Tout sur le parcours du Carrefour

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Le concepteur Christian Lapointe signe un tableau du nouveau parcours Où tu vas quand on dors en marchant...?

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Avec la cinquième mouture du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...?, la poésie investira jeudi la colline parlementaire le temps du Carrefour international de théâtre. Tour d'horizon avec les concepteurs des cinq tableaux et le nouveau coordonnateur artistique de la populaire activité, Alexandre Fecteau.

Le metteur en scène Alexandre Fecteau a succédé... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 1.0

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Le metteur en scène Alexandre Fecteau a succédé à Frédéric Dubois à la coordination artistique du parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...?, présenté dès jeudi sur la colline parlementaire.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Entre le ludique et le pertinent

Créé en 2009, le parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant...? attire bon an mal an quelque 100 000 curieux qui viennent à la rencontre de l'art dans des lieux de la capitale où il se fait généralement plus rare. Pour la cinquième mouture du populaire spectacle extérieur renouvelé tous les deux ans, le théâtre s'invite en cinq stations, dès jeudi soir, sur la colline parlementaire. Rencontre avec le nouveau coordonnateur de l'activité phare du Carrefour international de théâtre, Alexandre Fecteau. 

Q Qu'est-ce qui a guidé le choix des lieux sur la colline parlementaire?

R Pour moi, la cour intérieure de l'édifice Marie-Guyart est vraiment un lieu clé. J'aime beaucoup qu'Où tu vas... nous fasse découvrir des lieux, aussi, et pas seulement en réinterpréter. C'est un peu ça que le titre veut dire. Dormir en marchant, ça peut être notre marche quotidienne un peu zombie vers le travail, où on n'est plus vraiment conscients de notre environnement. Là, on est vraiment dans un lieu de travail pour beaucoup de gens. Il y a des milliers de fonctionnaires qui travaillent dans la tour. C'est comme une petite ville. Il y avait aussi une envie de célébrer une architecture qui est un peu mal-aimée, mais qui a sa richesse. 

Q Comment décrivez-vous votre touche sur ce nouveau parcours?

R Je ne dirais pas que c'est un parcours féminin, mais sur six concepteurs, il y a quatre femmes. Je suis content de ça. Et les artistes, même s'ils vont nous faire décoller de la réalité, on sent qu'ils ont une conscience sociale assez présente. Tout le monde y va avec un décalage poétique, c'est certain. Mais il y a de grandes questions de société qui vont être évoquées. Où tu vas..., ça se veut une expérience artistique. Ça ne veut pas dire un divertissement pur. Il y a souvent une prise de parole un peu plus grande que dans le divertissement. 

Q Une sorte d'engagement, en somme?

R Ce n'est pas du théâtre engagé, mais il y a un engagement des artistes parce qu'ils partent vraiment de ce qui les habite pour créer. Tout le monde sait que c'est une chance d'être où ils sont. On parle de cinq artistes aux deux ans, c'est un privilège. Ils en sont tous conscients. Ils assument ce rôle-là avec sérieux. Oui, on va s'évader. Mais on va sentir qu'ils ne pouvaient pas passer à côté de cette occasion d'entrer en discussion avec un public aussi large. 

Q Est-ce là le fil conducteur du parcours?

R D'abord, on demande aux artistes de nous amener une proposition. C'est sûr que ça part dans plusieurs directions. Mais oui, on sent que les artistes sont préoccupés. Ils sont en phase avec leur société. Et ils ont le goût du dialogue. Ce n'est pas qu'ils soient inquiets, mais on dirait qu'ils ne veulent pas rater une occasion de dire quelque chose. Ça va être un bel équilibre entre le ludique et le pertinent. On ne va pas se prendre la tête nulle part. On ne se fait pas donner de leçons ou quoi que ce soit. Mais dans tous les tableaux, il y a une considération sur l'état du monde, du Québec, de la ville de Québec.

Avec la cinquième mouture du parcours déambulatoire... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Où tu vas quand tu dors en marchant...?
  • Quand: les jeudis, vendredis et samedis du 25 mai au 10 juin, en continu entre 21h et 23h
  • Où: cour de l'édifice Marie-Guyart, rue Jacques-Parizeau, rue Louis-Alexandre-Taschereau, promenade des Premiers-Ministres, parc de l'Amérique-Française
  • Accès: gratuit
  • Info: www.carrefourtheatre.qc.ca

LE PARCOURS EN CINQ TABLEAUX

La souricière

par Christian Lapointe, rue Jacques-Parizeau

Sans faire appel à des comédiens, Christian Lapointe... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 5.0

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Sans faire appel à des comédiens, Christian Lapointe compte sur une soixantaine de mannequins pour recréer sa vision de la manifestation politique.

Le Soleil, Erick Labbé

L'artiste: Reconnu pour l'audace de sa pratique, Christian Lapointe est auteur, metteur en scène, acteur et pédagogue. Il est codirecteur artistique du Théâtre Blanc.

Sa proposition: «Une expérience immersive et sensorielle» dans l'univers des manifestations politiques qui ont marqué le Québec, représentées par une soixantaine de mannequins modifiés empruntant notamment à l'imagerie animale. 

Son terrain de jeu: «Quand on m'a offert le lieu, je me suis demandé pourquoi ils avaient changé le nom de la rue Saint-Amable. Je suis allé voir qui c'était, Saint-Amable. Amable Berthelot était député à l'Assemblée du Bas-Canada. Il a été arrêté en 1837 parce qu'on pensait qu'il faisait partie de l'insurrection. Et je me suis rappelé qu'au Sommet des Amériques, elle était là, la barrière. Comme ce sont des travaux in situ, c'était important pour moi d'arriver avec quelque chose qui puisse s'inscrire dans l'historique de ce lieu.»

Son inspiration: «Au Québec, on est un peuple pacifique. Mais il y a quand même tout un historique de se faire taper dessus par nos pouvoirs publics. [...] Pour moi, de remettre en scène un truc sur la question de la protestation et de la répression, c'est aussi de dire que dans des situations comme ça, on devient tous des animaux. Il y a des manifestants qui sont violents et qui posent des gestes condamnables. Mais la répression policière, on l'a vue plusieurs fois dépasser les limites de ce qui aurait été normalement [acceptable]. Tous ces enjeux-là sont réunis dans une espèce de ludisme.»

Où tu vas quand tu dorsen marchant...?, c'est...: «Une question de démocratisation des pratiques. Ma participation, j'espère qu'elle s'inscrit dans une démocratisation des pratiques contemporaines. Pour moi, ce n'est pas une fête municipale. C'est le Carrefour international de théâtre. Je participe à un événement d'envergure. C'est aussi le branle-bas de combat de toute une communauté. Je travaille dans la métropole parce que j'y enseigne, mais je tiens à rester à Québec parce que c'est le lieu de ma pratique. C'est la maison.»

Les nervures secrètes

par Marie-Josée Bastien, cour de l'édifice Marie-Guyart

Appuyée par le chorégraphe Harold Rhéaume, Marie-Josée Bastien... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 7.0

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Appuyée par le chorégraphe Harold Rhéaume, Marie-Josée Bastien utilise le mouvement pour brosser un tableau dans lequel ses interprètes passent de la solitude à la solidarité.

Le Soleil, Patrice Laroche

L'artiste: Comédienne, auteure et metteure en scène, Marie-Josée Bastien est la directrice artistique du Théâtre Niveau Parking. Elle a foulé les planches dans une cinquantaine de productions et signé la mise en scène d'une trentaine de spectacles. 

Sa proposition: Un tableau fleuri, tout en couleurs, dans lesquels 32 personnages d'abord isolés en viennent à s'unir par le mouvement dans une chorégraphie qui glisse de la solitude vers la solidarité. 

Son terrain de jeu: «Sur le site, il y a de petits terrains, de petites alvéoles. On s'est inspiré de ces terrains de jeu pour évoquer de petites maisons, où on installe chaque personnage partout dans l'espace. Il y a des plateaux, aussi, sur différentes hauteurs. Il y a plusieurs points de vue pour le spectateur.»

Son inspiration: «Nous sommes les liens que nous tissons. On part de l'idée qu'ensemble, nous sommes plus forts. C'est vraiment inspiré par la solidarité humaine. J'avais envie de ça. Humainement, politiquement, écologiquement, j'ai besoin de savoir que les autres sont là pour moi et j'ai besoin de dire que je suis là pour eux. [...] C'est de penser que juste dire bonjour à quelqu'un, ça fait du bien dans une journée parce qu'on ne se parle plus. Je souhaite que les gens sortent et aient envie de se dire bonjour. Qu'ils aient un souci de regarder l'autre autrement, de prendre soin des autres.»

Où tu vas quand tu dors en marchant...?, c'est...: «Une magnifique liberté créatrice. Et c'est une signature formidable de la ville de Québec. On découvre chaque année des coins insoupçonnés de notre ville et il y a juste ici qu'il y a ça. C'est un rassemblement, aussi. Le théâtre est un rassemblement à la base, mais souvent, il faut payer, s'enfermer dans une salle... J'ai fait souvent le parcours comme actrice. C'est une affaire de décloisonner le quatrième mur. On est vraiment avec le public et le public est vraiment avec nous.»

Le 7e continent

par Élène Pearson, rue Louis-Alexandre-Taschereau

Élène Pearson s'est notamment approvisionnée au Centre de... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 9.0

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Élène Pearson s'est notamment approvisionnée au Centre de tri de Lévis pour la création de son tableau uniquement fabriqué de matières recyclées.

Le Soleil, Erick Labbé

L'artiste: Scénographe et artiste multidisciplinaire, Élène Pearson a signé la conception de costumes vus sur plusieurs scènes de la capitale. Elle a notamment été récompensée pour son travail sur les pièces Rhinocéros et Le bourgeois gentilhomme au Trident. Elle oeuvre également à titre de maquilleuse à l'Opéra de Québec. 

Sa proposition: Un tableau musical inspiré de la haute couture - le costume a été placé au centre de la création - fabriqué uniquement de matières recyclées. Entourée de comédiens-mannequins trône une cantatrice chantant une pièce à caractère écologique, vêtue d'une robe faite de 8000 bouteilles de plastique.

Son terrain de jeu: «J'enseigne en histoire des styles et je suis fascinée par l'architecture brutaliste. On est entouré de ça ici. Il y a un aspect très vertical que je trouvais intéressant, une espèce de montée un peu dramatique dans ces immenses poutres de soutien en béton. Ça évoque l'ère industrielle, un côté contemporain rude... On n'est pas dans la nature, ici. On est dans quelque chose de brut et d'usiné.»

Son inspiration: «On veut surprendre et conscientiser. À force de recycler ce dont j'avais besoin pour le tableau, je me suis sensibilisée à toute l'ampleur du gaspillage. Quand je vois une bouteille d'eau sur une tablette, je n'ai pas le goût de l'acheter. C'est aussi l'idée de faire naître quelque chose de beau d'un élément qui est devenu une obstruction à notre santé, à notre planète...»

Où tu vas quand tu dors en marchant...?, c'est...: «Une chance ultime d'exprimer de A à Z ce dont j'ai envie avec une équipe et dans un cadre professionnel. J'aime travailler avec des contraintes qui nous poussent à aller plus loin. J'aime les défis... Et là, j'en ai un gros!»

La grande manufacture

par Giorgia Volpe, parc de l'Amérique-Française

Pour son tableau inspiré du travail manuel des... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 11.0

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Pour son tableau inspiré du travail manuel des femmes, Giorgia Volpe a tressé des hamacs à partir de tubulures d'érablières dans lesquels les festivaliers seront invités à s'installer.

Le Soleil, Yan Doublet

L'artiste: L'artiste brésilienne d'origine installée au Québec depuis 17 ans, Giorgia Volpe est une artiste visuelle dont les oeuvres puisent souvent dans des techniques artisanales traditionnelles. On lui doit notamment les canots tressés suspendus près de la place de Paris l'été dernier, dans le cadre des Passages insolites

Sa proposition: Une série de «sculptures vivantes» qui se veulent un clin d'oeil au passé manufacturier de la ville de Québec et une mise en valeur du savoir-faire manuel de femmes de différents horizons - «pures laines», autochtones ou nouvelles arrivantes - qui ont construit l'identité québécoise.

Son terrain de jeu: «Quand je suis allée visiter le parc de l'Amérique-Française, c'était l'automne, il n'y avait pas de bancs où les gens pouvaient s'arrêter alors ils ne faisaient que passer. Je voyais ces mâts avec tous ces drapeaux du Québec qui servaient de façade à cette place, qui n'était pas habitée. J'ai voulu répondre à ce besoin d'être et d'arrêter.» 

Son inspiration: «Fait de gestes invisibles et quotidiens, le travail manuel des femmes n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur. J'ai voulu profiter de l'invitation du Carrefour pour mettre en scène ce que je considère comme fondamental dans la construction de la mémoire et de l'identité. [...] J'ai voulu inviter les spectateurs à participer autrement, pas juste comme voyeurs ou comme passants. J'ai voulu qu'ils s'engagent dans l'action.»

Où tu vas quand tu dors en marchant...?, c'est...: «Une initiative extraordinaire de transformer la ville en un espace de création et de liberté. Donner une plateforme pour toutes sortes de créateurs dans l'espace public, c'est quelque chose de très rare. C'est l'occasion pour une très large population qui connaît ou ne connaît pas l'art de venir côtoyer ce monde de création et de découverte.»

Mouvement perpétuel

par Sophie Thibeault et Maxime Robin, promenade des Premiers-Ministres

Maxime Robin, Sophie Thibeault et Olivier Normand (qui prendra le... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 13.0

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Maxime Robin, Sophie Thibeault et Olivier Normand (qui prendra le relais de Robin pendant le Carrefour) mettront à profit le mouvement et les voix de nombreux figurants dans leur tableau.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Les artistes: Sophie Thibeault est comédienne et Maxime Robin est comédien, metteur en scène et auteur. Ils ont tous deux participé à toutes les moutures d'Où tu vas quand tu dors en marchant...? avant de se voir confier leur propre tableau. 

Leur proposition: Un hymne à la vie au son du Boléro de Ravel dans lequel les spectateurs seront invités à traverser sans pouvoir s'arrêter différents âges de la vie humaine. 

Leur terrain de jeu: S. T. : «C'est une ligne droite. C'est ce qui nous a beaucoup inspirés. On voyait ça comme une traversée des saisons de la vie. Toute la scénographie est centrée dans cette ligne-là.»

M. R : «Ça nous a vraiment donné l'idée du mouvement. Quand on a vu cette promenade, on s'est dit qu'il fallait que ce soit une marche, une procession.»

Leur inspiration: M. R. : «Notre tableau est vraiment porté par le mouvement, la lumière et la musique. On voulait que ce soit comme Tron. On travaille beaucoup le néon, les lignes de lumière...»

S. T. : «On a choisi le Boléro de Ravel parce que cette pièce dure environ 15 minutes et on dit qu'elle est jouée quelque part sur la Terre chaque 15 minutes. Ce qui fait qu'elle est jouée perpétuellement...»

Où tu vas quand tu dors en marchant...?, c'est...: S. T. : «Un accomplissement et c'est aussi un rêve d'avoir vu toutes ces stations qui ont existé et maintenant d'avoir la mienne avec Maxime. C'est tellement beau, c'est de l'émerveillement.»

M. R. : «Une expérience unique. Ça donne un autre point de vue sur la ville, au sens physique, mais aussi au sens figuré. La ville est enchantée par le parcours. Après, les gens repassent par ces lieux et ils y repensent. Ces espaces sont habités par ce qui a été vécu. Depuis que je suis enfant, mon père me dit que la beauté sauvera le monde. Je crois à ça beaucoup. Enchanter le réel, c'est la plus belle chose que tu puisses faire pour quelqu'un.»




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