Pour réussir un poulet: la recette d'un désastre

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(Québec) Une pauvreté matérielle et intellectuelle, des horizons obtus et un don inouï pour se mettre dans le pétrin... Dans sa pièce Pour réussir un poulet, Fabien Cloutier réunit les ingrédients d'un désastre annoncé. Une recette théâtrale servie crue et qui ne craint pas les excès... quitte à écoeurer au final.

Reconnu pour son regard incisif et son langage abrasif, Cloutier frappe fort avec ce texte récompensé en 2015 d'un prix du Gouverneur général. Avec une plume qui prend parfois des allures de bulldozer, il brosse avec une dérangeante finesse le portrait d'un pan de la société qu'on n'aime généralement pas trop regarder. Des poqués, des perdants, des pas bons... Des personnages complexés qui sont conscients de leurs faiblesses, qui aspirent à mieux, mais qui ne réussissent qu'à s'enfoncer davantage. 

Pour réussir un poulet, c'est l'histoire de deux gars (Guillaume Cyr et Hubert Proulx) qui s'en vont directement dans le mur. Décevants comme pères et comme chums, sans diplôme et sans emploi, ils sont à la solde d'un propriétaire de centre commercial de peu d'envergure (Denis Bernard), mais qui, dans cet écosystème boiteux, fait figure de mâle alpha. Et il en mène large dans ses activités, licites ou non. 

Dans un environnement scénique impressionniste où le temps et les lieux sont suggérés et où les dialogues se chevauchent ou s'imbriquent, nous croisons également une mère (Marie Michaud) symbolisant l'ignorance et le parfait repli sur soi-même et une blonde (Gabrielle Côté) qui s'impose comme dernier rempart de la morale et du bon sens. Et disons que la droiture a la vie dure, ici. 

Rires et dégoût

Fidèle à son habitude, Fabien Cloutier ne fait pas dans la dentelle avec cette pièce. Les dialogues ne reculent pas devant la grossièreté ni la violence : le racisme ordinaire et complètement assumé qu'il met dans la bouche de la mère, une petite dame habillée en mou, provoque des grincements de dents. Dans la foulée de l'attentat de la Grande mosquée, une mise au point imprimée dans le programme remet d'ailleurs en contexte la brutalité des propos islamophobes tenus dans le spectacle. 

Ça n'empêche pas les rires de fuser dans la salle. Parce qu'il y a quelque chose de ridicule à voir ces deux paumés se laisser prendre dans un plan foireux au succès complètement improbable. Et surtout parce que l'écriture de Cloutier a beau écorcher les oreilles, elle ne cesse d'étonner avec des images qui frappent l'imaginaire : à défaut d'avoir des ressources, ses personnages ne manquent pas de répartie. 

Quand ça bascule dans le drame, toutefois, ce n'est pas à moitié. Dans une finale ouverte qui laisse au spectateur l'odieux de décider de l'issue, les choix qui s'offrent vont du pire à l'impensable. La simple lecture du texte avait de quoi donner la nausée. Le désarroi évoqué de manière très physique par Guillaume Cyr et la perfidie dépeinte par Denis Bernard (dont le personnage est d'une bassesse carrément dégueulasse) ont de quoi finir de nous soulever le coeur. 

Pour réussir un poulet est présenté au Périscope jusqu'au 25 mars.




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