À toi, pour toujours, ta Marie-Lou: une tragédie en mouvements

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(Québec) Dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Michel Tremblay a écrit des personnages figés dans leur malheur. Plus de 45 ans plus tard, le metteur en scène Alexandre Fecteau les fait revivre à La Bordée. Et c'est dans le corps et le mouvement qu'il enracine leur désarroi.

L'immense tragédie de Tremblay nous ramène à la fois en 1971 et en 1961, alors que s'entrecroisent sur les planches une conversation entre deux soeurs (Marianne Marceau et Catherine Simard) qui ont réagi de manière diamétralement opposée à la mort de leurs parents et celle, aux allures de règlement de comptes, qu'ont eue ces derniers quelques heures avant leur mort, dix ans auparavant. 

Dans cette famille dysfonctionnelle et limitée - tant par sa classe sociale que dans ses horizons -, la confrontation est double et redoutable, particulièrement du côté des parents. L'air blafard et les pieds nus, Éva Daigle et Hugues Frenette se déchaînent comme deux esprits frappeurs : elle en Marie-Louise torturée et cinglante, lui en Léopold à la fois rustre et fragile. 

La cuisine familiale, installée dans un décor hyperréaliste par Michel Tremblay dans le texte original, est sur la scène de La Bordée transposée sur un plateau beaucoup plus impressionniste. Les comédiens évoluent sur une structure à plan incliné, ceintrée par une plateforme circulaire mobile. Celle-ci évoque à un moment ou à un autre l'aliénante routine ménagère de Marie-Louise et celle, tout aussi impitoyable, que subit Léopold à l'usine (le monologue livré par Hugues Frenette s'avère particulièrement percutant), la table du bar où s'accumulent les bouteilles de 50 ou les planches sur lesquelles Carmen a concrétisé son émancipation en chantant dans les clubs des «chansons de cowboy». 

Dans cet environnement hors du temps, cette espèce de convoyeur fournit à la fois les ancrages dans le concret - dont le très symbolique pot de «beurre de peanuts crunchy» -, mais surligne aussi l'impasse dans laquelle les personnages se trouvent lorsqu'ils perdent le contrôle de leur vie... ou qu'ils abdiquent et se laissent emporter.  

Rancoeur et détresse

Sur ce plateau en mouvement, la rancoeur, la détresse, voire l'épuisement, s'expriment par le corps (on ne s'étonne qu'à moitié de lire le nom de la chorégraphe Karine Ledoyen au programme), avec une énergie qui a presque quelque chose d'animal. Un animal blessé, entendons-nous. Prostrés, recroquevillés, à quatre pattes quand ce n'est pas carrément étendus sur le plateau, les acteurs, tous solides, crachent des répliques qui, on le sent bien, appartiennent à une époque révolue, mais dont la poésie crue résonne toujours. 

Seule Carmen la libérée se tient debout tout au long de la pièce. Parce qu'elle seule a su se sortir de sa misère. Pas indemne, mais quand même...

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou est présentée à La Bordée jusqu'au 18 mars.




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