ne parlait pas de son écriture ou de littérature, ajoute-t-elle. C'est comme si on traitait ça comme un truc secondaire. Très peu de gens l'ont prise au sérieux et je pense qu'elle a beaucoup souffert de ça. Il n'y avait pas vraiment d'interlocuteur pour parler avec cet être humain de sa pratique. J'ai voulu au contraire mettre l'accent sur sa pensée, sur son intelligence, sur la femme et sur l'écrivain.»

Marie Brasard se réjouit de voir des spectateurs sortir de La fureur de ce que je pense en ayant envie de lire Nelly Arcan. «Parce que très souvent, les gens l'ont jugée sans l'avoir lue à cause de ce personnage médiatique, qu'elle a contribué à créer elle-même, aussi. Mais elle était quand même victime d'une sorte de système.»

Si elle ne nie pas la noirceur de la matière première de son spectacle, la metteure en scène a tout de même trouvé dans sa démarche des touches lumineuses. «Elle se sentait tellement trahie par la vie, avance-t-elle. J'ai toujours pensé que pour se sentir si déçue, elle devait avoir des attentes qui étaient très grandes. Et c'est là que je la vois, la lumière. Dans le désir très pur avec lequel elle a imaginé une vie possible qu'elle n'a pas eue. Elle a payé de sa vie cette noirceur. Mais c'est bien de penser que des années après, son oeuvre est portée par de jeunes femmes qui sont vivantes et bien dans la vie...»

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  • Quoi: La fureur de ce que je pense
  • Quand: 31 mai à 20h




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